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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Le sac-cadeau et le message qu’il envoie ont de quoi laisser perplexe celle qui le reçoit. Pour certaines infirmières, c’était carrément ajouter l’insulte à l’injure.
Le sac-cadeau et le message qu’il envoie ont de quoi laisser perplexe celle qui le reçoit. Pour certaines infirmières, c’était carrément ajouter l’insulte à l’injure.

L’insulte dans du papier cadeau

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CHRONIQUE / Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire en lisant une nouvelle écrite par ma collègue Judith Desmeules, du Soleil. Des infirmières du CHU de Québec ont dénoncé le fait d’avoir «gagné», dans le cadre d’un tirage de cadeaux de Noël, un paquet cadeau contenant notamment du lubrifiant vaginal, des comprimés contre les reflux gastriques, de la teinture pour cheveux gris, de la cire épilatoire pour la région du bikini, de la nourriture pour chien et d’autres produits d’hygiène personnelle, dont certains expiraient au début de 2021.

J’ai ri en raison du ridicule de la situation, et parce que je me suis demandé quelle aurait été ma réaction si mon employeur m’avait offert un tel présent... J’ai aussi ri jaune.

À cheval donné on ne regarde pas la bride, veut l’adage. Mais force est d’admettre que, comme tape dans le dos, on a déjà vu mieux.

D’un côté, je comprends tout à fait ces femmes d’être insultées de ces cadeaux — des échantillons —, qui n’ont visiblement pas été choisis avec délicatesse et à leur attention, mais plutôt offerts au CHU par l’organisation du Salon de la femme, événement qui n’a pas eu lieu en raison de la pandémie.

Pour faire exprès, cette année, ces travailleurs, surnommés «anges gardiens» par notre premier ministre, ont été encore plus en demande en raison du coronavirus. La récompense aurait dû être à la hauteur. On ne le dira jamais assez: le personnel du secteur de la santé travaille d’arrache-pied dans des conditions qui ne sont pas toujours rigolotes. Ces hommes et ces femmes ont choisi un métier par pure vocation et effectuent des tâches qu’en toute honnêteté, je n’aurais ni le courage, ni la patience, ni les compétences d’accomplir moi-même.

J’admets donc que le sac-cadeau et le message qu’il envoie ont de quoi laisser perplexe celle qui le reçoit. Pour certaines récipiendaires, c’était carrément ajouter l’insulte à l’injure. Comme si la force de travail des infirmières, que celles-ci tentent de faire reconnaître à sa juste valeur dans ses négociations avec le Conseil du trésor, ne méritait pas mieux qu’un tube de lubrifiant et une paire de semelles massantes du Dr Scholl’s.

Pas certaine que le lubrifiant sera suffisant pour améliorer les relations de travail... Peut-être aurait-il fallu mettre du Jig-a-Loo dans les sacs ?

De l’autre côté, je peux aussi concevoir la bonne intention du CHU de Québec de vouloir récompenser les efforts et le dévouement de ses employés, avec les moyens du bord, étant donné que le traditionnel repas de Noël à la cafétéria était hors de question, tel que le rapporte ma collègue.

Je ne connais pas le fin détail de la gestion du CHU, évidemment, mais je me doute que, comme certains produits expiraient avant la fin de l’hiver, le CHU a pu souhaiter en faire bon usage plutôt que de les laisser tablettés.

Mon copain est employé d’une société d’État. Ce sont ses collègues et lui-même qui financent, de leur propre poche, leur party de Noël. Outre dans le cadre des célébrations du 50e de l’établissement qui l’emploie, son employeur ne peut offrir aucun cadeau aux travailleurs. Tout simplement parce qu’il s’agit d’argent public et que ça ferait scandale d’apprendre que ces derniers collectifs auraient servi à payer une fiesta de fonctionnaires.

Notons aussi que parmi les autres cadeaux offerts au personnel, on comptait des chandails à l’effigie de la fondation de l’hôpital, des cartes-cadeaux au spa, un abonnement gratuit à l’application d’entraînement Lift ou la possibilité d’assister à un spectacle virtuel d’André-Philippe Gagnon, a expliqué le CHU au Soleil.

Les mécontentes n’auront malheureusement pas pigé le numéro gagnant au tirage. Ainsi va la vie.

Et je peux les comprendre: je me souviens la furie qui m’avait envahie quand moi, femme célibataire à l’aube de la trentaine, avais remporté un laissez-passer familial pour le spectacle de Nicolas Noël plutôt que les chèques-cadeaux tant convoités de restaurants, d’hôtels ou de spas dont je rêvais (pas tant que ça) en secret. Finalement, j’en ai fait profiter un collègue dont les enfants ont assurément été émerveillés. Du moins, pas mal plus que moi je ne l’aurais été, ça, c’est certain.

Il y a donc quand même une solution à cette épineuse controverse. Peut-être que ces travailleuses de la santé devraient faire ce que leur employeur aurait dû faire avec tous ces articles: les offrir à des organismes communautaires qui pourraient ensuite les redistribuer à des personnes dans le besoin.

Au moins, en bout de ligne, ça pourrait faire des heureux. Et surtout des heureuses.