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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Les regrets, les remords, la frustration, la haine... Tout ça nous fait plier l’échine et nous ralentit sur le long et sinueux chemin de la vie, nous empêchant d’avancer la tête haute et de profiter pleinement du paysage.
Les regrets, les remords, la frustration, la haine... Tout ça nous fait plier l’échine et nous ralentit sur le long et sinueux chemin de la vie, nous empêchant d’avancer la tête haute et de profiter pleinement du paysage.

Les boulets

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CHRONIQUE / Courage, amis lecteurs ! Au moment où vous lirez ces lignes, il ne restera que quelques heures à 2020, ou bien on aura déjà les deux pieds dans 2021.

Adieu 2020, adieu année éprouvante et tous ses malheurs ! Bon, la pandémie est loin d’être terminée, mais gageons que nous sommes nombreux à nous souhaiter une nouvelle année calme et plus paisible que celle qui vient d’achever.

Une nouvelle année est une toile blanche qu’on choisira de colorer au gré de nos humeurs pour les douze prochains mois.

Comme pour la rentrée scolaire pour certains, janvier est un moment de renouveau, propice aux résolutions et au désir d’un avenir meilleur.

Les fameuses résolutions... Et si plutôt que de se promettre d’en faire plus, de devenir meilleur, on choisissait d’en faire moins ?

Et si on choisissait de lâcher du lest en 2020 pour entamer 2021 le cœur un peu plus léger ?

Je ne parle pas ici de se remettre à l’exercice ou au régime pour perdre du poids, mais plutôt de se défaire des boulets qu’on traîne parfois avec soi, trop longtemps et inutilement.

Le bois mort de l’âme.

Les regrets, les remords, la frustration, la haine... Tout ça nous fait plier l’échine et nous ralentit sur le long et sinueux chemin de la vie, nous empêchant d’avancer la tête haute et de profiter pleinement du paysage.

Depuis quelque temps, ça me saute aux yeux : tout le monde traîne des boulets.

Il suffit de passer un peu de temps sur les réseaux sociaux pour voir à quel point certaines gens sont malheureux ou frustrés, au point de déverser leur fiel sur la première cible à portée de clavier, qu’elle soit responsable ou non de leur courroux.

La taille et la forme des boulets varient d’une personne à l’autre.

Une amitié qui s’est étiolée au fil du temps, en raison d’un conflit plus ou moins (surtout moins) résolu, qui laisse un goût amer aux deux protagonistes impliqués et qui s’en veulent mutuellement pour des paroles prononcées et des gestes commis par le passé.

Une autre personne, s’estimant trahie par un tiers, qui ressasse sans arrêt le fil des événements pour se prouver qu’elle a raison et qu’elle a été victime, mais qui ainsi, n’arrive pas à passer à autre chose.

Ou encore cet amoureux éconduit qui hésite à refaire confiance, craignant d’être à nouveau blessé.

Quelqu’un d’autre qui s’en veut encore pour une parole prononcée, malgré des excuses acceptées, ou qui s’autoflagelle pour une autre raison dans le but de se punir soi-même d’avoir mal agi dans le passé.

C’est sans oublier ce petit saboteur qui nous habite tous et qui a le don de ramener à notre esprit, sporadiquement et sans quelconque avertissement, le souvenir de moments embarrassants qui nous font encore grimacer de honte, des années plus tard.

Oh oui, celui-là, je ne le connais que trop bien !

Regretter de ne pas avoir agi ou parlé pour venir en aide à un inconnu. Entretenir des rengaines et de la colère, s’en vouloir pour quelque chose.

Haïr, médire, conspuer : des mots à bannir de notre palette d’émotions.

En rétrospective, ce n’est pas pour rien que Boom Desjardins se « dévorait le corps »; rappelons-nous qu’il avait « du ressentiment dans le sang ». Pas sûre que c’est bon pour les chakras...

Au fil du temps, tout ce poison, à petites doses, finit par nous pourrir la vie et occuper de la place dans nos cœurs qui aurait dû être réservée à des souvenirs heureux.

C’est nous-mêmes et personne d’autre que nous pénalisons en entretenant ces flammes néfastes, en traînant ces boulets partout où on va.

Il me semble que de s’offrir la paix est le plus beau cadeau qu’on puisse se faire à soi-même pour la nouvelle année. La meilleure façon de repartir sur une nouvelle base.

Et quoi de mieux pour être en paix que de laisser quelques boulets derrière soi ?

Faire la paix, ça peut vouloir dire pardonner. Aussi bien aux autres qu’à soi-même. Comme je l’écrivais la semaine dernière, si on apprend de nos erreurs et de nos malheurs, l’expérience humaine, aussi négative peut-elle être parfois, n’aura pas été vaine.

Faire la paix, ça peut signifier qu’on choisit de ne plus accorder d’importance à un événement passé, justement parce qu’il appartient au passé. Ça peut aussi être de vivre un deuil, d’accepter que quelque chose est loin derrière, tout en en conservant un souvenir heureux dans son cœur.

Faire la paix, c’est choisir de mieux nourrir son âme. Ce n’est pas trop différent de son estomac, quand on y pense. On peut se permettre un peu de malbouffe, mais aussitôt qu’on abuse des excès, cela devient malsain à plus long terme.

Cette chronique fera relâche jusqu’au 9 janvier, question d’un repos — que j’estime — bien mérité. Bonne année !