Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Le Trumpeux aurait eu les moyens financiers de s’acheter autant de bonbons qu’il le souhaiterait. Tous les bonbons du monde, en fait. Mais pour lui, c’était bien plus amusant de se précipiter à tous les foyers pour s’en faire offrir gratuitement... et ainsi priver d’autres enfants d’en obtenir.
Le Trumpeux aurait eu les moyens financiers de s’acheter autant de bonbons qu’il le souhaiterait. Tous les bonbons du monde, en fait. Mais pour lui, c’était bien plus amusant de se précipiter à tous les foyers pour s’en faire offrir gratuitement... et ainsi priver d’autres enfants d’en obtenir.

Le Trumpeux qui voulait gagner l’Halloween

CHRONIQUE / « Des bonbons ou des ennuis! » Pour le Trumpeux, l’Halloween est un mal nécessaire. Faire du porte-à-porte dans l’espoir d’obtenir plus de bonbons que les autres, ça l’intéressait peu. Ce qu’il préfère, c’est s’enfermer dans sa chambre pour regarder la télé ou jouer avec ses figurines.

Mais le Trumpeux n’avait pas le choix de passer l’Halloween. Il avait une réputation à maintenir. Car c’est tout ce qu’il avait, à défaut d’avoir de véritables amis avec qui s’amuser après l’école.

Tout ce qu’il souhaite, en bourlinguant dans les rues du quartier, c’est de convaincre tout le monde qu’il est le meilleur pour collecter les bonbons.

Le Trumpeux aurait eu les moyens financiers de s’acheter autant de bonbons qu’il le souhaiterait. Tous les bonbons du monde, en fait. Mais pour lui, c’était bien plus amusant de se précipiter à tous les foyers pour s’en faire offrir gratuitement... et ainsi priver d’autres enfants d’en obtenir.

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Même si ce n’était pas vraiment lui qui avait eu la récolte la plus fructueuse, le Trumpeux avait été couronné le roi de la fête à la dernière Halloween.

C’était un secret de polichinelle dans le quartier: c’était la petite Hillary qui avait amassé le plus grand nombre de bonbons, ce soir-là. Mais le Trumpeux avait réussi à s’imposer en vainqueur en faisant valoir que ses bonbons à lui étaient beaucoup plus gros et appétissants que les petites gommes ballounes et les tires Sainte-Catherine dont avait écopé la fillette, qu’il avait fallu calculer pour des « demi-bonbons ».

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« Des bonbons ou des ennuiiiiiiiis! »

Cette menace avait toujours fonctionné pour le Trumpeux lors de son porte-à-porte annuel. Il s’était taillé une réputation de petit dur à cuire au fil des ans, même si dans les faits, il n’avait jamais réellement sévi. Mais l’idée que l’ampleur de ses mauvais coups ait été amplifiée par le potinage de quartier, fort alimenté par son ami de sixième année Vladimir, le faisait glousser d’orgueil.

Il prenait plaisir à être craint, tout simplement parce que ça lui donnait l’impression d’être fort.

Dans certaines chaumières, ses mauvais coups avaient fait tellement jaser qu’avant même qu’il n’appuyait sur la sonnette, certains voisins du quartier ouvraient la porte au Trumpeux pour lui donner des friandises.

Il était si réputé pour ses mauvais coups que d’autres installaient des pancartes avec son nom sur leur terrain en guise de décoration, un peu comme si on l’attendait...

Plusieurs gamins du voisinage aidaient le Trumpeux à préparer son costume chaque année, convaincus que le vainqueur partagerait ensuite avec eux le fruit de sa fructueuse récolte sucrée. Mais même si cette promesse ne s’était jamais réalisée, parce que le Trumpeux ne partageait jamais ses choses avec les autres et encore moins ses bonbons, les plus naïfs s’acharnaient à investir temps et efforts pour le satisfaire dans l’espoir qu’il change un jour d’idée.

Ils allaient attendre encore bien longtemps...

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Cette année, plus que jamais, le Trumpeux était décidé à récolter la plus grande quantité de friandises, coûte que coûte.

Le petit Joe de la rue d’à côté était pressenti comme l’aspirant... Il était certain de le battre, lui qui est toujours si fatigué qu’il n’attend même pas son couvre-feu pour aller au lit!

Le Trumpeux était certain qu’il serait encore en train de remplir ses sacs pendant que son voisin en aurait fini après quelques portes à peine, épuisé.

Et si par un hasard improbable, il finissait à nouveau deuxième, il n’aurait qu’à dire qu’il a dévoré la moitié de ses bonbons en chemin pour rouler à nouveau tout ce beau monde dans la farine.

Ne détrône pas un roi qui le veut...

Tout était en place pour s’assurer d’une nouvelle victoire, croyait le Trumpeux. Rien, rien du tout, pas même cette fameuse pandémie...

Il était certain que tout cela n’était qu’une arnaque pour le décourager d’effectuer sa tournée et pour l’empêcher d’être encore le grand gagnant.

La bande de jaloux. Jaloux de lui, oui, c’est ce qu’ils étaient tous...

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Après avoir terrorisé le quartier pendant quatre ans, certains voisins en avaient assez du Trumpeux et préféraient réserver leurs offrandes sucrées aux autres enfants.

Tous ensemble, ils attendirent. Attendirent le crépuscule et la venue de la terreur du pâté de maisons, son immense citrouille de plastique à la main.

Quand il appuya sur leur sonnette, tour à tour, quelques voisins lui ouvrirent, prêts à lui rendre la monnaie de sa pièce.

« On n’a plus de bonbons. Tout est parti, mentirent-ils, le sourire en coin. Tout ce qu’il nous reste pour toi, ce sont des ennuis... »

Le Trumpeux eut si peur qu’il s’enfuit et on ne le revit plus jamais dans le quartier lors des soirs d’Halloween.