Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Quand on imagine l’après-pandémie, la première chose à laquelle on pense, c’est de pouvoir revoir nos proches, les serrer dans nos bras. Se recevoir mutuellement à souper. Papoter dans un cinq à sept assez (mais pas trop !) arrosé.
Quand on imagine l’après-pandémie, la première chose à laquelle on pense, c’est de pouvoir revoir nos proches, les serrer dans nos bras. Se recevoir mutuellement à souper. Papoter dans un cinq à sept assez (mais pas trop !) arrosé.

Le retour à l’anormal

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Ça s’est amené insidieusement. Tout doucement, et tout à coup, on a été happés de plein fouet. Voilà un an que le grand confinement fait partie de nos vies, à degrés divers. Mais voici un an que notre quotidien a été chamboulé.

Un tour de calendrier, ça peut aller vite, très vite. À partir de quand une crise cesse-t-elle d’en être une, parce qu’elle fait partie de nos vies depuis assez longtemps pour être considérée comme l’ordre normal des choses ?

C’est la question qu’on se pose, entre nous journalistes, quand on pense à la crise des médias. Voilà bien vingt ans que l’industrie périclite, chambranle et que certains prédisent la mort des médias. Peut-on parler de crise quand on se trouve dans un état de perpétuelle précarité ? Pourtant, on est encore là. Et dans certains cas, ça va même mieux depuis un petit moment.

Il y a un an, comme plusieurs d’entre vous, je quittais le bureau une dernière fois, en fin de journée, sans savoir que je n’y retournerais pas avant un bon bout.

Encore aujourd’hui, mes passages entre les murs de La Voix de l’Est sont irréguliers. Ça ne me déplaît pas, pourvu que je retourne à mon lieu de travail à l’occasion.

Après un an, plusieurs espèrent que les choses finissent, plus tôt que tard, par redevenir comme avant. Mais qu’est-ce que ça veut réellement dire, comme avant ?

Évidemment, la première chose à laquelle on pense, c’est de pouvoir revoir nos proches, les serrer dans nos bras. Se recevoir mutuellement à souper. Papoter dans un cinq à sept assez — mais pas trop! — arrosé.

Ne plus porter de masque et ne plus avoir à se badigeonner les mains d’alcool désinfectant au pas de chaque porte que l’on franchit au cours d’une journée.

Travailler dans un vrai bureau, et non pas sur un coin de table ou dans une pièce du sous-sol aménagée en bureau de fortune.

Oui, tout ça, comme avant. J’en suis. Un retour à la normale, quoi.

Mais si on prenait quelques instants pour se souvenir que tout n’était pas réellement aussi normal qu’on se l’imagine ?

Au cours de la dernière année, nous sommes plusieurs à avoir pris le temps de nous poser et de repenser notre manière de vivre. Le travail à la maison a fait en sorte que pour bien des gens, un nouvel et sain équilibre entre la sphère professionnelle et la vie familiale a pu être atteint.

Pour plusieurs, la pandémie a fait en sorte de les ramener au niveau de simples humains en les effeuillant de leur costume de robot dont ils avaient du mal à se défaire par eux-mêmes. Elle était là, l’anormalité.

Le rythme effréné du métro-boulot-dodo d’autrefois, très peu pour moi désormais. Et ce n’est pas parce que je travaille moins, bien au contraire. La dernière année fut certainement l’une des plus chargées sur le plan professionnel, mais aussi créatif.

Voyez-vous, même si tout a été annulé ou reporté en raison de la pandémie, il y avait un journal à remplir chaque jour, qu’il soit sur papier ou dans un format numérique. C’est sans parler de ce gouffre sans fond qu’est Internet, dans lequel on pellète reportage après reportage parce qu’il s’agit d’une bête insatiable.

Ça peut être difficile, dans ces circonstances, de trouver un sens à ce qu’on fait. Mais on a réussi.

La pandémie m’a forcé, mais aussi mes collègues, à aller au-devant de la nouvelle et à développer de nouveaux réflexes pour fournir du contenu susceptible de vous intéresser, amis lecteurs. Je crois qu’on a bien réussi.

La nécessité est la mère de toute invention, dit-on d’ailleurs.

Dans d’autres industries, l’innovation a aussi permis à plein d’entreprises non seulement de survivre à cette première année de pandémie, mais de se réinventer. On pense aux commerces, aux restaurants et à tout pleins d’autres compagnies qui n’ont pas eu le choix de revoir certaines pratiques.

À la fin de la pandémie, retourneront-elles complètement en arrière ou choisiront-elles de bâtir sur ces nouvelles réalisations afin d’être plus solides face à d’autres crises qui pourraient survenir ?

Pas si sûre.

La pandémie nous a aussi fait revoir notre mode de vie et nos habitudes de consommation. Au cours de la dernière année, plus que jamais, nous avons eu l’opportunité d’observer et de comprendre l’impact de nos choix quotidiens, aussi bien sur l’environnement que sur l’économie locale. On achète peut-être moins, mais mieux.

Serait-ce normal de revenir à davantage d’insouciance ? J’en doute; on ne pourra plus faire comme si on ne savait pas.

Surtout, la chose que j’espère le plus qui ne reviendra pas comme avant, c’est de tenir pour acquis toutes ces libertés et ces plaisirs qui constituaient notre vision de la normalité avant la pandémie.

On peut vivre sans; on en a besoin pour survivre.

Un humble merci

Jeudi était la journée désignée pour honorer la mémoire de toutes les victimes ayant succombé à la COVID-19. J’ai l’incroyable privilège de n’avoir perdu aucun proche aux mains de ce foutu virus, et les quelques personnes de mon entourage qui l’ont contracté s’en sont remis sans séquelles. Mes pensées se dirigent vers toutes les personnes qui n’ont pas eu autant de chance.

On ne saurait marquer un aussi sombre anniversaire sans avoir une pensée pour tous ceux qui nous protègent et nous soignent sans relâche jour après jour. À ceux qui ont veillé sans arrêt sur les plus vulnérables d’entre nous. Ils n’ont pas pu sauver tout le monde, mais sans eux, les pertes seraient probablement plus nombreuses. À tous les guerriers et guerrières du système de la santé, y compris ceux qui sont tombés au combat, un humble merci.

Des remerciements aussi à tous ceux qui ont continué d’alimenter la chaîne d’approvisionnement pour s’assurer que, malgré une pandémie et des ressacs économiques importants, nous ne manquions de rien, y compris de ce fameux papier hygiénique...

Merci aux artistes qui nous ont aussi offert des exutoires et qui ont trouvé de nouvelles façons de faire entendre leur voix. Un baume à l’âme était nécessaire.

On oublie trop souvent que, parfois, quand le monde continue de tourner normalement, y compris quand il semble du même souffle sur le point de s’écrouler, c’est parce que des gens ordinaires font des efforts extraordinaires en coulisses.

À tous ces héros de l’invisible, un humble merci.