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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Avant sa disparition, Thimothe était le confident de toute la famille. Un chat rebaptisé « l’essuie-larmes » tant il avait consolé Amélie et ses deux fils dans toutes les peines qu’ils ont traversé au fil des années.
Avant sa disparition, Thimothe était le confident de toute la famille. Un chat rebaptisé « l’essuie-larmes » tant il avait consolé Amélie et ses deux fils dans toutes les peines qu’ils ont traversé au fil des années.

Le chat essuie-larmes

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CHRONIQUE / Quand elle regarde par la fenêtre, Amélie ne peut s’empêcher de chercher furtivement Thimothe, au cas où le roux matou se retrouverait dans son champ de vision.

C’est qu’il n’a pas l’habitude d’aller bien loin ou de s’éloigner trop longtemps de sa maison, le vieux chat.

En fait, Thimothe n’est pas si vieux. À douze ans bien sonnés, il est encore bien actif et surtout, très affectueux.

Mais voilà, Amélie n’a pas revu Thimothe depuis le 11 décembre.

La maisonnée n’est pas moins animée depuis la disparition de Thimothe : l’autre chat de la maison, Mimine, et les deux chiens de la famille, Walter et Fidji, tiennent le fort.

« Mais aucun d’entre eux n’est Thimothe », laisse tomber Amélie.

Thimothe, c’est le confident de toute la famille. Un chat rebaptisé « l’essuie-larmes » tant il avait consolé Amélie et ses deux fils dans toutes les peines qu’ils ont traversé au fil des années.

C’est d’ailleurs pour aider ceux-ci à vivre le divorce de leurs parents que la Granbyenne avait adopté le chat, il y a une douzaine d’années. « Ce n’était pas lui que je pensais choisir au départ, mais les garçons le voulaient lui, le gros roux, se souvient la mère de famille. J’ai laissé leur choix être le bon, et ça a été le meilleur pour nous. Ce chat-là absorbait nos bobos, nos peines, nos stress... c’était un amour ! »

Amélie a tout tenté pour retrouver son gros roux : messages sur Facebook, consultation de toutes les annonces possibles sur des chats trouvés. Elle s’est également rendue dans plusieurs refuges pour aller voir « des chats trouvés jusqu’en campagne à l’autre bout du monde ».

Pas de trace de Thimothe.

Nulle part.

Évanoui dans la nature.

Parfois, Amélie regarde à la fenêtre et espère qu’il a été adopté par une famille qui le croyait errant et qu’il est au chaud, heureux, repu et aimé. D’autres jours, la Granbyenne se rend à l’évidence : le chat est peut-être parti manger des minouches au paradis félin.

« J’ai l’impression qu’il attendait une relève pour partir mourir, confie-t-elle, empreinte de mélancolie. Les derniers jours avant sa disparition, il avait pris l’habitude de venir me voir le soir, avant que je m’endorme... »

Ces larmes-là, Thimothe ne sera pas là pour les recueillir.

Le commerce de la solitude

Si je vous parle de Thimothe, un chat égaré comme des millions d’autres, c’est surtout pour vous parler du vide qu’il a laissé derrière lui, à la maison. Un vide remplacé par de la tristesse.

Pour beaucoup de gens, leur animal de compagnie est un membre de la famille à part entière, si bien que d’en être séparé malgré eux est source de détresse et de peine inouïes.

Ça me fait penser à tous ces vols de chiens dont on entend parler ces temps-ci; semble-t-il qu’il y en a plus que jamais.

Je pense à la peine de toutes ces familles, de toutes ces personnes seules, qui se sont fait dérober leur compagnon dans une période de leur vie où sa présence était essentielle, où cet animal était peut-être la seule évasion d’un isolement qui pèse de plus en plus lourd en cette période de pandémie.

Parce qu’où il y a des humains il y a de l’hommerie, il se trouve des gens sans scrupules qui ont choisi de faire commerce de cette solitude. Pitou, Fido, Médor et compagnie, dognappés en plein jour, même dans la cour, tout ça parce qu’un beau chien, ça se revend bien sur Internet, surtout que beaucoup de ménages ont adopté ou songent à adopter un chien au cours des derniers mois pour panser leur esseulement.

Même dans l’industrie du crime, ça fonctionne avec l’offre et la demande.

Et ça, c’est quand il y a réellement un chien à vendre; il n’est pas rare de voir des annonces proposant un magnifique animal, animal dont la photo a été glanée en ligne et qui sert d’appât pour obtenir frauduleusement des dépôts pour réserver l’adoption et payer le transport de la bête intangible.

Mais bref; parmi ceux qui adoptent un animal en fouillant dans les petites annonces, très peu ont le réflexe de s’interroger sur l’origine de celui-ci.

Sans le savoir, dans de trop nombreux cas, la transaction inclut aussi un échange entre le désespoir d’une famille pour le bonheur d’une autre.

Ça serait bien que les voleurs aussi en soient conscients.