Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Notre Noël, cette année, comme si c’était le dénouement heureux et tant attendu d’un long cauchemar dont on ne se réveille toujours pas, neuf mois plus tard. Et voilà qu’on nous l’arrache.
Notre Noël, cette année, comme si c’était le dénouement heureux et tant attendu d’un long cauchemar dont on ne se réveille toujours pas, neuf mois plus tard. Et voilà qu’on nous l’arrache.

L’amer Noël

CHRONIQUE / Feu le grand Charles Aznavour était-il un visionnaire lorsqu’il a chanté, en 1978, sa pièce Noël à Paris?

Ces paroles de la chanson, qui traite d’une escapade romantique dans la Ville lumière, se prêtent étrangement bien au contexte actuel, alors que le premier ministre François Legault a reculé sur son « contrat social » qui nous permettait de nous réunir à deux occasions pour Noël si on était prudents d’ici là.


« C’est Noël chérie/Et tous ceux que nous aimons sont loin/Bien loin d’ici/Étrange fête/Sans nos enfants/Sans nos parents/Sans nos amis/Ce soir nous souperons en tête à tête/Ma chérie  »
Extrait de la pièce Noël à Paris de Charles Aznavour

Un contrat pour lequel l’Office de la protection du consommateur n’a malheureusement aucun pouvoir.

On ne passera peut-être pas le réveillon en tête-à-tête si nous sommes plus que deux à vivre sous le même toit, mais on sera tout de même bien loin des grandes tablées emplies de victuailles à partager qui incarnent nos traditions du temps des Fêtes.

« Nos » traditions. Le « nous » interdit cette année dans toute son ampleur. Le « nous » réduit à dix convives, tout au plus, le temps de quelques heures, à finalement rien du tout.

Et on en aurait bien eu besoin, des accolades, des embrassades, des chants de la chaleur humaine qui nous manque cruellement. Ces retrouvailles festives qui nous auraient donné l’impression qu’au bout du compte, ça avait fini par bien aller.

Noël, c’est la fête en famille par excellence. Après tout, nous célébrons Noël pour nous souvenir d’une famille qui a marqué notre Histoire. Celle-ci, bien que notre société se veuille maintenant laïque, en porte encore des traces.

Notre Noël, cette année, comme si c’était le dénouement heureux et tant attendu d’un long cauchemar dont on ne se réveille toujours pas, neuf mois plus tard. Et voilà qu’on nous l’arrache.

Cette interdiction de se rassembler n’est rien de moins que le coup de grâce d’une année qui ne nous aura pas fait de cadeau.

Ça semblait être un compromis acceptable, de faire attention pour pouvoir se réunir. Mais les chiffres ont parlé : trop risqué.

Le premier ministre aurait tout de même dû attendre avant de nous faire reluire la possibilité de réveillonner à Noël, ne serait-ce qu’en cellules familiales réduites. Cette annonce avait suffi à susciter chez plusieurs une lueur d’espoir.

La déception n’est donc que plus grande, alors que certains planifiaient déjà ce soir de fête tant souhaité et attendu, comme la lumière au bout d’un long tunnel sombre.

J’en suis, même si je comprends.

Mes présents, magasinés au Québec et emballés avec tout ce que j’ai d’amour et d’adresse commençaient déjà à s’entasser sous mon sapin, moi qui frémissais d’excitation à l’idée de voir la surprise illuminer le visage de ceux à qui je comptais les offrir.

Je devrai me contenter de les déposer au pas d’une porte d’entrée ou de les offrir dans quelques semaines, voire quelques mois.

Une chose est sûre, le sapin n’attendra pas jusque là, lui !

Qu’on ne se leurre toutefois pas : ce revirement de situation n’empêchera pas certains de festoyer un tantinet ou même plus, restrictions sanitaires ou non.

Car avouons-le, la perspective de réveillonner en visioconférence avec nos proches n’a rien d’alléchant, déjà qu’on est plusieurs à passer nos vies devant nos écrans, encore plus depuis qu’on est en télétravail.

Dans plusieurs cas, fêter Noël cette année, c’est une question de santé mentale. Il y en aura qui préféreront prendre le risque d’être infecté par la COVID-19 que de passer à nouveau leur tour au moment de voir ceux qui leur sont chers. Quoi qu’on fasse, tout le monde perd au change.

Le Grincheux a gagné cette année.