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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
À la base, une patate n’a pas de sexe. À moins qu’au fil du temps, il ait poussé un tubercule sur le modèle masculin, dans mon souvenir, sans leurs accessoires, les deux modèles sont identiques.
À la base, une patate n’a pas de sexe. À moins qu’au fil du temps, il ait poussé un tubercule sur le modèle masculin, dans mon souvenir, sans leurs accessoires, les deux modèles sont identiques.

Lâchez la patate!

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CHRONIQUE / «Enfin!» se sont exclamés les plus woke d’entre nous. «Scandale!» se sont révoltés les plus conservateurs. «Mais... pourquoi ?» se sont demandés les autres, dont je suis. Dans un coup marketing bien mal ficelé, la compagnie Hasbro a indiqué que ses célèbres Monsieur et Madame Patate allaient désormais être vendus comme étant non genrés.

Oh, mais rassurez-vous, admirateurs du mythique jouet qui aura 70 ans l’an prochain, les moitiés du couple Patate pourront aussi être achetées comme autrefois. Pardon ?

C’est que le fabricant de jouets, dans le souci d’être plus représentatif des individus d’aujourd’hui, a décidé de lancer une gamme de « Têtes de patate », une espèce de format familial de quatre pommes de terre en plastique dont le propriétaire pourra décider du genre et du style grâce à la panoplie d’accessoires incluse dans la boîte originale... et, on s’en doute vendue séparément.

Le tout pour mieux refléter la réalité des familles d’aujourd’hui, avec des membres fille, garçon, ou quelque part entre les deux.

Ce qui me ramène à « mais... pourquoi ? » Après tout, pourquoi réparer ce qui n’est pas brisé ?, veut l’adage.

À la base, une patate n’a pas de sexe. À moins qu’au fil du temps, il ait poussé un tubercule sur le modèle masculin, dans mon souvenir, sans leurs accessoires, les deux modèles sont identiques.

Surtout, qu’on ait joué avec Monsieur ou Madame Patate, dans notre enfance, on s’est probablement tous trouvés bien drôles de mélanger les pièces, donc de faire porter la sacoche rouge et la marguerite à Monsieur Patate, en même temps qu’il arborait sa moustache fournie digne des pornos des années 1970. Bonus si on lui mettait aussi les yeux lourdement maquillés de mauve de sa compagne.

Finalement, Hasbro n’a rien changé à sa recette. Monsieur et Madame Patate sont là pour rester, mais dans leur champ, il y aura des pommes de terre non genrées. Tout ça pour vendre plus de patates.

Les jouets ont souvent été créés pour que ceux qui s’amuseront avec puissent s’y reconnaître. Prenons l’exemple des poupées, dont la plus célèbre, Barbie Millicent Roberts. Conçue pour permettre aux fillettes de jouer autrement qu’à la maman, les poupées de l’époque n’étant que des bébés, la sulfureuse Californienne à la chevelure peroxydée permettait alors aux filles de se projeter dans l’avenir, dans une multitude de métiers et de situations, dont certaines n’osaient même pas rêver à ce moment-là.

Quelques années plus tard, Barbie a eu un petit ami, une amie brune, une amie rousse, une amie afro-américaine, puis une amie asiatique, etc. C’est sans compter les efforts tardifs, mais les efforts quand même, de la compagnie Mattel, qui a bonifié la gamme de poupées de modèles issus de la diversité corporelle, culturelle et des genres au cours des dernières années. Certains modèles présentent maintenant un handicap ou une maladie de peau, le vitiligo, par exemple.

Dans d’autres cas, les poupées ont été adaptées par les parents d’enfants avec une différence, comme un implant cochléaire.

Il y aurait donc un réel avantage à varier l’offre de poupées : en pouvant s’identifier au jouet, l’enfant, peu importe sa différence, se sent reconnu et inclus. S’il existe un jouet à son image, c’est qu’il est valide dans son unicité et avec ses particularités. C’est un bond en avant pour son estime de soi.

J’en ai parlé avec Pal Green Masse, une personne non binaire, qui m’a dit qu’en n’assignant pas de sexe aux personnages, les possibilités sont décuplées pour les enfants issus de familles de la diversité, qui pourront librement reproduire le portrait de leur propre famille.

« En bout de ligne, les enfants sont plus libres que les adultes. Ils se moquent que la patate soit un monsieur ou une madame, parce qu’ils vont utiliser tous les accessoires. Cette histoire-là, c’est probablement seulement les adultes que ça choque », me confiait Pal Green.

Et si une patate non genrée ça choque, c’est le signe que la question de la diversité est encore loin d’être un jeu d’enfant.