Ces histoires vraies réunissent tous les ingrédients d’un bon film; elles racontent le vécu extraordinaire de personnes ordinaires et sont riches en émotions.

La vraie vie et le septième art

CHRONIQUE / C’est souvent au cours de l’été qu’Hollywood déploie ses gros canons, saison propice à faire gonfler les résultats du box-office.

Les gens sont en vacances, les quelques ciné-parcs qui existent encore sont ouverts. Et puis, une salle de cinéma climatisée en pleine canicule est plus qu’invitante...

Bref, j’ai envie de vous parler de cinéma, mais surtout des films portant sur des histoires vraies. Ou plus ou moins vraies.

Au cours des dernières années, plusieurs drames humains ont été portés au grand écran, certains avec plus de succès que d’autres : le sauvetage de 33 mineurs chiliens, les attentats du 11 septembre, un couple qui se retrouve abandonné en pleine mer après une sortie de groupe en plongée, etc.

C’est sans compter le grand nombre de films biographiques sur des vedettes — ces temps-ci les légendes du rock sont à la mode —, dont la vie plus grande que nature fascine les masses.

La liste est longue, et elle s’allongera. Notons par exemple la production d’un film sur le sauvetage de 13 joueurs de soccer thaïlandais qui s’étaient fait surprendre par la crue des eaux alors qu’ils exploraient des grottes souterraines.

Ces histoires vraies réunissent tous les ingrédients d’un bon film ; elles racontent le vécu extraordinaire de personnes ordinaires et sont riches en émotions.

Encore mieux, elles finissent souvent bien, sinon, on s’arrange avec le gars des vues...

Ne suffit que de quelques passages romancés par un scénariste un peu paresseux et voilà ! Un film qui fera revivre ces moments intenses à un public qui, au moment où ils se produisaient, en étaient déjà des spectateurs en direct.

Mais est-ce que toutes les histoires sont bonnes à être adaptées en long-métrage ?

Poser la question, c’est un peu y répondre.

Des films qui dérangent

Cette semaine, Vincent Guzzo, grand patron de la chaîne de cinémas portant son nom, a suscité la controverse en plaidant son ouverture à projeter un long-métrage racontant la conversion d’une militante américaine pro-choix au mouvement pro-vie après avoir assisté à un avortement.

Plusieurs détracteurs du film y voient une œuvre propagandiste, alors que plusieurs États américains ont adopté des lois plus restrictives face à l’interruption volontaire de grossesse.

Un autre projet de vue ne fait pas l’unanimité, a-t-on appris récemment.

Il a été rapporté que la famille du petit Aylan Kurdi, le garçonnet dont le corps a été retrouvé sur une plage turque en 2015, s’opposait à un film racontant la crise migratoire dont le petit était devenu bien malgré lui le symbole.

La tante d’Aylan, qui s’est établie au Canada, a fait valoir que l’équipe de production n’avait jamais sollicité la bénédiction de la famille avant d’aller de l’avant. Pourtant, les Kurdi allèguent avoir refusé plusieurs offres pour tirer un film du triste destin du bambin.

Pour sa défense, le réalisateur du film affirme s’être librement inspiré de l’histoire de la famille Kurdi sans en faire un long-métrage biographique. Il préfère traiter de la « crise des réfugiés dans son ensemble », nommant plutôt son personnage Aylan Baby plutôt que Aylan Kurdi.

Comme si personne ne ferait le lien...

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L’histoire de qui ?

Ça m’a menée à me demander si tous les films « inspirés d’une histoire vraie » avaient reçu l’aval préalable de leur sujet. J’en doute fort.

Je n’ai qu’à penser à tous ces biopics non autorisés sur des vedettes, sur la famille royale britannique...

Si ces personnalités font l’objet d’un long-métrage, imaginons le peu de pouvoir qu’ont des gens ordinaires n’ayant pas les moyens d’entrer dans une guerre juridique si quelqu’un décidait de faire revivre leur passé pour s’enrichir...

On comprend les Kurdi de ne pas vouloir voir le drame de leur vie revisité, voire célébré, au grand écran. Ils portent en eux et pour toujours les cicatrices de la mort d’Aylan, et toute la célébrité et l’argent du monde ne le leur rendront pas.

Pour la postérité, d’autres familles auraient volontiers accepté de vendre les droits de leur histoire. D’autres encore auraient probablement fini par céder après l’ajout d’un ou de quelques zéros au montant du chèque posé sur la table...

C’est un peu ce qui est dommage avec les vies exceptionnelles.

Parce qu’ils frappent l’imaginaire, parce qu’ils suscitent l’émoi collectif, certaines personnes pensent que ces récits de vie sont l’affaire de tout le monde alors que dans les faits, ils n’appartiennent qu’à ceux qui les ont réellement vécus.

Pas de suite, svp

Ici, au Québec, deux films ont été produits sur la vie de la petite Aurore Gagnon, la plus célèbre des enfants martyres.

Encore une fois, la réalité a bien servi la fiction : une belle-mère enjôleuse, un père lâche, une enfant innocente, une communauté étranglée par la loi du silence. Un scénario parfait et une finale coup-de-poing : que demander de mieux ?

Deux vues pour dénoncer la maltraitance atroce vécue par la fillette, mais aussi pour se souvenir qu’une telle histoire ne devait pas se reproduire.

Pourtant, c’est arrivé. Ici même, à Granby.

Une petite fille maltraitée dont la mort, a-t-on appris cette semaine, n’était finalement la faute de personne en particulier dans un système qui a tout de même failli, selon la DPJ-Estrie.

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Dans ce cas-ci, de nombreuses scènes restent à être jouées avant que cette histoire ne connaisse son dénouement.

J’ose tout de même espérer qu’on n’en fera pas un film. Cette pitoyable série ne devrait pas devenir une trilogie.

La misère humaine est un triste spectacle pour lequel on ne devrait jamais payer à des fins de divertissement.