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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Petit à petit, j’ai remonté près de 34 ans en arrière, à partir du mariage de mes parents, suivi de ma naissance, un mois plus tard. Je me suis vue grandir, sourire, pleurer, grimacer, danser: une petite fille comme les autres.
Petit à petit, j’ai remonté près de 34 ans en arrière, à partir du mariage de mes parents, suivi de ma naissance, un mois plus tard. Je me suis vue grandir, sourire, pleurer, grimacer, danser: une petite fille comme les autres.

Je suis allée en voyage

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CHRONIQUE / Personnellement, ce n’est que somme toute assez récemment que le confinement a commencé à me rentrer solidement dedans. De nature casanière et vivant bien la solitude, je m’ennuyais bien sûr de voir ma famille et mes amis, mais je trouvais de quoi m’occuper à la maison tout en entretenant mes contacts de manière intangible.

Je continue d’espérer que mon mariage ne sera pas reporté une seconde fois et qu’on pourra enfin convoler en justes noces avant de s’envoler vers une nouvelle aventure quelque part sur le globe.

Or, depuis le jour de l’An, le besoin de me dépayser me démange. Beaucoup.

Mais pas question de prendre un risque et de prendre l’avion. Alors je tente de m’évader autrement, comme bien des gens.

Si durant la première vague de la pandémie, j’ai regardé un nombre incalculable d’émissions de cuisine — et l’intégrale de RuPaul’s Drag Race, au grand désespoir de mon chum, qui m’a tout de même offert un cahier à colorier de mes drag queens préférées pour Noël —, depuis le temps des Fêtes, je m’abreuve d’idées dans des émissions de décoration et de rénovation.

Ainsi, depuis quelques semaines, j’expérimente moins dans la cuisine, mais cela est largement compensé par mon obsession à tout ranger et à élaguer mon inventaire de possessions de ce qui ne me remplit plus de «joie» ou qui ne m’était plus utile. D’autres en profiteront.

Une fois le contenu de chaque armoire de ma maison réarrangé, j’avais cependant encore faim de renouveler mon intérieur.

J’ai donc trempé l’orteil dans le DIY (do it yourself) et transformé mon bureau de travail, acheté pour pas trop cher dans une grande chaîne suédoise, en décorant les tiroirs d’un papier peint adhésif et en leur ajoutant de jolies poignées glanées en ligne.

Ça m’a donné la piqûre, si bien que je fantasme de renipper tous les pauvres meubles en perdition à donner ou à vendre trop pas cher sur Marketplace, là où on peut se perdre pendant des heures...

À défaut d’être la Martha Stewart du Québec (sans la peine de prison), je pourrais devenir la Mère Teresa du meuble...

Mais mon réaliste de chum me ramène toujours les pieds sur terre en me rappelant qu’on n’a pas vraiment d’espace pour ça et qu’on a suffisamment de meubles dans la maison.

Bref. Tout ce long préambule pour vous parler du véritable périple que j’ai fait cette fin de semaine: un voyage dans le temps.

Cherchant à occuper mes mains et mon esprit, j’ai trouvé le seul endroit où ma fée du rangement ne m’avait pas encore amenée: mes vieux albums photos.

Entassés au fond d’une tablette dans la garde-robe de mon bureau au sous-sol, je n’ai pas dû les ouvrir depuis nombre d’années. Qui, aujourd’hui, prend encore le temps de feuilleter ces albums pour se remémorer des souvenirs?

Plusieurs affirment qu’avec l’avènement des téléphones intelligents, dotés d’une lentille aussi performante que les appareils photos, les gens n’ont jamais pris autant de clichés de leur quotidien. Ces gens-là n’ont clairement pas connu des parents d’enfants uniques ou de premiers-nés dans les années 1980.

C’est tout simplement effrayant la quantité de photographies que mes parents ont prises de moi, et ce, dans toutes les situations possibles. Moi dans mon bain, les quatre pattes en l’air, en pyjama dans mon Jolly Jumper, en train de dormir, en train de boire au sein de ma mère, dans les bras d’un oncle, ceux d’une tante, avec grand-maman toute habillée dans la piscine, en train de déballer mes cadeaux de Noël, lors de mes anniversaires, alouette!

Et je ne vous parle pas des doubles. C’était monnaie courante, à l’époque, de faire imprimer les photos en plusieurs exemplaires. Et comme j’ai hérité des albums photos de ma grand-mère maternelle à son décès, j’avais facilement deux ou trois copies de chaque photo...

Assez! Inutile de tout garder. J’ai donc entamé un tri. Chaque doublon a été systématiquement écarté, de même que les photos floues et celles qui ne m’évoquaient pas un souvenir heureux.

Petit à petit, j’ai remonté près de 34 ans en arrière, à partir du mariage de mes parents, suivi de ma naissance, un mois plus tard. Je me suis vue grandir, sourire, pleurer, grimacer, danser: une petite fille comme les autres.

Mon regard s’est attardé plus longuement sur certaines photos. J’en ai retrouvé plusieurs de ma mère que je crois que je n’avais jamais vues. Immanquablement, des larmes ont roulé sur mes joues en pensant à elle, dont je n’entends plus la voix depuis près de neuf ans. Idem pour ma grand-mère maternelle, qui nous a quittés il y aura 15 ans le jour de mon anniversaire, en mai.

Grâce à ces clichés, j’ai revécu le voyage d’un mois en Floride, incluant une visite de quelques jours à Walt Disney World avec mon père.

À travers mes trouvailles, je me suis permis de me débarrasser des photos de personnes qui, au fil du temps, sont sorties de ma vie pour diverses raisons et dont je ne tiens pas nécessairement à garder un souvenir tangible.

J’ai repassé à travers quelques voyages scolaires, immortalisés grâce aux appareils jetables de l’époque. En plus d’y revoir certains lieux célèbres, comme la Tour du CN ou la Statue de la Liberté, j’ai reconnu le bout de mon doigt sur plusieurs images... À la poubelle!

Bref, le temps d’une heure ou deux, je ne sais plus, j’ai voyagé. Gratis!

Ça m’a fait un bien fou, comme si je me délestais du poids de certains souvenirs sans importance en faisant le tri de ces photos afin de laisser plus de place à ceux qui comptent vraiment, dans mon esprit.

Avoir su, je l’aurais fait bien avant.