Qui ne s’est jamais retenu de finir la poche de lait pour éviter d’avoir à la remplacer ?

Dans la cour du voisin

CHRONIQUE / J’ai honte. Toute cette histoire entourant l’envoi d’une centaine de conteneurs de déchets du Canada vers les Philippines n’a rien pour nous emplir de fierté patriotique.

Je ne peux pas croire qu’il a fallu six ans à notre gouvernement pour mettre ses culottes et rapatrier nos rebuts que les Philippins n’ont jamais demandés.

Rappelons les faits : une entreprise canadienne a expédié 103 conteneurs vers un port situé près de Manille, en 2013. Ceux-ci ont été «incorrectement» étiquetés comme contenant des plastiques recyclables, alors qu’ils étaient plutôt remplis de déchets électroniques et ménagers.

Avec raison, le président Rodrigo Duterte a exigé du Canada qu’il reprenne ses vidanges, faute de quoi il les lui renverrait.

À l’inverse, pendant des années, Ottawa a plutôt tenté de convaincre les Philippines d’en disposer par enfouissement, et ce, malgré un ordre d’une cour philippine de 2016 lui ordonnant d’assumer ses responsabilités.

Le conflit s’est à ce point envenimé que Manille a même rapatrié ses consuls et son ambassadeur en sol canadien.

Le Canada a finalement entendu raison et a annoncé, cette semaine, qu’une soixantaine de conteneurs — les autres ayant été éliminés — reprendraient le chemin du «plusse meilleur pays du monde». Une opération qui nous coûtera, chers contribuables, 1,1 million de dollars.

Ce geste ordurier, fruit d’une entreprise privée, n’a d’égal que le laxisme du gouvernement à corriger la situation.

Les Philippines, comme n’importe quel autre pays du Tiers-Monde, ne devraient pas faire office de dépotoir d’un pays industrialisé, quel qu’il soit.

Tout cela n’est pas digne du Canada, qui aspire à devenir un chef de file en matière de développement durable et de protection de l’environnement.

Un pays dirigé par un gouvernement qui, rappelons-le, a décrété il y a quelques jours, «l’urgence climatique nationale».

Mauvaise habitude

Cet exemple démontre qu’encore aujourd’hui, il est plus facile de faire abstraction d’une problématique lorsqu’on n’y est pas confrontés au quotidien.

C’est comme quand on ferme les yeux en croisant un itinérant ou un quêteux ou qu’on fait comme s’ils n’étaient pas là pour évacuer le malaise de notre propre confort face à leur solitude et à leur pauvreté.

On ne le voit pas, donc le problème n’existe pas. Magie !

Et pour nier l’existence de quoi que ce soit, rien de plus facile que de refiler le tout à quelqu’un d’autre.

On l’a presque tous fait à un moment ou à un autre dans notre vie, particulièrement en ce qui a trait aux tâches ménagères.

Oui, oui, vous avez bien compris : pelleter dans la cour du voisin semble être une mauvaise habitude bien ancrée dans notre culture. Un mélange de paresse et de lâcheté, souvent. Mais toujours un choix.

Soyons francs : c’est tellement plus facile de laisser le fardeau au prochain et de s’en laver les mains !

Qui ne s’est jamais retenu de finir la poche de lait pour éviter d’avoir à la remplacer ? Ou de manger le dernier biscuit pour ne pas avoir à jeter la boîte ou laver l’assiette ?

Qui ne s’est jamais rationné sur le papier de toilette pour ne pas subir l’odieux de changer le rouleau ?

Qui n’a jamais limité ses déplacements dans la voiture familiale pour ne pas être celui qui devra aller faire le plein d’essence ?

Fainéantise collective

On ne peut pas envoyer nos déchets ailleurs pour ensuite se dire qu’on a un pays propre. Il faut produire moins de déchets.

Malheureusement, à grande échelle, la fainéantise collective a de graves conséquences, surtout quand on pense à l’environnement.

Cette manie de remettre à plus tard ou d’envoyer dans la cour d’un autre ce qui doit être fait explique probablement pourquoi notre bilan environnemental met tant de temps à s’améliorer.

Comme le veut l’adage, charité bien ordonnée commence par soi-même.