On sait tous que la fillette martyre évoluait dans un milieu toxique. Est-il encore pertinent d’en rajouter?

Trop, c’est trop!

C’était lundi soir, après le souper. Mon chum et moi marchions derrière nos deux petites, qui chevauchaient leur vélo dans un bonheur insouciant. Il me parlait des nouveaux projets à son boulot, mais je dois admettre que j’avais la tête ailleurs. Je regardais nos filles, et je me disais qu’elles étaient quand même chanceuses. Quelques heures plus tôt, cette journée-là, on découvrait qu’une fillette de sept ans avait eu moins de chance à la loterie de la vie, et que, apprendrait-­on le lendemain, plus jamais, elle ne pourrait pédaler à toute allure, comme le faisaient ma six ans et ma trois ans, les yeux remplis de fierté.

Je ne reviendrai pas sur les détails de cette sordide histoire. De toute façon, c’est presque inutile: il n’a été question que de cela dans l’actualité de la dernière semaine.

Mais comme le Québec en entier, j’ai été profondément troublée par le sort réservé à cette enfant qui ne demandait qu’à être aimée. Et je le suis encore. Sidérée, dégoûtée, dévastée, enragée, name it ! Je crois qu’il n’y a pas de mots assez justes dans les circonstances.

Et au-delà de toute la gamme d’émotions que l’horreur suscite, plusieurs questions tournent en boucle dans ma tête.

Trop de questions sans réponse

Comme tout le monde, je me questionne à savoir comment un petit être aussi fragile a pu passer à travers toutes les mailles du système social qu’on s’est construit. Pourquoi personne n’a-t-il rien vu, ou plutôt rien fait ? De concret, je veux dire.

Je m’interroge à savoir comment un parent peut se rendre jusque-là ? Tous ceux qui ont des enfants savent à quel point ils peuvent parfois tester notre patience, nos limites, et notre niveau d’énergie. Je ne pense pas me tromper en affirmant qu’on a tous, un jour ou l’autre, dû aller puiser au très profond de nous pour « se gérer » devant une crise de bacon, un comportement inadéquat ou quoi encore. Mais voilà, la grande majorité des adultes, dans la grosse majorité des circonstances, sont capables de prendre sur eux. Ce doit être l’amour inconditionnel qu’on leur porte qui prend le dessus.

Alors que se passe-t-il dans la tête d’une personne pour qu’elle perde le contrôle au point de faire autant de mal à son enfant ? Et encore là, un accès de colère peut à la limite être davantage compréhensible — bien qu’injustifiable­ — qu’une maltraitance qui perdure plusieurs années.

Je me demande aussi ce qui serait arrivé si ce voisin, qui prétend avoir entendu la petite cogner à sa porte à 2h du matin la nuit précédant le drame, était arrivé à temps pour lui ouvrir. Si les nombreux signalements avaient été écoutés. Si la DPJ était intervenue beaucoup plus tôt.

Mais avec des « si », on peut aller loin. Et le résultat est qu’aujourd’hui, une enfant de sept ans est morte après avoir enduré d’atroces souffrances pendant des années.

Le plus dérangeant

Depuis quelques jours, toutefois, ce qui me dérange le plus dans toute cette affaire, ce sont les nombreux détails du contexte familial dans lequel évoluait l’enfant qu’on nous dévoile au compte-goutte et qui rajoute chaque fois à l’horreur.

Je me questionne à savoir s’ils sont tous d’intérêt public, ou s’ils ne font qu’alimenter notre indignation collective. Jusqu’où est-il nécessaire d’aller pour témoigner des atrocités subies ? Où se situe la limite entre l’information nécessaire et celle qui satisfait la curiosité malsaine dans ce dossier ?

On sait tous que la fillette évoluait dans un milieu toxique. Est-il encore pertinent d’en rajouter ?

Et là, je ne parle pas uniquement des médias traditionnels. Je parle aussi de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux. Malgré une ordonnance de non-publication de la cour, les noms de la victime et des présumés bourreaux ont abondamment circulé, tout comme des photos (de la petite sur son lit de mort, vraiment?!) et maintes informations sur tout le contexte familial difficile et l’arbre généalogique tordu. Honnêtement, je ne me rappelle pas d’un autre cas où la justice populaire a fait aussi grand bruit.

Pour ma part, j’ai pratiquement arrêté de m’informer sur le sujet. Ce n’est pas tant, je crois, une écœurantite aiguë, mais une saturation d’horreur de ce qu’est capable d’endurer mon cœur de maman, qui a affreusement mal depuis une semaine.

Je crois — et j’ose espérer — que suffisamment de choses ont été dites sur le sujet et qu’il est temps maintenant de passer à l’action pour qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais.