Le message de la commission scolaire m’a ramenée vingt ans en arrière, dans la classe surchauffée du vieux collège où je faisais mon secondaire, en train d’essayer de trouver un sens au cours formation personnelle et sociale que le prof de religion (!) tentait, tant bien que mal, de nous enseigner.

Parlons de sexualité

Comme bien des parents, j’ai reçu cette semaine un courriel de la part de la commission scolaire m’informant du contenu du nouveau cours d’éducation à la sexualité, obligatoire dès cette année pour tous les élèves, du préscolaire à la 5e année du secondaire.

Le message m’a immédiatement ramenée vingt ans en arrière, dans la classe surchauffée du vieux collège où je faisais mon secondaire, en train d’essayer de trouver un sens au cours de FPS (formation personnelle et sociale) que le prof de religion (!) tentait, tant bien que mal, de nous enseigner. Il suffit de l’imaginer rouge comme une tomate, en train d’enfiler un condom à une banane un peu trop mûre devant des adolescents mi-amusés, mi-mal à l’aise pour avoir une bonne idée du souvenir que je garde de cette « éducation à la sexualité ».

Je n’ai donc pas été surprise de voir ce cours être aboli au début des années 2000. Je le suis toutefois de le voir réapparaître dans le cursus scolaire près de vingt ans plus tard. D’autant plus qu’on semble vouloir répéter la même erreur.

Comprenez-moi bien : l’erreur dont je parle n’est pas d’incorporer une éducation à la sexualité à l’école. C’est plutôt la façon dont on le fait. Opinion partagée par la sexologue Josée Ménard.

Pas prise au sérieux

Il est primordial d’accorder une place à l’éducation à la sexualité, me confirme-t-elle, d’entrée de jeu.

Oui, concède-t-elle, c’est aux parents que revient la principale tâche de cette éducation. Il est de leur devoir de se questionner et de définir ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants comme valeurs d’amour, de fidélité, de confiance, etc.

L’éducation à la sexualité dans un contexte scolaire sert davantage à enseigner du « contenu social », explique-t-elle. « Ce que nous, en tant que société, on a défini comme des comportements acceptables ou non. Notre position de société sur l’homosexualité, entre autres, l’avortement, la contraception, les agressions sexuelles, la violence conjugale... »

« Même si un parent est homophobe, par exemple, l’école est là pour enseigner au jeune que socialement parlant, c’est correct d’être gai. »

C’est là que Josée Ménard démontre une certaine réserve par rapport à la nouvelle proposition du ministère de l’Éducation. « Ça prend trois ans d’études universitaires pour avoir le titre de sexologue. Là, encore une fois, on demande à des enseignants déjà débordés par leurs tâches régulières d’ajouter des notions de sexualité à leur programme. Et on leur donne seulement quelques heures de formation sur le sujet pour le faire. Le dossier risque fort d’être malmené », craint-elle.

« Le grand risque, c’est que ces gens-là ne soient pas assez formés pour parler de la sexualité en général, et non de leur sexualité. De leurs propres valeurs à ce niveau », ajoute-t-elle.

Cette tendance à confier « à n’importe qui » l’éducation à la sexualité « démontre clairement qu’on ne prend pas le sujet au sérieux », est-elle d’avis. « Et pourtant, l’éducation à la sexualité, c’est sérieux. Ça sert à prévenir des comportements inacceptables. Ça va plus loin que les aspects biologiques. Ça touche l’humain, le social, l’affectif, le relationnel, le psychologique... »

Le Haut conseil à l’égalité des hommes et des femmes (instance consultative indépendante créée en 2013 en France), en 2016, allait même jusqu’à statuer que « seule une éducation à la sexualité de qualité permettrait d’espérer atteindre une égalité femme-homme. Et d’essayer d’endiguer les violences sexistes et sexuelles. »

Qu’attend-on pour faire entrer des sexologues dans les écoles pour donner cette éducation de qualité ? se demande Mme Ménard. « Est-ce qu’on donne de la crédibilité à un cours de finances dispensé par un professeur de français ? »

D’abord le rôle des parents 

Malgré tout, Josée Ménard est d’avis que le retour de l’éducation à la sexualité dans les écoles est « une méchante belle victoire ».

« Dans les dix, vingt dernières années, on a vu beaucoup de régression en matière de comportements sexuels inadéquats. Avant, la plupart des jeunes filles de quinze ans me disaient, par exemple, qu’elles ne pouvaient pas tomber enceintes parce que le sperme coulait de leur vagin. Qu’il ne restait pas à l’intérieur. Alors que maintenant, elles me demandent plutôt si elles sont obligées de se faire enculer. On remarque beaucoup plus de comportements sexuels pornographiques. »

Elle concède que la démocratisation de l’Internet et l’abondance de nouvelles technologies rendant le contenu explicite facilement accessible puissent avoir joué un rôle. « Mais quand ça va mal, qu’on a des doutes, des questions, des problèmes, vers qui se tourne-t-on en général ? Nos parents. S’ils ne sont pas là, les jeunes vont aller prendre leurs informations ailleurs. Mais s’ils sont présents, à l’écoute, impliqués, ça restera toujours, même à l’adolescence, des personnes d’importance sur qui on peut se fier. »

Le hic, reconnaît-elle, c’est que les jeunes font bien souvent face à des parents qui ne savent pas trop eux-mêmes où ils se positionnent, quelles sont leurs valeurs, ce qu’ils veulent transmettre à leur progéniture et comment. Des parents pour qui le sujet est tabou, angoissant, gênant... Si tel est le cas, la sexologue conseille de ne pas hésiter à consulter afin d’être mieux outillés pour répondre aux besoins de ses enfants.

« Ce n’est pas normal de penser que les jeunes vont découvrir par eux-mêmes. Que l’école, Internet, la société vont leur apprendre tout ça. L’éducation à la sexualité, c’est d’abord et avant tout une tâche parentale. Comme toutes les autres. »