Saviez-vous que 45 % des enfants trouvent que leurs parents passent trop de temps sur leur téléphone, et que 27 % d’entre eux rêvent de pouvoir confisquer l’appareil à leurs parents pour avoir leur pleine attention à certains moments?

Nos enfants ne devraient pas être notre priorité

CHRONIQUE/ Saviez-vous que 45 % des enfants trouvent que leurs parents passent trop de temps sur leur téléphone, et que 27 % d’entre eux rêvent de pouvoir confisquer l’appareil à leurs parents pour avoir leur pleine attention à certains moments ?

C’est du moins ce qui ressort d’une étude de 2015 réalisée par AVG Technologies, qui a interviewé 6117 parents et leurs enfants âgés de 8 à 13 ans.

Les résultats ne sont pas si étonnants, sachant que les parents ont de leur côté admis dans une proportion de 50 % se laisser distraire par leur cellulaire pendant leurs interactions avec leur enfant. De plus, 36 % d’entre eux le consulteraient pendant les repas, et 28 % y jetteraient maints coups d’œil pendant qu’ils jouent avec leur petit.

On se préoccupe beaucoup, en tant que parents, du temps que passent nos jeunes devant les écrans. Mais qu’en est-il de notre propre consommation technologique ?

« Vous, vous êtes toujours sur votre téléphone ! » m’a lancé cette semaine ma grande de six ans, furieuse après que je lui eut distraitement refusé, entre deux items mis en vente sur Marketplace, de regarder des vidéos sur l’ordinateur.

Si l’usage du mot « toujours » me paraît légèrement exagéré, j’admets qu’elle n’a pas tout à fait tort dans sa perception des choses. Moi-même, parfois, je me dis que je perds beaucoup trop de temps à éplucher inutilement mon fil d’actualité ou à prendre mes courriels les soirs et les week-ends.

Mais comme bien des parents, j’en suis sûre, quand mon enfant essaie de me faire entendre raison, je trouve toujours une bonne excuse. « C’est pour le travail. » « Je fais juste payer une facture. » « Je réponds à une amie qui m’a écrit. » « Je cherche le numéro de téléphone de tel restaurant. » « Je valide la météo pour savoir quoi faire en fin de semaine. » « Je regarde pour t’acheter des souliers. » Etc.

Même si c’est souvent vrai que mon usage électronique sert à des fins utiles, quel message cela envoie-t-il à mon enfant, à qui je restreints son temps d’écran ? C’est valable pour toi, mais pas pour moi ?

« Les parents ne sont pas toujours conscients que leur cellulaire occupe une grande partie de leur temps. Plusieurs vont invalider ce que l’enfant nomme en banalisant leur utilisation des technologies. Le message que notre enfant nous envoie par ce type de commentaires est qu’il nous trouve indisponible et qu’il souhaite interagir avec nous », fait valoir la psychologue Suzanne Vallières dans son plus récent livre, Le psy-guide des parents épuisés, dans lequel elle rapporte tout ce que j’ai écrit plus haut.

Faire des sacrifices

Cet exemple flagrant de double discours, que je me dis, pourrait s’étendre à plusieurs aspects de la parentalité si on prenait le temps de se regarder dans le miroir quelques instants.

En tant que parents, on veut le meilleur pour nos enfants, et c’est tout à fait normal et compréhensible. On veut leur bien-être physique, psychologique et émotionnel. On veut qu’ils aient une vie équilibrée, qu’ils se développent à la hauteur de leur potentiel, et qu’ils deviennent des adultes heureux et épanouis.

Mais qu’en est-il de nous ? Fait-on tout en notre possible pour que cette réalité soit également nôtre ? Sommes-nous heureux et épanouis ? En bonne forme physique et mentale ?

On sait tous que devenir parents engage à certains sacrifices. Mais nulle part il n’est demandé de SE sacrifier. Du moins pas à temps plein pendant des années. À certains moments, dans certaines périodes plus difficiles, oui, on doit être en mesure d’en prendre davantage sur nos épaules pour soutenir notre progéniture. Ça vient avec, comme on dit. Mais à trop étirer l’élastique, il risque de nous péter en pleine face, comme le prouvent les récentes statistiques sur le burn-out parental…

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Tout ça me fait penser à un texte que j’ai lu, il y a quelques années déjà, dans le journal américain Naples Daily News. Un billet du psychologue John Rosemond, qui s’intitulait Your kids should not be the most important in the family, titre que j’ai traduit librement pour coiffer cette présente chronique.

En gros, l’homme faisait valoir que la plupart des problèmes que connaissent les parents d’aujourd’hui avec leurs enfants provenaient du fait qu’ils considèrent leurs enfants comme ce qu’il y a de plus important pour eux et, par conséquent, se comportaient comme si les enfants, leur mariage et leur famille existaient à cause de ceux-ci, alors que c’est tout à fait le contraire !

La personne la plus importante dans une armée, illustre-t-il, est le général. La plus importante dans une entreprise est le patron. La plus importante dans une salle de classe est le professeur. Et dans une famille, ce sont donc les parents.

Le psychologue recommandait ainsi à ces derniers de d’abord prendre soin d’eux, individuellement et en couple, pour améliorer l’ambiance familiale. Car à la base d’une famille, il y a d’abord deux individus qui ont uni leur destinée par amour.

Non, ce n’est pas de négliger les enfants que de s’accorder du temps pour recharger ses batteries ; c’est de leur assurer qu’ils peuvent avoir confiance, durant leur voyage jusqu’à l’âge adulte et même au-delà, car il y a un pilote dans l’avion. Un bon pilote, soulignait-il.

NOUS devrions donc être notre priorité.

Vous trouvez que je me contredis entre le début et la fin de cette chronique ? Pas du tout ! Si vous et moi avons décidé d’avoir des enfants, c’est qu’ils sont importants à nos yeux. Assez, du moins, pour parfois ou souvent les faire passer avant nos propres besoins. Alors, imaginez quelle place peut occuper notre téléphone dans nos vies si on le privilégie au point de diminuer l’attention qu’on accorde à nos enfants… au point de gruger tout ce qu’il nous reste de temps pour prendre soin de nous.

Une sérieuse réflexion s’impose.