L’essentiel de la rentrée

CHRONIQUE/Dans trois dodos, ma grande entamera sa maternelle. Je m’étais dit que l’occasion était belle d’y dénicher un sujet de chronique — ou plusieurs — sur la fameuse rentrée scolaire. Celle à propos de laquelle les parents d’enfants plus âgés parlent tant, stressent, courent d’un bord et de l’autre, peinent à gérer la routine qui reprend... Mais j’ai beau me creuser la tête, je n’en trouve tout simplement pas.

Je suis zéro inquiète pour ma petite. Zéro inquiète pour moi non plus. Elle est prête, je suis prête. Elle a hâte, j’ai hâte. Rien à dire sur le sujet. Alors, je me trouve ben plate.

Pourtant, ce moment de l’année peut être angoissant pour plusieurs. Enfants et parents. Se fera-t-il des amis ? Sera-t-il intimidé ? Parviendra-t-il à suivre en classe ? Sera-t-il trop tannant ou désobéissant ? Côtoiera-t-il de mauvaises influences ?

Entre les articles scolaires à acheter, les divers paiements à effectuer, les horaires d’autobus à vérifier, les lunchs à préparer, les devoirs à faire, les journées pédagogiques à gérer et les cours de ci ou de ça auxquels il faut les inscrire — et assister —, on a parfois tendance à oublier de s’informer de l’essentiel.

L’ascendant d’un prof

Aller à l’école, ce n’est pas juste le travail de l’enfant ou de l’adolescent. Ce n’est pas non plus qu’acquérir de simples — ou compliquées — notions académiques. C’est socialiser — beaucoup —, c’est se découvrir, c’est exister en dehors du noyau familial en tant qu’individu à part entière. C’est, pour ainsi dire, se former à faire partie de la société.

Et dans ce brouhaha quotidien, il y a un ou des adultes, autres que les parents, qui jouent un rôle d’importance : les profs.

Nous, les parents, on les côtoie peu, voire pratiquement pas. On sait qu’ils sont là. On en entend parfois parler à l’heure du souper, sans plus. Pourtant, ils sont bien souvent la deuxième figure d’autorité d’importance chez l’enfant et l’adolescent. On les leur confie, ni plus ni moins, en moyenne sept ou huit heures par jour. C’est donc dire l’ascendant qu’ils peuvent avoir sur nos jeunes.

Je n’ai, cette semaine, ni statistiques, ni études, ni entrevues avec des spécialistes pour appuyer mes dires. J’ai, par contre, un message du fond du coeur, livré par un certain Yannick Pinel sur les réseaux sociaux et qui fait un tabac depuis sa publication, jeudi, pour vous faire réfléchir sur le rôle plus qu’important des enseignants dans la vie de nos enfants.

Sans détour, l’homme réussit à merveille à remercier, encourager et rendre hommage à tous ceux et celles qui peuvent, parfois sans le savoir, faire la différence dans la vie d’un jeune. Alors, avec sa permission, je vous laisse ici l’intégralité de son propos puisque je n’aurais su mieux dire moi-même. Puissent les différents partis politiques l’entendre en cette période de campagne électorale.


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« Allô prof... de secondaire !

Dans ta nouvelle classe, comme à chaque année, t’auras quelques kids puckés. Un, deux, trois peut-être. Plus, trop si t’enseignes en milieu défavorisé (MERCI !).

Ils sont dans l’fond, pas en avant.

Je sais que tu sais, mais à la maison, ces gamins reçoivent moins de supervision, d’attention, d’affection... D’AMOUR. On ne croit pas en eux, on ne les tire pas vers le haut, on ne leur enseigne pas comment rêver. Certains se font même dire et répéter qu’ils ne valent rien et ils reçoivent des taloches pour ne pas l’oublier.

À ce stade, t’es pas mal la seule personne qui peut remédier à ça. C’est ben ben d’la pression, je sais. Pis t’es pas assez payé, je sais ça aussi.

Parce que ces jeunes exigeront de ta part plus de temps, plus d’énergie, plus de ressources. Ils te feront bûcher, suer, rager, mais ils comptent sur toi. Le hic, c’est qu’ils ne le savent pas. Alors ne le prends surtout pas personnel s’ils te manquent de respect ou t’envoient promener, c’est un mécanisme de défense.

Paraphrasons Anaïs Barbeau-
Lavalette : ils ne t’aiment pas encore, mais attends-les, ils arrivent.

Toi, tu vois le mur vers lequel ils foncent. Et ce mur, s’ils le frappent de plein fouet, c’est fini pour eux. Le décrochage, la pauvreté, la violence, le crime, la drogue, la prison, la mort. Montre-leur qu’il y a des chemins pour contourner ce sombre mur. Ils ne les connaissent pas. Et parfois, si c’est trop tough, s’il est trop tard, capitonne le mur pour eux. Qu’ils se fassent moins mal. Qu’ils puissent rebondir un peu en s’y pétant la gueule.

Mais si tu arrives à tes fins, tu seras mon héros, mon héroïne. Pis tu seras le ou la leur. T’auras sauvé une vie, une âme. Les médecins, les policiers et les pompiers en sauvent aussi, mais c’pas pareil. C’est mécanique eux. Toi, c’est métaphysique, c’est romantique.

Quand j’entends quelqu’un, quelqu’une parler DU ou de LA prof qui a changé sa vie, qui lui a transmis sa passion, qui a cru en lui, en elle, qui lui a montré la voie, qui lui a donné goût à la littérature, aux sciences, ou simplement à la vie, y’a rien de plus beau. C’est du Riopelle, du Borduas à mes yeux, du Miron, du Desjardins à mes oreilles. Bref, d’la poésie. Émouvante. Inspirante.

Allô prof... de secondaire ! On te dit pas assez à quel point ton rôle est vital. J’pense que c’est le plus vital d’entre tous moi.

Bonne rentrée ! »