Le déclin de l’autorité parentale serait en partie responsable de l’anxiété grandissante de nos jeunes.

Les enfants aux commandes

Sur le coup, je ne l’ai pas relevé. Je l’ai noté dans mon calepin, et suis passée à une autre question. Mais en relisant mes notes dans le but d’écrire cette chronique, c’est l’un des principaux points qui piquaient ma curiosité.

Selon l’organisme Oasis Santé mentale Granby et région, que je suis allée rencontrer cette semaine pour jaser du fléau de l’anxiété chez les jeunes, quatre facteurs expliqueraient la hausse fulgurante des cas remarquée depuis plusieurs années : notre société de performance, les réseaux sociaux, les conflits familiaux et le manque d’autorité et d’encadrement.

Les trois premiers n’étaient pas nouveaux pour moi, mais le quatrième retenait mon attention...

J’ai voulu pousser plus loin mes recherches. J’ai tapé trois ou quatre mots dans Google et je suis rapidement tombée sur un article fort intéressant du magazine Châtelaine, publié en 2016 et intitulé Le déclin de l’autorité : pourquoi les parents doivent devenir adultes.

Selon le Dr Leonard Sax, médecin de famille et psychologue américain reconnu pour ses livres sur le développement de l’enfant, le déclin de l’autorité parentale serait en partie responsable non seulement de l’anxiété grandissante de nos jeunes, mais également de l’embonpoint, de la surmédication, du manque d’estime de soi et de respect pour les autres (ou autrement dit, du phénomène de l’intimidation).

Désireux de favoriser le développement de l’enfant de façon réfléchie et respectueuse, les parents d’aujourd’hui n’exigent plus, ils demandent. Au conditionnel. S’il vous plaît. Si cette approche est acceptable pour des choix sans importance comme la couleur d’un chandail, fait valoir le pédopsychologue Gordon Neufeld, cité dans le livre du Dr Sax, elle est plutôt dommageable si elle est utilisée à outrance. « Quand vous consultez vos enfants sur des questions fondamentales du rôle des parents comme l’alimentation, vous les placez en position de contrôle. Ils ne se sentent pas pris en charge et commencent à jouer le rôle alpha. »

Restaurer la hiérarchie

Et il est là, le problème. « Une unité familiale fonctionnelle repose sur un ordre social que la société contemporaine travaille fort à démanteler : la hiérarchie », peut-on encore lire dans le Châtelaine. Si ce n’est pas le parent qui prend le pouvoir, c’est l’enfant, ce qui n’est pas normal.

En outre, en Amérique du Nord, « au fur et à mesure que les adultes perdaient de leur influence sur les enfants, ce sont les autres enfants de leur âge qui en gagnaient », relève Gordon Neufeld, en référence à la hausse des cas d’intimidation. « Les jeunes enfants ne sont pas des êtres rationnels. Une part de leur développement consiste à tester les limites ; les enfants ne peuvent pas compter les uns sur les autres pour se responsabiliser — et ne devraient pas avoir à le faire. »

On sait tous que les jeunes ont besoin d’encadrement, de balises claires, de limites à ne pas dépasser et de consignes à respecter pour bien se développer. 

Selon plusieurs études longitudinales, les enfants qu’on a laissé distinguer seuls le bien du mal risquent davantage d’éprouver des problèmes plus tard. « À la fin de la vingtaine, ils sont plus sujets à l’anxiété ou à la dépression, ont plus de mal à trouver un emploi bien rémunéré, sont en moins bonne santé et sont plus susceptibles d’être alcooliques ou toxicomanes, affirme le Dr Sax. Nous savons maintenant que les enfants de parents autoritaires ont de meilleures perspectives d’avenir, et l’effet est plus important que l’origine, les revenus familiaux ou le quotient intellectuel. »

Avec fermeté et respect

Le retour d’une certaine autorité parentale semble donc impératif dans les circonstances. « Mais les parents ont d’abord un obstacle psychologique à surmonter », selon Andrea Nair, une psychothérapeute qui donne des cours sur l’éducation des enfants en Ontario. « Comment à la fois décider avec fermeté et respecter l’enfant. »

Selon elle, une partie du défi réside dans le fait que les parents d’aujourd’hui veulent faire un sans-faute. « Ils ne veulent pas échouer — à simultanément favoriser le développement de l’enfant et prendre les décisions — ni que leur enfant échoue sur les plans personnel, scolaire et social. »

La pression est donc encore plus forte : ils veulent être des parents parfaits... ce qui augmente leur anxiété ! Qu’ils projettent bien souvent sur leur enfant, bien malgré eux.

À ce sujet, la psychologue Suzanne Vallières implore les parents. « Vous êtes les adultes, c’est à vous de faire vos prises de conscience. Cette pression que vous ressentez, elle n’appartient pas à l’enfant », me disait-elle en entrevue il y a quelques semaines.

Pour reprendre les commandes, que diriez-vous de commencer par ça ?

UN PETIT EXTRA QUI MÉRITE RÉFLEXION

Toujours selon le médecin de famille et psychologue Leonard Sax, le manque d’autorité parentale se refléterait sur le sommeil des jeunes. 

Et le déficit de repos serait l’une des raisons pour lesquelles des enfants reçoivent un diagnostic de TDAH. 

« La privation de sommeil imite à la perfection le TDAH », écrit le Dr Sax dans son livre The Collapse of Parenting : How We Hurt Our Kids When We Treat Them Like Grown-Ups. Cette fatigue chronique pourrait être liée à l’augmentation du nombre de diagnostics de TDAH et de la prise d’une médication chez les enfants. 

« Il est maintenant plus facile d’obtenir un médicament prescrit par un médecin que d’être ferme avec un enfant et de le punir pour un mauvais comportement », fait-il encore remarquer. 

POUR ALLER PLUS LOIN...

Si vous êtes parents d’un enfant ou d’un adolescent aux prises avec un trouble anxieux et que vous désirez obtenir de l’aide, sachez que l’organisme Oasis Santé mentale Granby et région offre, à compter de ce mercredi, un programme de trois rencontres gratuites sur le sujet. 

Ces ateliers, dispensés les 10, 17 et 24 avril de 19 h à 21 h, aborderont plusieurs points, notamment les réactions et la dynamique de la situation ainsi que les stratégies et outils d’intervention adaptés. 

Il reste encore quelques places. Pour s’inscrire, il suffit d’appeler au 450-777-7131.