En une toute petite phrase, ma 5 ans a démoli le peu de confiance que j’avais en mes habiletés parentales. Je crie donc je suis… une mauvaise mère.

Comment être un bon parent

CHRONIQUE / Ma cinq ans est difficile depuis quelques semaines. Elle explose pour tout et pour rien. Et elle veut imposer son règne de princesse Disney dans la maison. Je ne sais plus trop quoi faire pour jongler avec son caractère imprévisible.

J’en ai jasé autour de moi. J’ai fait des recherches sur internet aussi. On m’a suggéré d’essayer diverses méthodes qui allaient régler mon problème « à coup sûr ». Rien n’a fonctionné. 

À bout de ressources, un soir, j’ai décidé de me tourner vers la principale concernée. « Pourquoi est-ce que tu cries toujours ? » ai-je demandé a ma fille a l’heure du dodo au terme d’une crise interminable.

« Parce que toi aussi, tu cries, maman. »

Et vlan ! En une toute petite phrase, elle venait de démolir le peu de confiance que j’avais en mes habiletés parentales. Je crie donc je suis… une mauvaise mère.

Vrai que je suis fatiguée dernièrement. Même les vacances sous les tropiques ne sont pas parvenues à recharger mes batteries. Des vacances en famille, anyway, c’est pas reposant. Mais ça n’excuse pas mon irritabilité auprès des enfants. 

Avec ses sept mots tout simples, ma fille est venue remettre entièrement en question mes compétences parentales. Des doutes se sont installés. Des interrogations ont surgi. Suis-je assez présente ? Ai-je raison de faire de la sorte ? Pourrais-je en faire plus ? Ou moins ? Est-ce que c’est le mieux pour mes enfants ? Suis-je en train de les « scrapper » solide ?

Google n’avait pas de réponses, cette fois.

Faire confiance à son instinct

Puis j’ai repensé à Annie. Je l’ai croisée brièvement au Sommet de la famille, en mai dernier. Elle était l’un des quatre parents qui commentaient le premier exercice démocratique sur le sujet.

Annie est mère d’une petite fille de deux ans et demi. Et elle termine une maîtrise sur le développement du sentiment de compétences parentales. 

Ce dernier est fortement ébranlé depuis quelque temps avec l’explosion des sources d’information de toutes sortes, selon elle. On se tourne tellement vers les autres qu’on ne fait plus confiance à son instinct, à son propre jugement. « Certains consultent les médias sociaux avant le médecin ! », illustre-t-elle.

S’il est important d’échanger et de s’outiller — c’est d’ailleurs ce qu’elle encourage —, il est tout aussi primordial de faire le tri de ses sources et ses ressources. D’autant plus que les discours sont souvent culpabilisants et moralisateurs, souligne-t-elle, tirant une flèche au passage sur le sujet (tabou) de l’allaitement — ou plutôt du non-allaitement (on y reviendra).

Et surtout, il importe de se rappeler qu’il n’y a pas qu’une seule bonne façon de faire. « Élever un enfant, c’est une relation interpersonnelle. Il n’y en a pas une pareille. Chaque parent arrive avec son bagage, et il doit en plus dealer avec un petit être qui a sa propre personnalité. Il n’existe pas de recettes toutes faites, juste des outils dont on peut se servir ou non », dit-elle.

D’ailleurs, sa réponse est toute simple quand on lui demande comment retrouver son sentiment de compétences parentales : « Normalement, quand on s’est demandé “c’est quoi mes valeurs ? Comment je fonctionne ? Qu’est-ce que je ne veux pas répéter de ce que j’ai vécu ?  ” on a une bonne idée de qui on est comme parent, et des outils qui nous correspondent ou non dans tout ce qui nous sera proposé. Ensuite, il nous reste seulement à faire confiance à notre instinct et à notre propre jugement. »

Ouistiti

Vous vous demandez peut-être comment mon instinct de parent m’a fait réagir face aux quelques mots assassins de ma fille ce soir-là. Eh bien sachez qu’on s’est créé un code secret, elle et moi. Quand l’une ou l’autre considère que le ton monte trop chez l’autre, on dit fort — on crie pas ! — « ouistiti ! » pour stopper l’escalade.

« Et après, on fait quoi, maman ? » m’a-t-elle demandé après un grand éclat de rire.

« Je sais pas, qu’est-ce qu’on pourrait faire, d’après toi ? »

« On pourrait aller se calmer dans notre chambre », a-t-elle répondu après un court moment de réflexion.

 OK, on essaie ça. Et au pire, si ça ne marche pas, on tentera autre chose. On n’en est pas à une expérimentation près… Être parent, ce n’est que ça.