Actualités

Ça sert à quoi, un vaccin, déjà?

Si vous avez le moindrement suivi l’actualité dans les dernières semaines, vous avez certainement entendu parler de ces éclosions de rougeole dans différentes villes du monde. Dans la foulée, il a aussi été grandement question de la montée de groupes antivaccins, qu’on a montrés du doigt abondamment. Dans les deux cas, le ton était plus souvent qu’autrement alarmiste, les deux étant considérés comme des menaces potentielles.

Si la situation mérite d’être surveillée et contrôlée, on aurait intérêt à prendre du recul et à la considérer plus globalement. C’est l’avis de Laurence Monnais-Rousselot, une historienne qui s’est intéressée à l’histoire de la rougeole.

En famille

Des milliards pour bébé

CHRONIQUE/ Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un soupir d’exaspération en découvrant une nouvelle invention japonaise cette semaine. Peut-être l’avez-vous vu passer, vous aussi. Je parle du nouveau kit pour que les papas allaitent leurs bébés…

L’entreprise japonaise Dentsu propose ni plus ni moins qu’une poitrine en plastique munie d’un réservoir et de tétons en silicone. On le remplit du lait maternel, ou encore d’une préparation de lait en poudre, et voilà que papa peut donner le sein comme maman, ce qui supposément l’aide à renforcer le lien entre lui et son enfant.

En famille

Les enfants aux commandes

Sur le coup, je ne l’ai pas relevé. Je l’ai noté dans mon calepin, et suis passée à une autre question. Mais en relisant mes notes dans le but d’écrire cette chronique, c’est l’un des principaux points qui piquaient ma curiosité.

Selon l’organisme Oasis Santé mentale Granby et région, que je suis allée rencontrer cette semaine pour jaser du fléau de l’anxiété chez les jeunes, quatre facteurs expliqueraient la hausse fulgurante des cas remarquée depuis plusieurs années : notre société de performance, les réseaux sociaux, les conflits familiaux et le manque d’autorité et d’encadrement.

Les trois premiers n’étaient pas nouveaux pour moi, mais le quatrième retenait mon attention...

J’ai voulu pousser plus loin mes recherches. J’ai tapé trois ou quatre mots dans Google et je suis rapidement tombée sur un article fort intéressant du magazine Châtelaine, publié en 2016 et intitulé Le déclin de l’autorité : pourquoi les parents doivent devenir adultes.

Selon le Dr Leonard Sax, médecin de famille et psychologue américain reconnu pour ses livres sur le développement de l’enfant, le déclin de l’autorité parentale serait en partie responsable non seulement de l’anxiété grandissante de nos jeunes, mais également de l’embonpoint, de la surmédication, du manque d’estime de soi et de respect pour les autres (ou autrement dit, du phénomène de l’intimidation).

Désireux de favoriser le développement de l’enfant de façon réfléchie et respectueuse, les parents d’aujourd’hui n’exigent plus, ils demandent. Au conditionnel. S’il vous plaît. Si cette approche est acceptable pour des choix sans importance comme la couleur d’un chandail, fait valoir le pédopsychologue Gordon Neufeld, cité dans le livre du Dr Sax, elle est plutôt dommageable si elle est utilisée à outrance. « Quand vous consultez vos enfants sur des questions fondamentales du rôle des parents comme l’alimentation, vous les placez en position de contrôle. Ils ne se sentent pas pris en charge et commencent à jouer le rôle alpha. »

Restaurer la hiérarchie

Et il est là, le problème. « Une unité familiale fonctionnelle repose sur un ordre social que la société contemporaine travaille fort à démanteler : la hiérarchie », peut-on encore lire dans le Châtelaine. Si ce n’est pas le parent qui prend le pouvoir, c’est l’enfant, ce qui n’est pas normal.

En outre, en Amérique du Nord, « au fur et à mesure que les adultes perdaient de leur influence sur les enfants, ce sont les autres enfants de leur âge qui en gagnaient », relève Gordon Neufeld, en référence à la hausse des cas d’intimidation. « Les jeunes enfants ne sont pas des êtres rationnels. Une part de leur développement consiste à tester les limites ; les enfants ne peuvent pas compter les uns sur les autres pour se responsabiliser — et ne devraient pas avoir à le faire. »

On sait tous que les jeunes ont besoin d’encadrement, de balises claires, de limites à ne pas dépasser et de consignes à respecter pour bien se développer. 

Selon plusieurs études longitudinales, les enfants qu’on a laissé distinguer seuls le bien du mal risquent davantage d’éprouver des problèmes plus tard. « À la fin de la vingtaine, ils sont plus sujets à l’anxiété ou à la dépression, ont plus de mal à trouver un emploi bien rémunéré, sont en moins bonne santé et sont plus susceptibles d’être alcooliques ou toxicomanes, affirme le Dr Sax. Nous savons maintenant que les enfants de parents autoritaires ont de meilleures perspectives d’avenir, et l’effet est plus important que l’origine, les revenus familiaux ou le quotient intellectuel. »

Avec fermeté et respect

Le retour d’une certaine autorité parentale semble donc impératif dans les circonstances. « Mais les parents ont d’abord un obstacle psychologique à surmonter », selon Andrea Nair, une psychothérapeute qui donne des cours sur l’éducation des enfants en Ontario. « Comment à la fois décider avec fermeté et respecter l’enfant. »

Selon elle, une partie du défi réside dans le fait que les parents d’aujourd’hui veulent faire un sans-faute. « Ils ne veulent pas échouer — à simultanément favoriser le développement de l’enfant et prendre les décisions — ni que leur enfant échoue sur les plans personnel, scolaire et social. »

La pression est donc encore plus forte : ils veulent être des parents parfaits... ce qui augmente leur anxiété ! Qu’ils projettent bien souvent sur leur enfant, bien malgré eux.

À ce sujet, la psychologue Suzanne Vallières implore les parents. « Vous êtes les adultes, c’est à vous de faire vos prises de conscience. Cette pression que vous ressentez, elle n’appartient pas à l’enfant », me disait-elle en entrevue il y a quelques semaines.

Pour reprendre les commandes, que diriez-vous de commencer par ça ?

En famille

Princesses et superhéros

CHRONIQUE / Quand on a appris le sexe du bébé, il y a un peu moins de deux semaines, mon chum n’a pu s’empêcher d’afficher une pointe de déception. Autant il avait voulu une fille lors de mes deux premières grossesses, autant il aurait aimé avoir un garçon cette fois. « Pour changer la dynamique », qu’il me disait.

La nature en a toutefois voulu autrement, et c’est une troisième petite fille qu’on tiendra dans nos bras dans quelques mois. Je soupçonne mon copain de commencer à se sentir bien seul dans sa gang...

Je l’ai néanmoins trouvé très touchant, il y a quelques jours, lorsqu’il m’a fait part d’une de ses inquiétudes. « Je me demande... comment on va éduquer nos filles à la sexualité ? Pour qu’elles aient assez confiance en elles pour se faire respecter, ne pas accepter tout et n’importe quoi, ni se laisser manipuler, influencer ou embarquer dans des affaires pas possibles ? »

« Je suis un homme, je le sais à quel point on peut être cons des fois... Et j’ai peur pour elles. J’ai peur qu’on leur fasse du mal ou qu’on profite d’elles... »

Peut-être parce qu’elles sont encore au stade préscolaire, j’avoue que je ne m’étais encore jamais posé la question. D’où ma réponse on ne peut plus succincte et évasive : « Euh... on verra en temps et lieu. »

Mais son interrogation a continué de me trotter dans la tête. Et ma réflexion ne m’a apporté aucune réponse, sinon davantage de questions.

Une éducation à la traîne

C’est quoi élever une fille en 2019 ? À l’ère de #MeToo, de Fugueuse, des chirurgies plastiques, des médias sociaux, de l’égalité des sexes et des superwomen ? Est-ce plus difficile qu’éduquer un garçon ?

Il semblerait que non. Ce serait même le contraire, selon le sociologue des genres Sébastien Chauvin­. Dans un article du Devoir, paru en février 2018, il affirme que l’éducation des petits garçons est à la traîne, en comparaison avec celle des filles. « L’éducation à l’égalité de genre s’est d’abord focalisée sur l’empowerment des filles », dit-il. 

Alors qu’on encourage les fillettes à briser les stéréotypes, les petits garçons sont maintenus dans de vieux schémas virils. « On ose toujours moins enfreindre les normes de genre pour un fils, avec la crainte confuse qu’il devienne “efféminé” ou qu’il pratique plus tard une sexualité redoutée [...] Le sexisme vient aussi de la croyance qu’il n’y a pas d’autre façon possible d’être un garçon... », poursuit le spécialiste.

« Nous sommes à présent plus susceptibles de dire à nos filles qu’elles peuvent être tout ce qu’elles veulent — une astronaute et une mère, un garçon manqué et une fille girly. Mais nous ne faisons pas la même chose avec nos fils, [...] on les décourage d’avoir des intérêts qui sont toujours considérés comme féminins », est aussi d’avis Claire Cain Miller, dans un article du New York Times intitulé Comment élever un fils féministe.

« Les coûts de la transgression ne sont pas les mêmes : une fille qui joue au foot se fera moins railler qu’un garçon qui fait de la danse [...] », souligne encore Caroline Dayer, une autre sociologue des genres.

Pourtant, il y aurait tout intérêt à changer les façons de faire et les mentalités. Un exemple ? Selon une étude réalisée par une chercheuse en psychologie de l’Université Brigham Young, en Utah, les garçons qui baignent fortement dans l’imaginaire des princesses Disney se sont révélés plus serviables et soucieux des autres, rapportait le magazine L’Actualité en 2016. « Les princesses de Disney — leur douceur, leur sens du sacrifice — peuvent compenser les superhéros à la masculinité exacerbée dont raffolent bien des gars », peut-on aussi lire dans l’article.

Former les hommes de demain

Il semble donc que les défis parentaux soient encore plus grands du côté masculin que du féminin. Pour aller plus loin, il ne suffit plus d’éduquer les filles « de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser ». « Cette façon de faire laisse surtout croire que le problème serait les filles, alors qu’elles sont la cible de différentes formes de sexisme », est d’avis Caroline Dayer. Pire, selon la sociologue, elle détournerait de l’enjeu majeur que représente l’éducation des garçons dans les questions d’égalité.

C’est donc aux parents de garçons d’aujourd’hui qu’incombe en premier lieu de former les hommes de demain, ce qui n’est pas une mince tâche. Les pratiques et les croyances commencent à changer, mais les mentalités ont parfois la vie dure.

Je me réjouis d’être la maman de trois petites filles. Bien que tout ne soit pas acquis pour le sexe féminin, j’ai l’impression qu’une partie du chemin a déjà été débroussaillé. Pour poursuivre le travail, j’ai envie d’éduquer mes enfants en leur enseignant à se voir en tant que personne à part entière, non pas comme fille ou garçon. C’est seulement à ce moment-là, selon moi, que l’égalité homme-femme sera possible. Quand la question du sexe ne sera même plus un enjeu, qu’on n’en parlera plus, qu’on ne la verra plus tellement l’humain prendra toute la place.

En attendant, je suis prête à concéder à mon chum un droit de veto sur les « films de filles ». Question de préserver notre belle dynamique familiale... 

Marie-Ève Lambert

Les enfants bonsaïs

CHRONIQUE / L’autre jour, un communiqué est atterri dans ma boîte courriel et a aussitôt capté mon attention. On y annonçait la sortie imminente d’un livre de l’acteur, auteur et conférencier Martin Larocque. Son titre: «Quand t’éduques, éduque!»

Pour être franche, je trouvais le ton un peu autoritaire. Un brin directif, voire quelque peu condescendant. Mais on nous le présentait comme un recueil de réflexions parentales pratiques, un ouvrage décomplexant « sur l’éducation des enfants parce que, dans ce magnifique univers de parents, si vous essayez d’être comme tout le monde et de faire “comme il faut”, vous ne saurez jamais à quel point vous êtes un bon parent ! » Bref, « soyez donc le parent que vous avez envie d’être ! »

Du coup, l’approche m’était moins rébarbative.

En gros, ce petit bouquin d’à peine plus de 100 pages se veut un condensé de toutes les idées qui reviennent le plus souvent dans les conférences que Martin Larocque donne depuis 25 ans sur la parentalité, dérivées de son hypothèse bien séduisante : tous les parents sont compétents, mais ils ne le savent pas tous. Évidemment, cela exclut les cas extrêmes de violence, maltraitance et négligence.

J’ai déjà abordé le sujet sous cet angle dans une précédente chronique (Comment être un bon parent), donc je m’attarderai surtout ici sur un autre point qui m’a fortement interpellée à la lecture de son bouquin et qui a alimenté une réflexion que j’avais entamée, il y a quelques semaines, à la suite d’une discussion entre collègues-mamans.

La loi du moindre effort

Je leur avais demandé leur opinion sur les devoirs après avoir vu passer une pétition pour leur abolition.

Elles étaient pour. Les devoirs, pas leur abolition. Pas tant pour ce que sont les devoirs en tant que tels, mais pour ce qu’ils enseignent à l’enfant par la bande. Ça leur montre à être responsables, organisés, à gérer leur temps et à faire des efforts pour obtenir des résultats, affirmaient-elles toutes deux.

« On dirait qu’on leur en demande de moins en moins, qu’il faut que tout soit facile alors que la vie, c’est pas comme ça ! Il faut qu’ils sachent se débrouiller ! » s’est quelque peu emportée la plus fougueuse des deux.

Je trouvais leur point de vue fort pertinent. Et je l’ai retrouvé dans le livre de Martin Larocque. « Je n’enseigne pas à faire un lit, j’enseigne à être fier », y écrit-il notamment.

« Nous avons cessé, et je ne sais pas pourquoi, d’exiger des choses de nos enfants. C’est un grave problème. Nous créons tranquillement une génération d’enfants qui vivent avec du personnel, des agents, des majordomes, des domestiques... et non des parents », dénonce-t-il, en lançant notamment une flèche à tous ces parents qui portent, à la place de leur enfant, sac à dos, boîte à lunch, et tutti quanti quand ils vont le chercher à l’école. Parce qu’ils ont leur journée dans le corps, tsé. « Même si sa journée a été longue, je vous rappelle que la vôtre aussi ! Vous aussi, vous avez votre journée dans le corps. Et personne ne vous attendait à la sortie de votre travail pour porter votre boîte à lunch... »

« Ce n’est pas un acte d’amour que de faire croire à l’enfant qu’il a du personnel. Ce n’est pas l’aider que de lui donner l’impression qu’aussitôt qu’un chouïa d’effort arrive qu’il y aura toujours quelqu’un pour le délester de sa charge », dit-il encore.

En est-on vraiment rendu là ? À prôner la loi du moindre effort, bien malgré nous ? À leur nuire dans notre désir de leur éviter des tracas, tant on les aaiiiiimmmmeeee, comme le dit Martin Larocque ? Il cite à cet effet l’auteure Julie Lythcott-Haims, qui croit que « trop de parents élèvent leurs enfants comme des bonsaïs. On les chouchoute pour qu’ils aient l’air — trop tôt — d’un résultat final et parfait. »

Le vrai sens du mot « difficile »

Vrai qu’on tente, de nos jours, de nous faire croire que tout est facile et sans effort. Maigrir sans effort, apprendre une langue sans effort, jardiner sans effort, cuisiner sans effort, devenir riche sans effort, réussir sans effort... élever ses enfants sans effort. 

Tout ça est utopique et il est de notre devoir de parents de l’apprendre à nos jeunes le plus tôt possible. Même si ça nous demande plus d’efforts. 

Dans cette ère du tout tout de suite, on semble avoir oublié le vrai sens du mot « difficile », fait remarquer Martin Larocque. 

« En abandonnant le plaisir de l’effort, nous avons diminué les exigences et, de surcroît, les efforts devant les obstacles qui se présentaient à nous. [...] “Difficile” voudrait dire que ce ne sera pas fluide, que je devrai chercher au-delà de ce que je sais présentement et qu’en bout de course, je n’aurai peut-être pas de médaille, de chèque ou de like ! [...] Nous avons collectivement baissé l’échelle de l’effort. Elle se calcule rapidement : Je ne connais pas = Je trouve ça difficile = Je ne fais pas », expose-t-il, alors qu’auparavant, « “difficile” annonçait qu’il fallait se remonter les manches et chercher la solution mariée à l’effort. “Difficile” était l’énergie qu’il fallait pour commencer la journée du bon pied. »

Imaginez seulement combien nos petits trouveront la vie difficile, une fois adultes, s’ils n’ont pas appris tôt à faire des efforts. Oui, ça demande des efforts aux parents de les coacher en ce sens. Mais qui a dit qu’être parent était facile ?

En famille

La fameuse charge mentale…

CHRONIQUE/ On en entend parler de plus en plus. Elle est, à en croire tous, la principale cause de la détresse maternelle aujourd’hui. La charge mentale…

Pourtant, dès qu’on aborde le sujet, on entend des pères monter aux barricades. « Bin voyons, on n’est pas des lâches qui ne font rien dans la maison ! »

On entend aussi des femmes se porter à la défense des hommes : « Il faut arrêter de les stigmatiser ; ce sont bien souvent eux qui réparent les bris dans la maison, font les travaux d’entretien à l’extérieur, et ils participent de plus en plus aux tâches ménagères quotidiennes genre faire la vaisselle, donner le bain aux petits, etc. »

Je donne raison à tout le monde. Seulement, il reste ce fantôme qu’est la charge mentale qui hante le quotidien de bien des mères, au foyer ou non. 

J’ai lu plusieurs articles, chroniques, blogues et « statuts Facebook » sur le sujet. J’ai même jeté un regard sur la fameuse BD qui a pratiquement lancé le débat sur le sujet, il y a plus d’un an. Pourtant, aucun écrit ne parvenait, à mon avis, à décrire exactement la détresse que je pouvais ressentir par moment. À l’instar de bien des femmes.

Jusqu’à ce que ma voisine publie ceci sur son mur : « Cette bouilloire interne que j’ai, je la décris régulièrement à mon mari. Une chance qu’il fait le ménage, le lavage, s’occupe du terrain, de la piscine, va chercher les enfants régulièrement... mon mari en fait des choses, mais nous (les femmes, les mamans), on continue d’y penser, donc on ne règle pas plus le trouble interne. Et pour ceux qui disent qu’il fallait demander... ben si on demande, c’est qu’on a encore dû prévoir, on a encore dû y penser. Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien.... comment se fait-il qu’on soit les seules à penser au bon moment pour prendre un rendez-vous chez le dentiste, que c’est l’inscription de soccer, que le plus jeune va manquer de bobettes, qu’il faudra prévoir un budget pour ça et qu’il faut aller le porter à la fête d’ami à telle heure ? Parfois, on a envie de mettre ça à off un peu. »

« C’est exactement ça ! » s’est exclamée une amie quand je lui ai fait un résumé sommaire de ce commentaire. « Mon chum participe, mais il ne planifie rien ! »

Si on le voulait vraiment

Voilà donc le constat. Général, je précise. Il y aura toujours des exceptions à la règle, mais selon ce que je constate dans mon entourage, ce sont les femmes qui gèrent le quotidien. « Au fait, c’est pas toujours de faire la tâche qui dérange, c’est de gérer quand, ou, combien… »

Il n’y aurait pas matière à écrire si celles-ci ne sortaient pas à tout bout de champ pour dénoncer la situation sur les différents « blogues de mères indignes ». Et encore là, depuis le temps, je suis certaine que les choses auraient changé. Si elles l’avaient VRAIMENT voulu.

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on est un peu les artisanes de notre propre malheur. Qu’en fait, nous sommes un peu — pas mal — les actrices principales de nos propres drames humains. Et que, malheureusement, nous ne pouvons — ou ne savons — souvent faire autrement.

Je suis persuadée que les choses sont comme elles sont à cause de nous, les femmes. On prend tout en charge d’emblée, et comme il y a rarement suffisamment de place pour deux boss dans une même shop…

Il m’arrive parfois, je l’avoue, lasse, de baisser les bras. De prendre un break de moi-même. D’abdiquer devant mes devoirs parentaux, familiaux et de « responsable du foyer ». Quelques heures, parfois quelques jours. 

Chaque fois, je remets le chapeau en me disant que malgré mon « absence » — je mets le terme entre guillemets parce que je ne suis pas vraiment absente physiquement, juste que je démissionne temporairement de mon poste de « chargée de projets domestiques » ou de « présidente des tâches ménagères » —, la Terre a continué de tourner, la famille a continué d’exister. Pas nécessairement comme je l’aurais voulu, mais ça va. Très bien même. Parfois même mieux que quand je suis aux commandes.

Et encore là, je me demande… si je venais à m’absenter pendant de longues semaines, plusieurs mois ? Dans le fond, je suis certaine que mon chum saurait faire. Saurait gérer. Saurait prévoir. Saurait s’adapter à cette nouvelle situation de nouveau « chargé de famille », sans même qu’on ait à le coacher. C’est juste que quand je suis là, il en a rarement l’occasion. Et il fait comme bien des hommes dans cette situation : il s’efface.

Faire confiance

La question qui tue : sommes-nous vraiment prêtes à déléguer certaines responsabilités ? À accepter que tout ne sera pas nécessairement fait comme on souhaiterait qu’il le soit, ni quand on voudrait qu’il le soit.

Se délester vraiment d’une charge mentale, c’est faire confiance. C’est accepter ce qui vient, sans juger, sans critiquer, sans faire entendre qu’on aurait donc dû, qu’il aurait donc dû. C’est arrêter de penser de manière individualiste pour faire un véritable travail d’équipe.

Ça peut être inconfortable au début, insécurisant même. Mais à long terme, c’est bénéfique pour tout le monde. 

Alors, je demande… Malgré toutes nos critiques, nos « pétages de coche privés ou publics », notre ras-le-bol collectif, notre écœurantite aiguë d’avoir le sentiment de devoir porter à bout de bras le bien-être familial, sommes-nous réellement prêtes à nous délester ne serait-ce que d’une partie de notre charge mentale ?

En famille

Entre YouTube et Passe-Partout

CHRONIQUE/ À mon grand bonheur, mes filles tripent bin raide sur la nouvelle mouture de Passe-Partout. Mais à mon grand dam, elles lui préfèrent encore YouTube...

Maudit YouTube ! Source de beaucoup trop nombreuses crises lorsqu’on y met un holà et d’innombrables crêpages de chignon entre sœurs pour décider qui choisit la fameuse vidéo à regarder. Avoir su, il y a quelques années, on n’aurait jamais présenté la Chose à mademoiselle la plus grande pour l’aider à patienter dans la salle d’attente du médecin. (Si vous savez lire entre les lignes, comprenez bien ici qu’il s’agit d’un précieux conseil aux futurs parents : RETARDEZ AU MAXIMUM LE MOMENT D’INTRODUIRE LES ZINTERNET DANS LA VIE DE VOS ENFANTS !)

Outre l’alarme sonnée par plusieurs face au trop grand nombre d’heures passées devant les écrans, une autre chose m’indispose. Pour être franche, je ne comprends pas l’intérêt que mes filles trouvent à rerererererererereregarder les aventures de Kalys et Athena, parfois bien insignifiantes, avouons-le. Il faut toutefois croire qu’il y en a un auprès d’un jeune public puisque les deux petites youtubeuses françaises du Studio Bubble Tea ont plus d’un million d’abonnés à leur actif et leur chaîne se situe au deuxième rang des plus populaires auprès des enfants, juste devant Madame Récré.

Si les tests de produits, challenges et drôles de moments de vie des deux sœurettes peuvent encore passer, les vidéos de l’autre me font lever les cheveux sur la tête tellement elles sonnent comme de la publicité. Pour les non-initiés, sachez que la dame déballe sans cesse de nouveaux jouets et s’amuse avec eux en vantant à quel point c’est génial de jouer avec de la pâte à modeler Play-Doh, des poupées Corolle ou encore des œufs Kinder.

Pas de la publicité

Pourtant, il faudrait étudier le cas plus en profondeur, selon l’avocat Joey Zukran, habitué aux actions collectives. Il est notamment derrière le recours collectif contre McDonald et leurs Joyeux Festins. Pour qu’un message soit considéré comme une publicité, il faut qu’il incite une personne à utiliser un produit ou un service. « Il faut pousser à la vente », dit-il.

Or, dans le cas de Madame Récré, Me Zukran n’est « pas si sûr » qu’il s’agit de publicité. Même si n’importe quel enfant voudra lui aussi avoir la bébelle en question présentée sur YouTube. « Il faudrait prouver qu’il y a un but commercial. » « Mais le cas est certainement intéressant et il est vrai que la ligne est très mince », concède-t-il. 

Depuis 40 ans, le Québec interdit la publicité destinée aux moins de 13 ans parce qu’on considère qu’ils ne peuvent faire la distinction, avant l’adolescence, entre information et promotion. Il faut croire qu’elle fonctionne bien en général puisque, de l’avis de Me Zukran, il n’y a jamais eu si peu de publicité faite aux enfants au Québec.

Mais l’ère des réseaux sociaux vient compliquer la tâche de l’Office de protection du consommateur et, pire encore, rendent floues les limites à ne pas franchir, de sorte qu’on se retrouve aujourd’hui avec beaucoup de pubs indirectes, déguisées.

Le pire

Ce n’est cependant pas le pire des réseaux sociaux, comme on a pu le constater à plus d’une reprise cette semaine. Il me semble qu’il ne s’est pas passé une journée sans que n’apparaisse sur mon fil d’actualités Facebook une nouvelle alarmante concernant du contenu web.

« Des vidéos montrant aux enfants comment se suicider sur YouTube » ; « Des publicités retirées de YouTube, accusé de faciliter des agissements pédophiles » ; « Pédophilie : YouTube bannit les commentaires sous les vidéos mettant en vedette des mineurs » ; « Pornographie juvénile : une autre vedette du web arrêtée »...

« C’est dangereux », me confirme un ami informaticien, qui se dit lui aussi bien démuni parfois lorsque vient le temps de protéger ses enfants dans le cyberespace.

Si lui, le Dieu de l’informatique, le superhéros des bogues technologiques, n’arrive pas à arrêter tous les pas fins qui parviennent à déjouer les algorithmes youtubiens, comment moi, simple parent, puis-je y arriver ? D’autant plus que les jeunes en savent généralement beaucoup plus que leurs parents à ce niveau. TikTok, quossé ça ?

Pourtant, un des meilleurs moyens de prévention serait de s’intéresser à ce que nos enfants regardent, ce à quoi ils s’intéressent, disait Christine Thoër, professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM à La Presse en 2017. Pour mieux guider son jeune dans ses choix, le sensibiliser aux dangers, bref l’accompagner dans son éducation technologique, il serait donc préférable de passer par le partage plutôt que les restrictions. Car de toute façon, si c’est bloqué à la maison, ce ne le sera pas nécessairement chez des amis, sur les cellulaires, les tablettes ou autre.

Un avis que partage à 100 % Me Joey Zukran. « Les parents doivent absolument sensibiliser et responsabiliser leurs enfants afin qu’ils comprennent les enjeux de leur utilisation des médias sociaux », dit-il.

Mais tant qu’ils sont tout-petits, pourquoi ne pas les mettre devant Passe-Partout ? C’est tellement plus simple.

En famille

Les doués, ces oubliés

CHRONIQUE/ On a beaucoup parlé des enfants « à problème » dernièrement dans les médias. D’abord avec la sortie des pédiatres sur la surmédicamentation de ceux chez qui on diagnostique (parfois à tort) un TDA/H, puis avec le projet de maternelle 4 ans du gouvernement caquiste afin d’offrir aux jeunes vulnérables une chance de mieux partir dans la vie.

Depuis trois ans, toutefois, une autre problématique éducationnelle fait jaser, bien que moins bruyamment : celle de la douance. Ses conséquences n’en sont pas moins préoccupantes...

En famille

Grands-parents 2.0

Vendredi matin, 8 h 30, mon téléphone sonne. « Salut, j’te réveille-tu ? J’vais descendre aujourd’hui faire ton ménage pis ton lavage. »

Elle est drôle, ma mère. Je l’adore. Il y a quinze jours, elle a commencé sa préretraite. Sa fin de semaine est désormais plus longue que sa semaine de travail. « Ça me donnerait plus de temps pour venir te donner un coup de main... », m’a-t-elle aussitôt proposé.

Et moi qui m’étais sentie mal de lui gâcher sa première journée de congé le 31 janvier dernier en lui demandant de prendre soin de ma petite, fiévreuse, pour m’éviter de m’absenter une troisième journée de suite au travail !

C’est pas qu’elle a peur de s’ennuyer. Elle a toujours su s’occuper de 1001 façons — peinture sur bois, piano, lecture, voyages, décoration de gâteaux, cours d’anglais, name it ! C’est sans doute mon coup de fil de la veille qui avait alarmé sa fibre maternelle.

« Je capote ! J’ai l’impression que ma vie ne se résume qu’à une longue routine répétitive constituée de tâches sans fin à réaliser dans un bordel perpétuel ! » m’étais-je lamentée dans un élan sporadique de découragement après m’être laissée submerger par la peur de voir mon quotidien empirer à la naissance d’un troisième bébé dans quelques mois.

Mon cri du cœur n’était aucunement une façon subtile et non assumée de demander de l’aide. Juste... un besoin de chialer, d’évacuer mon désarroi pour ensuite me retrousser les manches et continuer.

Mais une mère étant une mère...

Repousser la mort sociale

Puis, je suis tombée sur un article de l’Observatoire des réalités familiales du Québec (ORFQ) sur l’évolution du rôle des grands-parents des années 1950 à nos jours, et une phrase m’est rentrée dedans. « [En jouant un rôle de pivot dans les relations familiales], les baby-boomers connaissent [...] “un vieillissement socialement productif afin de repousser la mort sociale”, ce sentiment de ne servir à rien que plusieurs personnes âgées disent ressentir. »

 Par « pivot », l’auteur de l’article réfère à l’élément central qui permet le maintien des liens entre les différents membres de la famille, mais également la part de responsabilités que les baby-boomers partagent avec les parents — débordés par le travail, les enfants et les tâches ménagères.

Et c’est, selon l’ORFQ, ce qui a le plus changé en quelques décennies à peine en terme de « grand-parentalité ». Une position que partage Magda Fahrni, historienne qui s’intéresse aux changements qui bousculent les familles du Québec dans un article du Devoir paru en septembre 2018. « Ils [NDLR : les grands-parents d’aujourd’hui] sont en meilleure santé physique et financière que les générations qui les ont précédés, et ont une plus grande espérance de vie. Ce sont des facteurs qui ont une influence sur leur propre vie : ils peuvent — et souhaitent — être actifs pendant plus longtemps. Et, nécessairement, ça se répercute sur celle de leurs enfants et de leurs petits-enfants. »

On est donc bien loin des p’tits vieux qui se berçaient au coin du feu, pépère une pipe à la bouche et mémère faisant aller ses aiguilles à tricoter !

Mais si la majorité des papis et des mamies d’origine canadienne-­française refusent d’être trop souvent assujettis aux obligations de garde et autres formes d’aide — ce qui est beaucoup moins fréquent chez les grands-parents d’autres origines culturelles, rapporte l’ORFQ —, ils adorent le faire par pur plaisir.

Plaisir et affection

Le plaisir est d’ailleurs ce sur quoi leur relation avec leurs petits-­enfants est fondée, remarque-t-on, alors qu’autrefois elles tournaient encore davantage sur l’éducation.

Les « grands-parents gâteau » d’aujourd’hui peuvent en prime développer une relation plus intime avec leurs petits-enfants — beaucoup moins nombreux dans nos familles québécoises contemporaines. « Les relations entre les grands-parents et leurs petits-enfants sont de plus en plus construites autour du jeu. Leur présence brise la routine, soulage le train-train quotidien », fait remarquer Magda Fahrni.

En outre, les « grands-parents 2.0 » jouent un rôle important auprès de leurs petits-enfants en élargissant leur sphère affective. Ça me fait d’ailleurs toujours rire quand je chicane mes filles et qu’après avoir imploré en vain « papa ! », elles se mettent à quémander en pleurant « grand-­maman !». Du coup, ça me rassure aussi de voir le lien d’attachement qui se crée, chose que je n’ai jamais vraiment eue avec mes grands-parents.

Privilège

 Bref, tout ça pour dire… qu’on ne souligne pas assez l’importance des grands-parents dans nos vies. Que chaque génération a autant à apporter à celle qui la suit ou la précède. Et que tous auraient intérêt à collaborer davantage.

En ce qui me concerne, je n’avais jusqu’à tout récemment encore jamais connu l’immense privilège de la disponibilité « grand-parentale », mes deux parents étant encore sur le marché du travail à temps plein et ma belle-famille vivant sous les tropiques.

Maintenant qu’une certaine aide m’est plus facilement accessible, j’espère être en mesure de l’accepter sans en abuser. Ce qui vaut évidemment pour ma mère aussi ! Faudrait pas qu’elle se tue à l’ouvrage en tentant de « repousser sa mort sociale » !

En famille

Un savoir qui ne se transmet pas

Une publication sur mon mur Facebook a attiré mon attention il y a quelques jours. En gros, on pouvait y lire, photos à l’appui, qu’il était préférable qu’un enfant demeure assis dans un siège d’auto qui fait face vers l’arrière jusqu’à l’âge de deux ans, voire le plus longtemps possible. Parce que selon plusieurs études récentes, les os des tout-petits ne seraient pas prêts à encaisser un impact vers l’avant en cas de collision avant l’âge de quatre ans.

« Ne vous préoccupez pas pour mes jambes, je peux trouver une façon d’être confortable », fait-on dire à un enfant tantôt les jambes en l’air, tantôt « croisées en indien », tantôt placées de chaque côté du siège.