En famille

Grands-parents 2.0

CHRONIQUE/ Vendredi matin, 8h30, mon téléphone sonne. « Salut, j’te réveille-tu? J’vais descendre aujourd’hui faire ton ménage pis ton lavage. »

Elle est drôle, ma mère. Je l’adore. Il y a 15 jours, elle a commencé sa préretraite. Sa fin de semaine est désormais plus longue que sa semaine de travail. « Ça me donnerait plus de temps pour venir te donner un coup de main... », m’a-t-elle aussitôt proposé.

En famille

Un savoir qui ne se transmet pas

Une publication sur mon mur Facebook a attiré mon attention il y a quelques jours. En gros, on pouvait y lire, photos à l’appui, qu’il était préférable qu’un enfant demeure assis dans un siège d’auto qui fait face vers l’arrière jusqu’à l’âge de deux ans, voire le plus longtemps possible. Parce que selon plusieurs études récentes, les os des tout-petits ne seraient pas prêts à encaisser un impact vers l’avant en cas de collision avant l’âge de quatre ans.

« Ne vous préoccupez pas pour mes jambes, je peux trouver une façon d’être confortable », fait-on dire à un enfant tantôt les jambes en l’air, tantôt « croisées en indien », tantôt placées de chaque côté du siège.

En Famille

«Je ne sais pas» est une réponse acceptable

CHRONIQUE / Ma grande de maternelle a reçu ses premiers devoirs. Elle doit — on doit — entre autres préparer une petite présentation orale dans laquelle elle se présente. « Je m’appelle... J’ai 6 ans... J’ai les yeux et les cheveux de telle couleur... Mon mets préféré est telle affaire... Mon jeu favori est... Etc. » Jusque là, rien de bien sorcier.

C’est à la dernière question que l’exercice s’est corsé : « Quand je serai grande, je voudrais être... » Cette fois, les petits points de suspension n’invitaient pas seulement à compléter l’affirmation, ils la complétaient vraiment. Car ma fille m’a regardé avec deux points d’interrogation dans les yeux suivis d’un haussement d’épaules embarrassé.

« Voudrais-tu être médecin ? Professeure ? Policière ? Journaliste comme maman ? » ai-je tenté de l’inspirer. Même réaction.

Remarquez, je la comprends un peu. À son âge, je crois que j’ignorais aussi quel métier je voulais exercer plus tard. En fait, je ne savais même pas que je devrais tôt ou tard choisir un gagne-pain. Pour tout dire, le concept même de devoir travailler pour gagner des sous pour payer plein d’affaires m’était à 99 % étranger — le 1 % qu’il reste, c’est le 10 sous que me donnait parfois ma mère pour me procurer un bonbon à l’épicerie.

Au fil des ans, j’ai ensuite voulu être professeure, magicienne, danseuse de rock‘n’roll, scientifique, astronaute, écrivaine, psychologue, encore professeure, puis... rendue là, je ne savais plus trop. Pour être franche, contrairement à mon plus jeune frère, qui a arrêté son choix de carrière en 5e secondaire sur celui de comptable et qui n’y a jamais dérogé, j’ai connu un parcours d’études postsecondaires un peu erratique, sans plan précis. Je suis devenue journaliste par un (très) heureux concours de circonstances.

Sans projet professionnel clair

Je me souviens encore du poids qui pesait sur mes épaules en 4e secondaire, année où on ne cessait de répéter que nos résultats scolaires allaient déterminer nos possibilités de choix de programme au cégep, puis conséquemment d’entrée à l’université et, pour ainsi dire, si on allait « réussir notre vie » ou échouer lamentablement à « devenir quelqu’un de respectable ». J’avais l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, et du haut de mes 15 ans d’inexpérience de vie, de ne trop savoir comment réagir.

Pour ajouter à la pression déjà insoutenable, un test « super efficace » pour nous guider dans notre prise de décision avait conclu que je ferais un excellent clown. J’ai perdu foi en l’avenir, et ce fut le début de ma « perte ».

Si on se fie aux statistiques, je suis pourtant loin d’être la seule à m’être retrouvée dans cette situation de doute. Et loin d’être la dernière également. « Entre 50 et 85 % des jeunes arrivent au cégep sans projet professionnel clair », me confirme Louis Cournoyer, professeur en développement de carrière à l’UQAM et coauteur du livre L’ado en mode décision avec la psychologue Lise Lachance.

D’ailleurs, rappelle-t-il, les cégeps ont à l’origine été créés pour explorer davantage les possibilités qui s’offrent à nous. « Malheureusement, avec le temps, on y a ajouté la pression de la fameuse cote R, qui vient brouiller les cartes pour plusieurs », est-il d’avis.

Pourtant, n’en déplaise à bien des parents, l’indécision est loin d’être un problème, enchaîne-t-il. « C’est même une phase importante dans la prise de décision. »

L’influence du parent

Quoi qu’il en soit, il est possible de suivre certaines pistes qui aideront à cheminer. Et le parent a un rôle primordial à jouer dans le processus. Bien que le jeune puisse sembler indifférent, voire agacé par ses conseils, son influence arrive au premier rang dans la prise de cette importante décision, selon plusieurs études. À titre comparatif, l’orienteur se classe au 6e rang.

« Le parent a l’avantage de connaître son enfant depuis longtemps. Ses peurs, ses intérêts, ses forces, ses faiblesses, sa façon de penser et d’agir, etc. », souligne M. Cournoyer.

Toutefois, il a aussi l’inconvénient d’être investi émotionnellement auprès de son adolescent. « Souvent, les parents vont avoir le double discours “fais ce que tu veux, pourvu que ce soit stable et que ça amène une certaine sécurité financière” », indique le spécialiste.

L’orienteur, en revanche, entretient une relation beaucoup plus objective avec l’élève, ce qui rend le rôle des deux « protagonistes » complémentaire.

Il existe aujourd’hui plusieurs outils pour aider les parents à accompagner leur enfant dans son choix de carrière. Mais le plus important à se rappeler, c’est qu’il s’agit du propre projet de l’enfant. Et qu’il n’y a pas de mal à ne pas savoir. « On ne trouve pas une carrière, on la construit », rappelle M. Cournoyer.

Alors à la question « quand je serai grande, je voudrais être... » de ma fille, je considère que « je ne sais pas » est une réponse totalement acceptable. Surtout à 6 ans.

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Faire un numéro 3?

CHRONIQUE/ Honnêtement, on y a tous déjà pensé. Le premier, ça allait de soi. Un deuxième, c’était presque incontournable pour bon nombre d’entre nous. Mais un troisième ?

Le cœur dit oui, la tête dit non. On est déjà à bout de souffle et à bout d’économies. Il faudrait changer de voiture, peut-être même déménager. On recommence à peine à dormir et à avoir quelques heures par semaine pour nous… À bien y penser, on n’est pas si malheureux à quatre, on est même bien. Deux adultes, deux enfants, c’est la famille parfaite, non ? Celle standard, du moins.

Ça prend parfois plusieurs années après la naissance du p’tit dernier pour fermer définitivement la porte à la perspective d’un numéro 3. Fermer boutique, c’est un deuil à faire. Un double deuil, même, puisque la décision se prend à deux et que ce n’est pas parce que l’un est prêt à mettre la clé sous la porte que l’autre l’est.

Pour certains, c’est sans équivoque : dès que le second venu se beurre la face de son tout premier gâteau de fête, on se débarrasse vite fait bien fait de tout ce qui pourrait servir à une poupée. Exit le moïse, le siège coquille, les petits pyjamas, les bavoirs et les biberons.

D’autres, plus indécis, entreposeront tout l’attirail, au cas où. Ou simplement par attachement émotif. Un jour viendra où ils se sentiront prêts à se départir de tout ce qui ne sert que trop peu de temps.

Combien pour le bonheur ?

On peut demander tant qu’on veut à Google de répondre à notre place à la question « avoir un troisième enfant ou pas ? » reste que ça demeure une décision bien personnelle.

Pour m’amuser, toutefois, j’ai demandé à mon moteur de recherche ce qu’il en pensait. Et je suis tombée sur un sondage du site parental britannique Bounty.com qui mesurait le niveau de satisfaction des parents selon le nombre et le sexe de leurs enfants.

La meilleure combinaison pour avoir accès au nirvana familial : deux filles. Pourquoi ? Parce qu’elles rechigneraient moins à aider aux tâches ménagères, partageraient davantage entre elles et se confieraient plus volontiers.

Suivent en deuxième et troisième positions respectivement « le petit couple » (un gars et une fille, surtout parce qu’ils se disputeraient moins le choix de jouets), puis deux garçons.

Toujours selon Bounty.com, la pire décision d’un couple pour leur bonheur serait d’avoir quatre enfants. Et s’il opte pour trois, vaudrait mieux pour eux qu’ils soient tous du même sexe, avec une légère préférence pour le féminin.

En résumé, pour rester à un niveau de bonheur parental optimal, il serait préférable d’arrêter après deux.

Quand le destin s’en mêle

Mais parfois, il arrive que ce soit la Nature qui pousse à la prise d’une décision. Je dis parfois, mais selon le département de médecine de l’Université d’Ottawa, on estime qu’au Canada, 40 % des grossesses ne sont pas planifiées. De ce nombre, la moitié sont menées à terme. Il y a donc interruption de l’autre moitié, que ce soit par avortement volontaire ou spontané (communément appelé fausse couche).

De toutes celles qui optent pour l’avortement clinique, 45 % ont déjà des enfants. C’est donc dire qu’elles considèrent avoir donné.

À l’instar de bien des femmes, je considère moi-même avoir donné en décidant d’y aller pour deux. Mais le destin m’a joué un vilain tour, fin novembre, en laissant apparaître deux inattendues petites barres sur mon bâton Première réponse imbibé de pipi. Le choc !

Je n’avais pas particulièrement envie de me remettre aux couches, aux boires de nuit et au portage. Encore moins le goût de me racheter des vêtements de maternité et de me sentir inconfortable dans mon corps pendant neuf mois (désolée, je ne suis pas de celles qui aiment être enceinte). J’avais d’autres projets en tête, j’étais rendue ailleurs.

Mon conjoint s’est rapidement enthousiasmé à l’annonce de ma nouvelle, mais devant mon air grave et paniqué, il m’a assuré qu’il allait respecter ma décision. Lui était willing à y aller pour trois, à condition que je le sois aussi.

J’ai jonglé jour et nuit pendant des semaines entre les deux perspectives. J’ai dressé la liste des pour et des contres, mais elle ne m’était d’aucune aide. J’étais si indécise que j’avais entamé des démarches « des deux bords ». Pour un avortement, et pour un suivi de grossesse.

Un premier rendez-vous pour la première option m’a toutefois confirmé ce que je savais, je crois bien, depuis longtemps : j’allais être incapable de mettre un terme à cette vie qui avait commencé à pousser dans mon ventre. Surtout que je n’avais aucune raison « valable » pour ce faire, mis à part celles bien égoïstes de continuer à voyager et d’avoir du temps pour moi.

« On va s’arranger », que me disait mon conjoint. Et il a fini par me convaincre que l’un n’empêchait pas nécessairement l’autre si on savait comment les conjuguer.

Alors me voilà, à l’aube d’un troisième deuxième trimestre, à encore apprivoiser l’idée que dans six mois, je me retrouverai à nouveau avec un poupon dans les bras. Et même si ça m’effraie encore certains jours, je suis persuadée que j’ai pris la bonne décision, celle que je regretterai le moins à long terme.

Selon ce que recommande le « très scientifique » sondage de Bounty.com, il serait toutefois préférable que ce soit une autre fille si on souhaite maintenir un niveau de bonheur acceptable dans la famille !

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Le cerveau immature des ados

Un collègue était préoccupé cette semaine. Il avait des problèmes avec son ado. Pas de gros problèmes, juste des problèmes normaux comme tout parent d’adolescent. Des préoccupations de routine, pour ainsi dire — sans rien amenuiser.

On a jasé pendant de longues minutes, mais je sentais bien que je ne pouvais lui venir en aide. Qu’est-ce que j’y connais, aux adolescents? Ma plus grande vient de souffler ses six bougies il y a à peine 48 heures…

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Foutons-nous la paix!

L’autre soir, je suis tombée par hasard sur l’émission Nombreux et heureux, présentée à Canal Vie. Comme il n’y avait pas grand-chose d’autre d’intéressant à regarder, je me suis stationnée sur cette chaîne.

L’épisode de ce jour-là racontait les défis du quotidien d’un couple ayant décidé d’avoir huit enfants. HUIT ! J’ose même pas imaginer le nombre de brassées de lavage, de vidage et remplissage de lave-vaisselle et, surtout, la facture d’épicerie qui vient avec !

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Tuer le père Noël

CHRONIQUE / Ma mère est entrée avec une question : « Le père Noël, tu crois qu’il fait comment pour apporter des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? »

J’ai été prise par surprise. Je ne m’étais jamais posé la question. Je croyais au père Noël, un point c’est tout. Je ne m’intéressais pas à toute la logistique de la patente.

« Je ne sais pas », ai-je tout bêtement répondu. Et c’est alors qu’elle a déballé toute la vérité derrière LE mythe par excellence. « OK », fut ma seule réaction. Je n’ai été ni choquée, ni triste ni déçue et encore moins traumatisée. Pour tout dire, je trouve même que tout ça fait une histoire un peu plate à raconter…

Si je vous la raconte quand même, c’est qu’une amie, autour d’un café il y a plusieurs jours, m’a avoué que sa plus grande, qui est présentement en deuxième année, l’a questionnée pendant qu’elle préparait les patates pilées. « Le père Noël, est-ce qu’il existe pour vrai ? »

J’imagine que pour tout parent qui s’évertue à faire croire à ses enfants au sympathique barbu au costume rouge Coca-Cola depuis des années, cette interrogation de « grand » provoque un petit pincement au cœur. Ça souligne la fin d’une époque, celle de la naïveté, de l’innocence, voire d’un peu de magie.

Je trouve néanmoins que ma chum a servi à sa fille une réponse fort pertinente : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu envie de croire au père Noël ? »

De la pensée magique à la pensée concrète

Effectivement, quand l’enfant commence à émettre des doutes sur l’existence de papa Noël, l’une des méthodes les plus douces pour l’amener tranquillement à en faire son deuil est de lui retourner ses questions, croient plusieurs spécialistes, dont la psychologue Nathalie Parent.

« Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios et s’invente des histoires. Après, il développe la pensée concrète qui lui permet de rassembler des faits pour obtenir une conclusion logique. C’est lorsque l’enfant atteint cet âge qu’il pose beaucoup de questions à ses parents », explique-t-elle sur le site Educatout.

Elles tourneront d’abord autour de faits concrets, tels « Comment le père Noël peut entrer chez nous puisque nous n’avons pas de cheminée ? Comment passe-t-il dans la cheminée avec son gros ventre ? » Retourner la question à l’enfant permet de « susciter son imaginaire et ses fantasmes autour du sujet ».

« Si celui-ci ne donne pas de réponse et que l’adulte ne sait que dire, il peut toujours s’appuyer sur la magie de Noël pour répondre, surtout quand l’enfant est [encore] dans [un] mode de pensée [magique avant 7-8 ans] : “Ça doit être la magie !” ou “Il est magique n’est-ce pas ?” », poursuit-elle.

Viendront ensuite des questions plus élaborées : « Comment fait-il pour distribuer tous les cadeaux aux enfants dans toutes les maisons ? », « Comment peut-il fabriquer tous les jouets ? », « Pourquoi papa n’est jamais présent quand le père Noël arrive ? » « L’enfant cherchera alors à trouver les réponses à ses questions, il aura des doutes mais il voudra continuer d’y croire encore. […] Le processus se fera naturellement car, petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à digérer », dit Mme Parent.

« Par contre, si les questions deviennent trop insistantes et que le jeu de la magie n’est plus drôle, par exemple : “Maman, papa, dites-moi la vérité ! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...”, à ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer », ajoute-t-elle.

À ce moment, question de ne pas briser le lien de confiance, il vaut mieux dire toute la vérité. 

Méthode douce

Si vous voulez tout de même préserver un peu de magie, vous pouvez toujours faire comme Charity Hutchinson, cette mère de famille américaine qui a partagé sur son compte Facebook une adorable façon d’expliquer à ses enfants que le père Noël n’existe pas, rapporte-t-on dans le Huffington Post. Elle a proposé à ses enfants, lorsqu’ils ont émis des doutes sur son existence, de devenir père Noël à leur tour. 

« Tu as vraiment grandi cette année, physiquement, mais aussi dans ton cœur. D’ailleurs, ton cœur est si grand que je pense que tu es prêt à devenir un père Noël ! 

Tu t’es probablement rendu compte que la plupart des pères Noël que tu vois sont simplement des gens déguisés. Des copains t’ont peut-être dit que le père Noël n’existe pas. Beaucoup d’enfants disent ça parce qu’ils ne sont pas encore prêts à ÊTRE un père Noël. Toi, si.

Je crois que le moment est venu d’accepter TA première mission de père Noël ! », propose-t-elle. 

L’enfant choisit alors une connaissance, souvent un petit voisin. Sa mission est de découvrir, sans attirer l’attention, ce que l’autre désire, avant de le lui offrir, dans un joli papier cadeau, et sans être vu. Il ne devra jamais révéler qu’il est l’auteur du cadeau, car un père Noël ne fait pas les choses pour qu’on lui dise merci mais par bonté de cœur.

Cute au boutte, n’est-ce pas ?

EN FAMILLE

Ce ne sont pas des caprices

Avec l’heure du dodo, l’heure des repas est, pour bien des parents, un véritable cauchemar à traverser quotidiennement. À en écouter plusieurs, leur progéniture ne se nourrirait que de pâté chinois, de grilled cheese, de croquettes de poulet et de biscuits au chocolat. Tout le reste est ouach ! et dégueulasse !

es refus alimentaires ne sont pourtant pas des caprices, avertit d’entrée de jeu Gabrielle Caron, nutritionniste et instigatrice, avec sa collègue Marie-France Lalancette­, du programme Manger c’est sensass destiné aux « petits difficiles ».

« Entre l’âge de 2 et 10 ans, 75 % des enfants souffrent de néophobie alimentaire à un moment ou l’autre et à des degrés divers, dit-elle. Ça se traduit par le refus de manger sans même avoir goûté, trier dans son assiette, recracher, et même vomir si on est forcé de manger. Ils éprouvent de vraies peurs, et il faut accompagner les enfants là-dedans plutôt que de les punir, les menacer ou les forcer à manger. »

Eh oui, ç’a bin l’air que quand on est encore en âge de croire au père Noël, un brocoli peut être aussi épeurant qu’une grosse araignée, et un chou de Bruxelles aussi paniquant qu’un monstre sous le lit.

Mais ce n’est pas une raison suffisante pour baisser les bras devant leur acharnement à éviter certains aliments. Il faut cependant savoir s’y prendre si on ne veut pas entrer dans une lutte de pouvoir à n’en plus finir, indique Mme Caron.

À chacun ses responsabilités

D’abord, elle invite les parents à une auto-évaluation et une introspection pour s’assurer qu’ils ne sont pas à la base du problème. « Plus le parent est anxieux et met de la pression face à l’alimentation de son enfant, plus l’enfant le ressentira et plus ce sera problématique. »

Elle suggère donc aux adultes de se réapproprier ce qui est de leurs responsabilités, et à lâcher prise sur ce qui ne l’est pas. Pour ce faire, elle se base sur l’approche de la psychologue et nutritionniste américaine Ellyn Satter, selon qui le parent et l’enfant forment une équipe quand vient le temps de se mettre à table. « Dans toute équipe, c’est bien de partager des responsabilités, de les respecter, et de ne pas empiéter sur le territoire de l’autre. »

Ainsi, l’adulte est responsable d’établir le menu, l’horaire et le lieu de la prise d’aliments ainsi que du comment se déroule l’heure des repas et collations. « L’enfant, lui, est responsable de ce qu’il mange parmi les aliments présents dans son assiette et en quelle quantité », soutient Mme Caron.

Il n’est donc pas obligé de manger ni même goûter quoi que ce soit, et n’a pas absolument besoin de terminer son assiette pour avoir du dessert. « Le dessert fait partie du repas. Même s’il n’a mangé qu’une seule bouchée de votre couscous aux légumes, il a droit à la portion de dessert que vous avez établie. Mais une portion, pas trois. S’il a encore faim, c’est le plat principal qu’il doit manger. N’hésitez pas à le ressortir. Ou alors il doit attendre à la collation, et encore là, il n’a pas droit à quatre barres tendres parce qu’il n’a pas mangé au dîner. On sert une portion normale. »

Ce faisant, on brise l’association souvent faite entre dessert et récompense ou « aliment extraordinaire ». C’est bien connu : l’interdit attire. « Moins il y a de restrictions, moins un aliment est associé à quelque chose d’extraordinaire sur lequel il faut se garrocher quand on y a droit. Un comportement sain fera qu’on choisira tantôt une pomme, tantôt des biscuits au chocolat. »

Là où il faut faire attention, nuance la nutritionniste, c’est d’imposer des changements trop drastiques. La règle d’or : on ne présente dans l’assiette pas plus d’un seul aliment refusé par l’enfant à la fois. « Il faut aussi veiller à ne pas servir trop de repas ou tous les ingrédients sont mélangés, comme des sautés ou des chilis », ajoute-t-elle. « Pour un enfant, avoir du poulet, du riz et du brocoli séparés, c’est plus rassurant, car il est capable d’identifier chaque aliment et les associer avec un goût distinct. Tandis que si tout est mélangé ensemble, il ne peut faire de liens avec rien et c’est déstabilisant. »

Autres trucs en vrac

Assurez-vous aussi que votre enfant ne cherche pas à combler son besoin d’attention en refusant de manger, indique Mme Caron. « Surtout à l’heure du souper, où tout le monde arrive fatigué de sa journée et un peu bousculé par le temps… Prendre un petit cinq minutes avec l’enfant en lui donnant toute son attention peut complètement changer l’ambiance d’un repas. »

Ou alors vous pouvez aussi, comme elle (elle est maman de deux enfants de 2 et 5 ans), faire prendre le bain aux enfants pendant la préparation du souper. « Ça leur permet de se calmer et d’être plus disponibles pour le repas. »

On peut aussi leur laisser certains choix. « Le refus de manger certaines choses chez les enfants commence bien souvent en même temps que la fameuse phase du “non”. C’est une façon d’affirmer leur besoin d’autonomie. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir que de leur laisser le choix entre deux fruits pour la collation ou deux légumes à l’heure du souper évite la confrontation. »

« On peut aussi les laisser se servir eux-mêmes en amenant tous les plats sur la table, ou encore leur donner le choix de ce qu’ils veulent mettre sur leur pizza, par exemple, tout en donnant des directives : tu dois choisir au moins un légume parmi ceux qui sont là. »

On peut aussi parfois se résigner à d’abord les désensibiliser aux textures et aux odeurs avant même d’espérer qu’ils osent porter une bouchée à leur bouche. Le jeu est d’ailleurs d’une grande aide pour ce faire. « En dehors des repas, on peut par exemple s’adonner à des tests de toucher, de senteurs ou de goûts les yeux bandés, ou encore fabriquer un tableau de défis à relever », donne en exemple la nutritionniste.

Mais la règle numéro un par excellence dans tout ça, rappelle-t-elle, c’est d’avoir du plaisir. « Il faut manger avec son enfant, qui apprend surtout par mimétisme. Il faut que l’enfant voie le moment des repas et des collations comme un moment agréable où on jase, on partage, où il a votre attention positive. »

Sur ce, bon appétit !

EN FAMILLE

Des jouets pas si intelligents

CHRONIQUE / Comme moi, plusieurs parents auront vu passer cette semaine les résultats préoccupants du rapport de recherche Enfants sous écoute, dévoilé par Option consommateur mardi.

Selon l’organisme voué à la protection des consommateurs, les jouets dits intelligents présenteraient de nombreux risques pour la vie privée et la protection des renseignements personnels. Munis de micros, de caméras, etc., ces gadgets branchés soulèvent de sérieux enjeux liés à la cybersécurité et au partage, voire au piratage, d’informations personnelles.

Plusieurs scandales impliquant quelques-uns d’entre eux ont d’ailleurs éclaté dans les dernières années, et certains évoquent de véritables scénarios de films d’horreur, dont celui entourant la poupée My Friend Cayla, du fabricant Genesis, qui présentait un système de sécurité tellement déficient que des pirates pouvaient réussir à parler avec les enfants à travers le jouet à l’aide d’un simple téléphone !

En 2015, aux États-Unis, la Hello Barbie avait alerté le FBI, qui avait émis un avertissement aux consommateurs pour les prévenir des risques semblables que posaient ces appareils.

Au Canada, cette même année, des pirates avaient pu accéder « aux renseignements personnels de plus de 316 000 enfants canadiens hébergés sur les serveurs de l’entreprise VTech, qui fabrique des tablettes pour enfant », rappelle-t-on en outre dans le rapport d’Option consommateur.

Big Brother is watching our kids !

En famille

Parlons de sexualité

Comme bien des parents, j’ai reçu cette semaine un courriel de la part de la commission scolaire m’informant du contenu du nouveau cours d’éducation à la sexualité, obligatoire dès cette année pour tous les élèves, du préscolaire à la 5e année du secondaire.

Le message m’a immédiatement ramenée vingt ans en arrière, dans la classe surchauffée du vieux collège où je faisais mon secondaire, en train d’essayer de trouver un sens au cours de FPS (formation personnelle et sociale) que le prof de religion (!) tentait, tant bien que mal, de nous enseigner. Il suffit de l’imaginer rouge comme une tomate, en train d’enfiler un condom à une banane un peu trop mûre devant des adolescents mi-amusés, mi-mal à l’aise pour avoir une bonne idée du souvenir que je garde de cette « éducation à la sexualité ».

Je n’ai donc pas été surprise de voir ce cours être aboli au début des années 2000. Je le suis toutefois de le voir réapparaître dans le cursus scolaire près de vingt ans plus tard. D’autant plus qu’on semble vouloir répéter la même erreur.

Comprenez-moi bien : l’erreur dont je parle n’est pas d’incorporer une éducation à la sexualité à l’école. C’est plutôt la façon dont on le fait. Opinion partagée par la sexologue Josée Ménard.

Pas prise au sérieux

Il est primordial d’accorder une place à l’éducation à la sexualité, me confirme-t-elle, d’entrée de jeu.

Oui, concède-t-elle, c’est aux parents que revient la principale tâche de cette éducation. Il est de leur devoir de se questionner et de définir ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants comme valeurs d’amour, de fidélité, de confiance, etc.

L’éducation à la sexualité dans un contexte scolaire sert davantage à enseigner du « contenu social », explique-t-elle. « Ce que nous, en tant que société, on a défini comme des comportements acceptables ou non. Notre position de société sur l’homosexualité, entre autres, l’avortement, la contraception, les agressions sexuelles, la violence conjugale... »

« Même si un parent est homophobe, par exemple, l’école est là pour enseigner au jeune que socialement parlant, c’est correct d’être gai. »

C’est là que Josée Ménard démontre une certaine réserve par rapport à la nouvelle proposition du ministère de l’Éducation. « Ça prend trois ans d’études universitaires pour avoir le titre de sexologue. Là, encore une fois, on demande à des enseignants déjà débordés par leurs tâches régulières d’ajouter des notions de sexualité à leur programme. Et on leur donne seulement quelques heures de formation sur le sujet pour le faire. Le dossier risque fort d’être malmené », craint-elle.

« Le grand risque, c’est que ces gens-là ne soient pas assez formés pour parler de la sexualité en général, et non de leur sexualité. De leurs propres valeurs à ce niveau », ajoute-t-elle.

Cette tendance à confier « à n’importe qui » l’éducation à la sexualité « démontre clairement qu’on ne prend pas le sujet au sérieux », est-elle d’avis. « Et pourtant, l’éducation à la sexualité, c’est sérieux. Ça sert à prévenir des comportements inacceptables. Ça va plus loin que les aspects biologiques. Ça touche l’humain, le social, l’affectif, le relationnel, le psychologique... »

Le Haut conseil à l’égalité des hommes et des femmes (instance consultative indépendante créée en 2013 en France), en 2016, allait même jusqu’à statuer que « seule une éducation à la sexualité de qualité permettrait d’espérer atteindre une égalité femme-homme. Et d’essayer d’endiguer les violences sexistes et sexuelles. »

Qu’attend-on pour faire entrer des sexologues dans les écoles pour donner cette éducation de qualité ? se demande Mme Ménard. « Est-ce qu’on donne de la crédibilité à un cours de finances dispensé par un professeur de français ? »

D’abord le rôle des parents 

Malgré tout, Josée Ménard est d’avis que le retour de l’éducation à la sexualité dans les écoles est « une méchante belle victoire ».

« Dans les dix, vingt dernières années, on a vu beaucoup de régression en matière de comportements sexuels inadéquats. Avant, la plupart des jeunes filles de quinze ans me disaient, par exemple, qu’elles ne pouvaient pas tomber enceintes parce que le sperme coulait de leur vagin. Qu’il ne restait pas à l’intérieur. Alors que maintenant, elles me demandent plutôt si elles sont obligées de se faire enculer. On remarque beaucoup plus de comportements sexuels pornographiques. »

Elle concède que la démocratisation de l’Internet et l’abondance de nouvelles technologies rendant le contenu explicite facilement accessible puissent avoir joué un rôle. « Mais quand ça va mal, qu’on a des doutes, des questions, des problèmes, vers qui se tourne-t-on en général ? Nos parents. S’ils ne sont pas là, les jeunes vont aller prendre leurs informations ailleurs. Mais s’ils sont présents, à l’écoute, impliqués, ça restera toujours, même à l’adolescence, des personnes d’importance sur qui on peut se fier. »

Le hic, reconnaît-elle, c’est que les jeunes font bien souvent face à des parents qui ne savent pas trop eux-mêmes où ils se positionnent, quelles sont leurs valeurs, ce qu’ils veulent transmettre à leur progéniture et comment. Des parents pour qui le sujet est tabou, angoissant, gênant... Si tel est le cas, la sexologue conseille de ne pas hésiter à consulter afin d’être mieux outillés pour répondre aux besoins de ses enfants.

« Ce n’est pas normal de penser que les jeunes vont découvrir par eux-mêmes. Que l’école, Internet, la société vont leur apprendre tout ça. L’éducation à la sexualité, c’est d’abord et avant tout une tâche parentale. Comme toutes les autres. »