Entre 2 et 5 ans, les enfants posent plus de 40 000 questions, selon une étude de Harvard. Passé l'enfance, le questionnement chute.

Pourquoi pas?

En 1940, une fillette de trois ans était impatiente de voir le cliché que son père venait de croquer. Le père a tenté de lui expliquer qu'il fallait d'abord que le film soit développé. Mais l'enfant n'avait que faire de ses explications techniques.
«Pourquoi il faut attendre avant de voir la photo?» lui a-t-elle demandé.
La question a continué de tournoyer dans l'esprit de cet homme, un inventeur nommé Edwin H. Land. Et après plusieurs années d'expérimentation, il a trouvé une réponse: l'appareil photographique instantané Polaroïd.  
Les grandes innovations naissent souvent de bonnes questions.
J'ai appris ça en lisant le livre A more beautiful question. Son auteur, le journaliste Warren Berger, a interviewé les hommes et les femmes derrière de nombreuses entreprises qui ont bouleversé le monde des affaires comme Polaroid, Netflix ou Airbnb.
Il a constaté que ces innovateurs avaient le don de poser des questions qui permettaient de trouver des solutions différentes à un problème qui existaient déjà.
Quand on pose des questions, explique Berger, on souligne automatiquement ce qu'on ne sait pas, et on peut ensuite songer à la manière dont on va combler le vide dans notre savoir.
Mais le questionnement se perd avec l'âge. Entre 2 et 5 ans, les enfants posent plus de 40 000 questions, selon une étude de Harvard, dont la plupart sont des «pourquoi?» ou des «est-ce qu'on arrive bientôt?»
Passé l'enfance, le questionnement chute. Les adultes apprennent à faire un travail, à mettre leurs connaissances en application, et après ils fonctionnent surtout par automatisme, sans trop remettre en cause leurs réflexes.
Selon Berger, les entreprises sont de plus en plus conscientes de l'importance de poser des questions. Steve Jobs, fondateur d'Apple, et Jeff Bezos, d'Amazon, ont fait leur marque en posant d'incessantes questions. Et Google «carbure aux questions».
Pourtant, dans les faits, «de nombreuses compagnies ont établi des cultures qui tendent à décourager les demandes comme: «Pourquoi on fait ça comme ça?», déplore l'auteur.
Même problème à l'école, remarque-t-il, où les élèves doivent mémoriser des connaissances, mais n'apprennent pas à les questionner, ce qui diminue leur capacité future à «penser ne dehors de la boîte».
Pour se réapproprier le pouvoir des questions, Berger suggère de retrouver le môme en soi et de recommencer à se demander: «pourquoi?» Ou, encore mieux: «pourquoi pas?»
L'exemple d'Aibnb est évocateur. En 2007, deux colocs ont constaté qu'une grosse conférence en ville avait raréfié les chambres d'hôtel et fait grimper leurs prix. «Pourquoi on ne pourrait pas louer notre appart aux participants pas cher?»se sont-ils demandé. C'est mieux que de les faire payer le gros prix à l'hôtel...
Ils ont commencé avec des matelas gonflables dans leur appart de San Francisco. Maintenant, Airbnb vaut 31 milliards $.
C'est un exemple extrême, bien sûr. Mais si on interrogeait tous davantage nos certitudes, sans doute innoverions-nous plus. Einstein a déjà dit: «un problème sans solution est un problème mal posé».
Ça coûte quoi d'essayer?