Le regard extérieur d'un coach peu aider même les plus expérimentés à s'améliorer, peu importe le domaine.

Oui, coach!

CHRONIQUE / Durant toutes ces années de préparation intensive, ils étaient là, dans l'ombre. À pousser les athlètes aux limites de leurs corps. À polir leur technique jusqu'à la perfection olympique. À requinquer leurs espoirs après les inévitables déconfitures.

Dans une semaine, quand l'élite sportive hivernale du monde entier s'affrontera à Pyeongchang, ils se tiendront sur les côtés, célébrant les triomphes de leurs protégés ou pleurant leurs échecs.

Je parle bien sûr des coachs.

Il y en aurait sûrement long à dire sur les qualités extraordinaires de ces entraîneurs de haut niveau. Mais, aujourd'hui, j'aimerais attirer votre attention sur un des aspects les plus remarquables de leur mentorat: ils sont moins bons que ceux qu'ils entraînent.

C'est vrai. Pensez-vous que les coachs de Charles Hamelin, Alex Harvey, Marianne St-Gelais ou Marie-Philip Poulin sont meilleurs qu'eux? Sûrement pas.

Ces athlètes sont au sommet de leur sport et, pourtant, ils continuent à s'entourer d'un ou plusieurs coachs. Pour eux, ce regard extérieur reste un des meilleurs moyens de s'améliorer. Devrait-on les imiter?

Je soulève la question parce qu'elle ne concerne pas seulement les athlètes, mais tous ceux qui ont l'impression d'avoir atteint un certain plateau dans leur carrière ou n'importe quelle autre activité qui leur tient à coeur.

Récemment, j'ai regardé une vidéo Ted Talk d'un prodige qui s'appelle Atul Gawande. Le gars est chirurgien dans un hôpital de Boston, professeur à Harvard, collaborateur au prestigieux magazine The New Yorker et auteur de plusieurs best-sellers sur la médecine et la santé publique.

Gawande a commencé à pratiquer la chirurgies en 2003. Il s'est vite amélioré. Ses taux de complication ont diminué d'année en année. Mais après environ 5 ans, ils se sont stabilisés.

Quelques années plus tard, il a réalisé qu'il ne s'améliorait plus. Et il s'est demandé: est-ce que j'ai déjà plafonné?

Il s'est donc trouvé un coach. Un de ses anciens professeurs, depuis retraité, a accepté de venir dans sa salle d'opération pour l'observer. Atul Gawande a opéré un patient sous les yeux de son nouvel entraîneur et les choses se sont déroulées rondement.

«Je ne pensais pas qu'il aurait beaucoup à dire quand nous aurions fini, raconte Gawande dans sa présentation. Au lieu de cela, il avait une page entière de notes».

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La plupart des disciplines ont une vision scolaire de l'apprentissage, fait valoir le chirurgien. «Vous allez à l'école, vous étudiez, vous pratiquez, vous apprenez, vous obtenez un diplôme, et ensuite vous sortez voir le monde et vous faites votre chemin par vous-même», dit-il.

C'est l'approche qu'à peu près tous les professionnels ont adoptée: médecins, avocats, scientifiques, musiciens, etc. Le contraste vient du monde sportif, où même les plus grands athlètes tiennent à leur coach.

Le coaching est une idée de nos voisins du sud, nous apprend Gawande. En 1875, les universités Harvard et Yale ont joué un des premiers matchs de football américain. Yale a embauché un entraîneur-chef, pas Harvard. Au cours des trois décennies suivantes, Harvard a gagné seulement quatre fois... Puis a finalement engagé un entraîneur.

Mais est-ce que le coaching peut-être transposé à d'autres domaines? Le professeur en psychologie Anders Ericsson, une sommité mondiale dans la recherche sur l'expertise, croit que oui. Dans son livre, Peak, How to Master Almost Anything, il explique que les entraîneurs nous à aident à pratiquer d’une manière «délibérée», c’est-à-dire focalisée sur ce qu’on a à améliorer.

En tant qu’observateur, les coachs sont plus facilement en mesure de repérer nos failles. Ils peuvent nous donner la rétroaction nécessaire pour devenir meilleure, souligne Ericssson.

En général, note-t-il, les gens suivent à peu près tous la même courbe d’apprentissage, quelle que soit l’habileté. On commence avec une idée générale de ce qu’on veut faire, on apprend avec un livre, un site Web ou un coach, on pratique jusqu’à atteindre un niveau satisfaisant.

Après, l’habileté devient automatique, on n’a plus trop besoin d’y penser. Mais elle cesse aussi de progresser. Or, les gens assument que quelqu’un qui conduit depuis vingt ans est forcément meilleur qu’un autre qui cumule cinq ans derrière le volant. Ils pensent qu’un médecin expérimenté est meilleur qu’un jeune médecin.

Ce qui est faux, écrit Ericsson, puisque la recherche montre qu’une fois le niveau satisfaisant atteint, les années de «pratique» ne mènent pas à une amélioration. Seule la pratique délibérée entraîne des progrès, selon chercheur.

Atul Gawande a eu l’humilité de le constater. Après deux mois avec son vieux coach de chirurgie, il a senti qu’il devenait meilleur. Après un an, il a vu son taux de complications baisser. 

C'était «douloureux, je n'aimais pas être observé, et parfois je sentais aussi qu'il y avait des périodes où je régressais avant de m'améliorer, mais ça m'a fait réaliser que les entraîneurs touchaient quelque chose de très important», dit Gawande.

En cette ère numérique, où les autodidactes peuvent apprendre à peu près n’importe quoi sur Internet, je trouve ça rassurant de voir qu’on a encore besoin des autres êtres humains pour s’améliorer. Qu’on soit un athlète ou pas, parfois, ça aide de pouvoir dire: oui, coach!