Les explorateurs de l'équipe de Robert Falcon Scott saluent le navire Terra Nova, qui vient de les déposer en Antarctique, au début de 1911.

La stratégie des petits pas

CHRONIQUE / À l'automne 1911, deux explorateurs - le Norvégien Roald Amundsen et le Britannique Robert Falcon Scott - ont accosté en Antarctique dans l'espoir de devenir les premiers à atteindre le pôle Sud.
À l'époque, les expéditions polaires étaient en plein essor et les nations rivalisaient pour planter leurs drapeaux aux extrémités du globe.
Sur le continent blanc, les deux aventuriers et leurs équipes devaient franchir plus de 1400 miles (2250 km) aller-retour en ski et en traîneau, soit à peu près la distance entre Québec et Winnipeg. 
Évidemment, il faisait terriblement froid, avec une température moyenne de - 56 degrés Celcius et de forts vents. Et, faut-il le rappeler, il n'y avait ni GPS ni cellulaires ou radios pour se sortir du pétrin. 
Au final, Amundsen a touché le pôle Sud 34 jours avant Scott. Le premier a ramené son équipage sain et sauf au bateau. Le deuxième a péri avec des compagnons sur le chemin du retour; il a été retrouvé mort gelé dans une tente.  
Les deux explorateurs possédaient une expérience similaire et ont été exposés aux mêmes conditions polaires extrêmes. Pourtant, Amundsen a triomphé et Scott a péri. Qu'est-ce distinguait les deux hommes? 
Ce n'est pas un hasard si je vous pose cette question à la rentrée. C'est un moment charnière dans l'année, un nouveau départ où l'on replonge dans la conquête d'objectifs à long terme.
Peu importe qui nous sommes - un étudiant qui veut maintenir moyenne de A, un pdg qui veut relancer une entreprise, un écorché qui veut reprendre sa vie en main -, on a tous nos pôles Sud. 
Mais pourquoi certains réussissent-ils souvent à les atteindre et d'autres non? 
Car ils se comportent davantage comme Amundsen et moins comme Scott : ils sont constants.
Le Norvégien Roald Amundsen, premier homme à atteindre le pole Sud, le 14 décembre 1911
Comme le souligne l'auteur et ex-professeur en management de l'Université Stanford, Jim Collins, dans son livre Good to Great, Amundsen et Scott ont adopté une approche très différente pour se rendre jusqu'au point le plus au sud de la Terre. 
Le Norvégien exigeait que les membres de son équipe avancent de 24 à 32 kilomètres par jour - pas plus, pas moins, peu importe les tergiversations de la météo. Il voulait certes arriver avant Scott, mais pas au risque d'épuiser l'énergie de sa troupe. 
Scott, lui, profitait des journées clémentes pour faire avancer ses hommes le plus loin possible, et se reposait quand le froid et le vent leur compliquaient la tâche. 
«Personne ne pourrait voyager dans des conditions pareilles», a écrit Scott dans son journal à propos d'un blizzard. 
Confronté à des intempéries similaires, Amundsen a noté dans son journal : «C'était une journée déplaisante - tempête, amoncellement, engelure, mais nous nous nous sommes rapprochés de 13 miles de notre but». 
Dans ses recherches sur les pdg d'entreprises, Jim Collins a observé que ceux qui réussissaient le mieux démontraient le même genre de constance qu'Amundsen. Ils se fixaient de petits objectifs quotidiens qu'ils s'obligeaient à atteindre, peu importe les circonstances. 
De jour en jour, le progrès n'était pas spectaculaire. Mais en fin de parcours, il le devenait.
À l'automne, les étudiants se font conseiller cette stratégie des petits pas par leurs profs qui en ont vu d'autres : «N'attendez pas en fin de session pour étudier et être obligé de faire des nuits blanches avant les examens. Commencez tout de suite». 
Mais la tentation de s'en remettre aux sprints est forte. Tandis qu'avancer un peu chaque jour - même quand le blizzard se pointe dans nos vies - exige plus de discipline. Il faut continuer quand c'est dur, et arrêter quand ça va bien, pour se garder des réserves.
Alors, à la rentrée, qui serez-vous? Scott ou Amundsen?