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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
On profite de l’expérience ou on prend des images. On ne peut pas faire les deux en même temps.
On profite de l’expérience ou on prend des images. On ne peut pas faire les deux en même temps.

En vacances, mollo sur la photo

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CHRONIQUE / Durant des heures, vous montez dans les sentiers escarpés, avec votre sac de randonnée trop lourd, des moustiques qui vous bourdonnent autour et des bottes détrempées après un faux pas dans une flaque d’eau.

Mais ça vaut la peine. La vue, paraît-il, est à couper le souffle au sommet de la montagne.

Vos amis arrivent un peu avant vous. Puis, enfin, vous atteignez le point culminant à votre tour. Le soleil vous réchauffe les joues, la canopée étale sa majesté et le bleu du lac vous plonge dans une sorte de transe de contemplation. 

C’est là qu’un de vos compagnons dit : «Eille, on fait-tu une photo de groupe?»

D’accord, vous vous serrez les uns contre les autres, vous regardez l’objectif et vous forcez un p’tit sourire pour le selfie. Voilà, le cliché est emmagasiné dans votre iPhone. Mais le moment, lui, est bousillé pour l’éternité. 

En cette période de vacances estivales, essayez de ne pas faire comme votre ami. Ne gâchez pas des instants de ravissement pour croquer un souvenir.

Il y a quelques années, Gia Nardini, une chercheuse en marketing à l’Université de Denver, s’est rendue dans une réserve faunique où elle a fait le plein de photos. Mais en rentrant à la maison, elle a eu l’impression d’avoir raté son voyage. Avec des collègues, elle a décidé d’étudier la question : sommes-nous capables de profiter d’un moment agréable pendant une photo? 

Dans une étude publiée en 2019, l’équipe de Mme Nardini a montré que non, pas vraiment. Quand les gens s’arrêtent pour croquer une image, le bonheur glisse sous leur lentille. 

La prise de photos atténue la joie et l’engagement qu’ils éprouvent lors d’une expérience très agréable. Selon les auteurs, les gens se distraient du présent en essayant de saisir des souvenirs pour le futur.  

Prendre des photos avec l’intention de les partager sur Instagram ou Facebook est aussi une mauvaise idée. En faisant ça, on active le mode autopromotion et on apprécie moins l’expérience, a montré une étude de 2018. 

Ces recherches sont peut-être suffisantes pour vous convaincre d’y aller mollo sur les photos en vacances. Mais permettez que j’ajoute une dernière pellicule : prendre des photos nuit aussi à votre mémoire. 

Dans une autre expérience, rapportée récemment par le psychologue Dan Ariely dans le Wall Street Journal, des paires de visiteurs ont fait le tour d’un monument historique. Une personne de chaque paire prenait des photos et l’autre non. À un test de mémoire surprise quelques semaines plus tard, les visiteurs qui avaient pris des photos se souvenaient beaucoup moins du monument que ceux qui avaient pris le temps de le regarder avec leurs yeux.

Alors quoi, faire? On bannit les photos de vacances? Les photos d’aventure? Les photos de famille? 

Ben non. 

L’étude de la chercheuse Gia Nardini, dont je vous parlais il y a un instant, suggère de réserver des moments pour faire l’un ou l’autre : profiter des expériences ou prendre des images. On ne peut pas faire les deux en même temps.

Et j’ajouterais : les expériences devraient avoir la priorité. Si vous allez voir un spectacle après des mois de pandémie, laissez les décibels résonner dans votre corps avant de brandir le iPhone. Si vous allez faire un tour dans le Vieux-Québec, admirez l’architecture avant de sortir le selfie-stick. 

Et si vous atteignez le haut de la montagne, prenez le temps de savourer la récompense de la montée. Puis, quand tout le monde aura estampé le souvenir dans son cerveau, ce sera le tour de la photo.