Le petit Omran Daqneesh, 5 ans, avait ému toute la planète, en août dernier, après avoir survécu à un bombardement survenu à Alep, et attribué à Bachar Al-Assad.

Des psychopates au pouvoir

CHRONIQUE / En novembre, le président syrien, Bachar Al-Assad, a accordé une entrevue au quotidien Times de Londres. Durant l'entretien, la journaliste lui a demandé : «est-ce que vous réussissez à dormir la nuit avec tous ces enfants qui sont tués chaque jour à Alep et ailleurs» en Syrie?
Assad a ri, puis a répondu : «Je comprends où vous voulez en venir. J'ai un sommeil régulier, je dors et je mange normalement et je fais du sport».
La guerre en Syrie avait alors fait 400 000 morts et contraint 5 millions de Syriens à trouver refuge à l'extérieur du pays. Le bilan s'est évidemment alourdi depuis, notamment avec l'attaque au gaz sarin qui a tué 86 personnes le 4 avril.
Depuis que Donald Trump a fait expédier 59 missiles Tomahawk sur son territoire, peut-être qu'Assad fait de l'insomnie, s'empiffre de cochonneries et a cessé d'aller au gym. Mais j'en doute : il a sûrement gardé de saines habitudes de vie.
Comment un être humain peut-il être aussi cruel ? C'est une bonne question à se poser, je trouve, pour comprendre les dictateurs sanguinaires, mais aussi tous ces tyrans de l'ombre qu'on ne voit pas, ou peu, dans l'actualité.
Une partie de la réponse à cette interrogation se trouve dans un grave trouble de la personnalité, souvent associé aux criminels, qui se cache aussi derrière l'ascension de nombreux dictateurs, politiciens et chefs d'entreprise : la psychopathie.
Ceux qui en sont «atteints» partagent plusieurs traits communs. Ils sont moralement vides, détachés de leurs sentiments, blindés contre les remords, incapables de ressentir de l'empathie ou de la compassion envers les autres. La honte ou la culpabilité sont des émotions étrangères pour eux. Ils sont en général impulsifs, mais dans des situations où les gens normaux ont peur, ils restent de marbre.
Votre voisin aussi?
Vous avez sûrement déjà employé l'épithète «psychopathe» pour qualifier un patron, un collègue, une ancienne flamme, une connaissance ou même un voisin qui vous pourrissait l'existence sans sourciller.
Et vous aviez peut-être raison : la psychopathie toucherait environ 1 % des hommes adultes (elle est beaucoup plus rare chez les femmes), soit quelque 30 000 personnes au Québec. Il y a donc de fortes chances que vous ayez croisé un psychopathe dans votre vie.
Une bonne partie d'entre eux se retrouvent derrière les barreaux; ils représenteraient entre 15 et 25 % de la population carcérale masculine en Amérique du Nord.
Mais la majorité est libre comme vous et moi, et leurs traits de personnalité leur donnent une longueur d'avance pour accéder au pouvoir et le maintenir.
Cuirassés contre la trouille, ils n'hésitent pas à prendre des risques pour monter dans la hiérarchie et y rester. Et s'il faut écrabouiller d'autres humains sur leur passage, tant pis, ils s'en fichent.
Charmeurs
Mais les psychopathes ne sont pas que des Terminator sans émotion. Ceux qui les étudient ont aussi remarqué qu'ils avaient tendance à avoir une très haute opinion d'eux-mêmes et à être très charmeurs et manipulateurs. De cette façon, ils peuvent vous séduire avant vous enfoncer un poignard dans le dos.
Dans son livre La sagesse du psychopathe (2015), le chercheur en psychologie de l'université Oxford, Kevin Dutton, cite une étude menée en 2000 dans laquelle la présence de traits psychopathiques chez différents présidents américains a été évaluée.
Les chercheurs ont interviewé les biographes des présidents et leur ont demandé à quel point leurs sujets correspondaient à des affirmations comme:  «Je ne me sens jamais coupable de blesser d'autres personnes», ou «Vous devriez profiter des autres avant qu'ils profitent de vous». Bill Clinton et John F. Kennedy ont gagné le concours...
Selon une autre étude citée par Dutton, plusieurs des qualités «positives» des psychopathes, comme le charme et la persuasion, sont plus répandues chez les politiciens et les chefs d'entreprises que chez les criminels.
«Une expression modérée de traits psychopathiques peut être très utile pour l'avancement d'une personne, note le chercheur d'Oxford. Mais trop souvent, ça devient un danger parce que ces gens perdent le contrôle sur eux-mêmes et sont tentés de commettre des crimes.»
Et plus ils ont du pouvoir, plus ils ont l'impression d'être au-dessus des lois. Alors, imaginez un psychopathe devenu chef d'une dictature...
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Sur une note plus réjouissante, j'aimerais souhaiter un joyeux anniversaire à une très fidèle lectrice, Simone Roy, qui a eu 92 ans jeudi. Bonne fête, Mme Roy!