Chronique

La classe de rock

CHRONIQUE / Qu'est-ce qu'un rockeur peut faire pour un gars comme Jonathan ? Il a 17 ans, s'est fait expulser deux fois de son ancienne école secondaire et doit prendre trois pilules par jour pour tempérer son hyperactivité.

Ce serait un candidat prometteur au décrochage scolaire. Mais en ce vendredi après-midi à l'école St-François, à Sainte-Foy, Jonathan ne fait ni des maths, ni du français, ni de l'anglais. Il est assis derrière une batterie électronique et pratique le rythme d'une chanson rock aux accents reggae.

Devant lui, il y a Christopher au micro, Olivier à la basse et Brandon à la console. Ce sont tous des jeunes de 15 à 17 ans qui ont choisi de faire partie d’un projet musical mis sur pied pour les inciter à ne pas lâcher l’école.

Celui qui s’agite en avant et donne les instructions s’appelle Martin Poirier. En temps normal, ce rockeur accompli et amateur de «prog» enseigne l’anglais. Mais l'an dernier, la direction de l'école, en collaboration avec l'organisme Option travail, lui a proposé de lancer une classe de rock — un peu comme l'école du rock de Jack Black, pour ceux qui ont vu le film.

Dans son groupe, Martin accueille une dizaine d'élèves qui sont pour la plupart incapables de jouer un rythme ou un accord, et les amène à composer des chansons et à enregistrer un mini-album.

Ce serait déjà un bon défi dans une école ordinaire, mais St-François n'est pas une école ordinaire. Surnommée «l'école de la dernière chance», cette institution privée scolarise des élèves qui ont souvent de gros problèmes de comportement et se sont fait renvoyer de leur commission scolaire.

C'est le genre d'endroit où on se serait attendu à un encadrement très strict axé sur les matières de base. Mais l'institution valorise beaucoup l'autonomie des élèves et les incite à explorer leurs intérêts pour avoir le goût d’aller à l’école. D'où la classe de rock de Martin.

Le projet exige un savant mélange de fermeté, de bienveillance et de patience de la part du prof. «Mettons que ce sont des après-midi qui demandent beaucoup d'énergie…», dit Martin. Mais les jeunes en redemandent, grisés par les résultats de leurs efforts.

Et souvent, leur taux d’absentéisme chute. Jonathan, par exemple, a séché les cours en moyenne deux jours par semaine dans les dernières années, selon son estimation. Mais il dit qu’il ne s'absente plus depuis qu'il joue de la batterie avec son prof d'anglais.

«Ça nous libère l'esprit», dit Jonathan. «C'est une source de motivation. Ça donne le goût de ne pas lâcher l'école», ajoute son ami Christopher.

***

À notre époque de parents hélicoptères, on oublie souvent à quel point les mentors comme Martin sont importants dans la vie d’un enfant ou d’un ado.

Même s’ils ne sont pas là depuis le début comme maman et papa, ils peuvent infléchir la trajectoire des jeunes qu’ils côtoient, parce justement... ils ne sont pas les parents.

Vous l'avez sans doute remarqué, les ados, en particulier, réagissent fortement aux incitations de leurs parents, perçues comme une contrainte à leur liberté. Mais quand c'est un autre adulte qui dit la même chose, on dirait que ça passe mieux...

À l'école, mais aussi à la patinoire, au dojo, dans un cours de ballet ou de guitare, ou même dans un casse-croûte où fiston est responsable de la friteuse, les adultes en position d'autorité ont la marge de manœuvre pour pousser les jeunes en dehors de leur zone de confort.

Ils leur demandent d'accélérer, de se mettre un sourire dans la face ou de trouver une solution à un problème auquel ils n’avaient jamais été confrontés. C'est dans ce déséquilibre que les jeunes grandissent.

Martin, lui, tente d'amener ses apprentis musiciens jusqu'à la composition de chansons et ne se gêne pas pour les critiquer. Moins vite, plus fort, non, ce n’est pas comme ça qu'on joue cet accord. Parfois, les élèves n'aiment pas qu’il corrige leurs erreurs, et ça fait des flammèches.

Mais semaine après semaine, ils ne lâchent pas leur instrument. Et la persévérance que les élèves forgent dans leur classe de rock peut être généralisée à toutes les matières.

Ça vaut aussi pour les activités en dehors de l’école. De nombreuses d'études démontrent que les enfants qui sont investis dans des activités parascolaires s'en sortent mieux que les autres. Ils ont notamment de meilleurs résultats scolaires, une plus grande estime d'eux-mêmes et ont moins de chance de se retrouver dans le trouble.

À l’école ou ailleurs, les adultes qui réussissent le mieux à aider les jeunes sont ceux qui combinent à la fois un haut niveau d'exigence et un haut niveau de soutien, montre la recherche.

Bref, des mentors comme Martin. «Il veut toujours qu'on s'améliore, dit Christopher. Il est capable de te pousser dans le cul, mais en même temps il est toujours là pour t'aider.»

Jonathan n’en pense pas moins. La preuve, il est venu jouer de la batterie vendredi, malgré une blessure à la rotule. Si tout va bien, il devrait bientôt terminer sa quatrième secondaire et a l'intention de persévérer jusqu’à l’obtention de son diplôme.

Qu'est-ce qu'un rockeur peut faire pour lui ? En tout cas, bien plus que de lui apprendre une toune de rock. 

Chronique

C'est facile? Tant mieux

CHRONIQUE / Je déjeunais en famille au resto quand j'ai entendu le «ding» d'un texto. J'ai regardé sur mon téléphone — rien. Ah, je me suis dit, ça ne devait pas être le mien.

Deux minutes plus tard, le même bruit résonne dans mon oreille. Toujours rien. Je commençais à me trouver un peu ridicule, et j'ai mis mon iPhone sur «vibre».

Puis, j'entends encore le «ding» deux autres fois tout près, et je repère les coupables : un homme et une femme assis à deux tables distinctes, avec le même téléphone à la pomme et le même bruit de texto que moi. J'ai failli me lever : pouvez-vous modifier vos réglages?

Mais je me suis calmé les nerfs, et j'ai mangé mon assiette brunch comme si de rien n'était, reprenant la discussion avec mon père jusqu'à ce qu'il ne reste que les quartiers d'oranges dans mon assiette. 

En y repensant plus tard dans la journée, je me suis dit qu'il était peut-être temps que je change le son de mes «SMS». Il y a une quarantaine d'autres options sur le iPhone, dont des sons tragiquement sous-exploités comme «forêt de Sherwood», «printemps» ou «menuet». Pourquoi s'en priver?

Un mois plus tard, me voilà avec un nouveau téléphone, le vieux est mort exténué. Et moi, Sherlock, j'ai remarqué une foule d'autres sons pour les appels, les messages vocaux, les courriels, les publications Facebook, les alertes de calendrier, les rappels! Et vous savez ce que j'ai fait de toutes ces possibilités? E-rien.

Finalement, je suis comme mes voisins de déjeuner. Je refuse de prendre cinq minutes de ma vie pour choisir des sons sur mon cellulaire. Et des recherches montrent qu'une grande proportion de consommateurs font comme moi. Ils choisissent l'option la plus facile, celle que le fabricant a sélectionnée pour eux.  

***

Ç'a l'air banal comme ça, mais cet exemple des sonneries illustre notre puissant penchant pour la facilité. On a beau avoir des tonnes d'options devant nous, on choisit souvent de ne pas choisir.

Alors, imaginez si vous souhaitez changer quelque chose dans votre vie ou dans celle des autres. De grâce, ne rendez pas les choses compliquées. 

Vous souhaitiez ingérer davantage de verdure, remuer votre carcasse plus souvent, roupiller au moins sept heures par nuit ou cesser de procrastiner sur Facebook? La facilité est votre alliée.

Vous voudriez que vos clients craquent pour votre nouveau logiciel, que vos enfants rangent leurs assiettes dans le lave-vaisselle, que les citoyens de votre ville compostent davantage? Rendez-leur la tâche la plus aisée possible. 

Ce n'est pas une question de paresse (en fait, oui, c'est ça), mais de compétition entre nos deux esprits: le rationnel et l'émotionnel.

Le premier veut aller courir, le deuxième ambitionne de faire la patate sur le divan. Le premier aimerait se coucher à 22h, le deuxième veut continuer Game of Thrones. Le premier souhaite manger végé, le deuxième se commande un Big Mac. Le premier a la ferme intention de redonner les pelures à la nature, le deuxième les a mélangées avec les ordures...  

Déjà que c'est dur de résister aux envies de l'esprit émotionnel, il faut donner un coup de main à l'esprit rationnel. Et pour ça, la facilité est votre alliée (voyez, j'ai réécris la même chose).

Concrètement, il y a un moyen très efficace d'y arriver. Et c'est de contrôler votre environnement pour faciliter le comportement que vous voulez adopter.

Mettons que vous vous inscrivez au gym. Il y en a un avec de l'équipement sophistiqué et des entraîneurs diplômés, mais c'est loin de chez vous, faut prendre l'auto et le stationnement est compliqué. L'autre gym possède de vieilles machines, diffuse du boom-boom à tue-tête et les entraîneurs sont plus musclés que qualifiés, mais c'est à deux pas de votre boulot. 

Où est-ce que vous vous abonnez? Si vous ne voulez pas abandonner après trois semaines, le deuxième est la meilleure option. Parce que vous avez le temps de vous rendre dans le vestiaire avant que votre volonté change d'idée. 

Même principe avec la bouffe. Pour être sûr de ne pas manger de cochonneries le soir, il y a un truc très simple: n'en achetez pas. Plus facile de résister à l'appel du sac de chips quand il végète au dépanneur que quand il vous souffle «mange-moi, mange-moi» par la fente de l'armoire.

Et le compost? Il y a quelques années, j'ai essayé le lombricompostage et je pense que mes vers de terre ont souffert de malnutrition. Même si je trouvais ça génial comme moyen de récupérer les matières organiques, c'était bien trop compliqué pour moi, et j'ai lâché.

Maintenant, j'ai une petit contenant à compost près de la poubelle. S'il n'était pas aussi proche, je suis pas mal sûr que mes épluchures se retrouveraient plus souvent dans la boîte à ordures. 

D'ailleurs, c'est sans doute pour ça que le bac brun a autant de succès dans les villes qui l'ont adopté. C'est facile à comprendre, à utiliser et s'intègre très bien à la routine des vidanges. 

Je vous parlais de la démocratie paresseuse la semaine dernière. Pour diminuer l'ignorance politique, peut-être qu'une des voies les plus prometteuses serait justement de rendre les choses plus faciles aux électeurs?

Je pense au succès de la boussole électorale de Radio-Canada, par exemple, un moyen à la fois simple et recherché de savoir où on loge politiquement.

Bon, j'arrête. Mais souvenez-vous: la facilité est votre alliée. Je vous l'avais peut-être déjà dit?

Nous, les humains

La démocratie paresseuse

CHRONIQUE / C'est jour d'élection municipale dimanche, et j'imagine que vous avez profité au maximum de votre droit de vote, ce grand privilège des sociétés démocratiques.

Vous connaissez les noms des principaux candidats à la mairie et dans votre district. Vous êtes au courant — et comprenez — les enjeux importants dans votre ville et dans votre quartier. Vous avez pris le temps de comparer les programmes des partis politiques.

Non, vous n'avez rien fait de tout ça?

Ah ben là, vous ne me surprenez pas.

L'ignorance politique est largement répandue dans les démocraties, ici comme ailleurs. Même que c'est est un «des constats les mieux établis en sciences sociales», écrit un politologue qui est spécialiste de la question*.

Mais ça, tous ceux qui ont regardé les vox pop de Guy Nantel l'avaient deviné.

C'est vrai, la majorité des gens ignorent qui est ministre de quoi, quel palier de gouvernement s'occupe de quelle compétence, quel parti est majoritaire au parlement ou comment fonctionne notre système électoral.

Ce n'est pas parce que les électeurs sont stupides, mais qu'ils sont bien conscients que leurs chances de déterminer le sort du scrutin sont minuscules, alors ils mettent leurs énergies ailleurs.

«La chose la plus difficile à comprendre pour un politicien en exercice est que la plupart des gens, la plupart du temps, ne pensent pas à la politique toute la journée, a déjà dit l'ancien premier ministre britannique, Tony Blair. Ou s'ils le font, c'est avec un soupir..., avant de recommencer à s'inquiéter des enfants, des parents, de l'hypothèque, du patron, de leurs amis, de leur poids, de leur santé, du sexe et du rock 'n' roll ... Pour la plupart des gens normaux, la politique est un brouillard lointain et parfois irritant.»

Moins de la moitié des électeurs votent aux élections municipales, et c'est peut-être justement à cause de ce brouillard. Mais il y a quand même un sacré paquet de gens qui votent pareil, sans prendre le temps de s'informer, ou très peu. Comment font-ils ?

Superficiels?

Ils font confiance à leur intuition — celle qui leur fait dire, peu importe ce que les candidats ont à proposer : «ah, lui, je l'haïïïïs» ou elle, je l'adore.

Souvent, cette intuition a un côté très superficiel. Des études ont montré par exemple que les candidats masculins ont plus de chances d'être élus s'ils sont grands, ont une voix grave, une mâchoire carrée, un sourire confiant et un regard perçant, genre Donald Trump.

Les gens ont l'impression que ces gars-là ont un visage plus «compétent», alors qu'aux dernières nouvelles, il n'existe aucune preuve en ce sens, surtout pas à la Maison-Blanche en ce moment.

D'autres facteurs qui ne devraient pas influencer nos préférences électorales ont aussi un impact sur les scrutins : les candidats qui figurent en premier sur le bulletin de vote ont obtiennent 2,3 % plus de votes en moyenne que lorsqu'ils sont inscrits plus bas dans la liste.

Et quand leur nom a une sonorité familière, c'est encore mieux. Ainsi, a rapporté le New York Times, un comté près de Chicago qui regroupe une grosse population irlando-américaine a tendance à favoriser les candidats qui ont un nom qui sonne irlandais. Tellement qu'en 2005, un candidat a légalement changé de nom de Frederick S. Rhine à Patrick Michael O'Brien...

Commentant ce genre de raccourcis de l'esprit dans le quotidien new-yorkais, Daniel Oppenheimer, un professeur de psychologie à l'Université de Californie, à Los Angeles, a expliqué qu'il y a «trois "i"» qui unissent les électeurs: l'ignorance, l'irrationalité et l'incompétence.

Selon lui, avant de voter, les gens ne réfléchissent pas à leurs propres valeurs pour ensuite trouver le candidat qui leur correspond. C'est généralement l'inverse: ils décident du candidat qu'ils aiment et appuient ensuite son programme.

«La plupart des gens n'ont aucune idée de la position de la plupart des candidats sur la plupart des questions, alors ils supposent simplement que le candidat est d'accord avec eux, ajoute-t-il. Les gens changeront leur position pour s'aligner sur les candidats qu'ils préfèrent, et supposeront également que les candidats sont d'accord avec eux sur des questions importantes, même si ce n'est pas vrai.»

Certains vont peut-être dire que c’est vrai aux États-Unis, mais pas au Québec. Moi je pense que c'est dans la nature humaine d'être embrouillé quand les enjeux sont aussi complexes que ceux d'une élection.

Inutile de se flageller avec ça. Pour rendre justice à notre droit de vote, il faut peut-être juste reconnaître son ignorance. Et prendre ensuite le temps de s'informer comme du monde avant de choisir nos représentants.

Dépêchez-vous, c'est demain le scrutin...

*Ilya Somin, Democracy and Political Ignorance : Why-Smaller Government Is Smarter, (2016), Stanford University Press

Nous, les humains

Le porteur de bonheur

CHRONIQUE / Samedi passé vers 5h45, Éric Bujold attendait au froid sous les lampadaires d’un stationnement de l’Université Laval. Il avait mis sa casquette des Raiders et sa veste carottée doublée. Comme des dizaines de partisans du Rouge et Or, il voulait être sûr d’obtenir une bonne place au tailgate, ce rassemblement festif d’avant-match pour les mordus de football.

J’étais là moi aussi, à grelotter, les mains dans mes poches de manteau, capuchon sur la tête, les yeux pas encore tout à fait ouverts. Je voulais vivre la «vraie expérience», et Simon Beaumier, un bon ami d’Éric, est venu me chercher à 5h30. Ça m’apprendra. 

Environ une demi-heure plus tard, les gardiens de sécurité de l’UL ouvraient un autre stationnement réservé au tailgate, et les gars (c’était pas mal juste des gars) installaient leur chapiteau. Éric était accompagné de Simon et de Daniel Pourcelot, la troisième partie du trio de base, auquel s’ajoutaient plusieurs invités, dont de nombreux jeunots. 

Sous le chapiteau, les boys avaient déplié leur «tapis gazon», une moquette de pelouse synthétique sur laquelle Éric a tracé des lignes blanches avec une canette de peinture aérosol comme sur un terrain de foot. Dessus, l’espace était aménagé comme un salon en plein air, avec des chaises pliantes, un divan en cuir magané, et un écran plat branché à une génératrice qui diffusait un concert d’ACDC en boucle. Back in Black, c’est l’hymne du tailgate

Le soleil commençait à illuminer le ciel quand Éric a amorcé la cuisson des oeufs, du bacon et des fèves au lard et à faire griller les p’tits pains ciabiatta sur le barbecue. Arrosé d’un café filtre fumant, ce fut un des déjeuners les plus satisfaisants qu’il m’ait été donné d’engloutir. 

J’allais presque oublier que j’étais venu pour travailler. Belle job, vous allez me dire, mais oui, j’étais là pour le boulot. Pas pour le match du Rouge et Or contre les Carabins (ils les ont planté, pour ceux qui ne savaient pas), ni pour le tailgate. J’étais venu pour rencontrer Éric, un dentiste de profession qui est aussi ce que j’appellerais un «artiste du quotidien».

Nous, les humains

Pourquoi le pouvoir corrompt?

CHRONIQUE / Harvey Weinstein, le puissant producteur d’Hollywood qui a été viré après une pluie d’accusations d’abus sexuels, se présentait comme un champion de la cause des femmes.

L’an dernier, il a organisé une collecte de fonds pour la candidate à la présidence Hillary Clinton, il a participé à la Marche des femmes pendant le Festival de films Sundance et a financé une chaire universitaire qui porte le nom de Gloria Steinem, une féministe reconnue.

En 2015, la compagnie de cet homme derrière des films cultes comme Sexe, mensonges et vidéo, Pulp Fiction et Le destin de Will Hunting avait aussi distribué The Hunting Ground, un documentaire à propos de la violence sexuelle sur les campus.    

Bref, un gentilhomme en public et un gros dégueulasse en coulisses. Stupéfiant, non?

Pas tant que ça.

Ce n’est pas la première fois que des scandales éclatent à propos de personnalités publiques respectées comme Tiger Woods, Martha Stewart, Bill Clinton ou Harvey Weinstein ou, plus près de nous, Jian Ghomeshi ou Marcel Aubut. Mais, chaque fois, on s’étonne. Comment des gens qui ont si bien réussi en société peuvent-ils si mal se conduire en privé? 

Entre autres parce qu’ils sont puissants, justement.

«Le pouvoir corrompt» n’est pas qu’un adage familier; c’est un vrai phénomène, prouvé scientifiquement. 

Le professeur de psychologie et prolifique chercheur américain Dacher Keltner, dont je vous ai parlé il y a deux semaines à propos de la compassion, a étudié l’influence du pouvoir sur nos comportements durant plus de vingt ans. 

L’an dernier, il a publié un livre, intitulé The Paradox of Power, dans lequel il explique que le pouvoir fonctionne paradoxalement : on gagne du pouvoir en étant gentil avec les autres, mais le pouvoir nous pourrit. 

«On acquiert la capacité de faire une différence dans le monde en améliorant la vie des autres, mais l’expérience elle-même du pouvoir et du privilège nous conduit à se comporter, dans nos pires moments, comme des sociopathes impulsifs et hors de contrôle», écrit Keltner. 

La recherche, a recensé le journal The Guardian, montre effectivement que les personnes qui se sentent puissantes sont plus susceptibles d’agir impulsivement : d’avoir des aventures extraconjugales, de conduire imprudemment, de voler à l’étalage, de mentir ou même de piquer des bonbons à des enfants.

Une fois au sommet, les puissants n’ont plus besoin d’être attentifs aux besoins des autres. Et ils creusent une sorte de déficit d’empathie et de compassion.

Marc Allard

Dormez avant de mourir

CHRONIQUE / Dans le bus, j’aime observer les gens qui cognent des clous. L’autre jour, j’ai vu un gars dans la trentaine qui essayait que ça ne paraisse pas. Il ouvrait grand les yeux lorsqu’il se réveillait en sursaut : ben non, je ne me suis pas endormi.

C’était un mardi matin, vers 9h30, moment de la journée où on est censé être bien vigilant. Le gars était loin d’être le seul en carence de ZZZ. J’en vois souvent, des comme lui, qui somnolent sur la banquette de l’autobus au beau milieu de l’après-midi ou de la matinée.

Ce genre de scène n’étonne pas Charles Morin. Spécialiste du sommeil de renommée internationale, le professeur de psychologie à l’Université Laval devient ce mois-ci le président de la World Sleep Society, une organisation mondiale dédiée à la santé du dodo.

Sur son ordinateur, M. Morin voit s’empiler les études sur la pénurie de sommeil qui frappe les sociétés modernes. Et il n’a pas peur de le dire : «c’est très, très clair que c’est une épidémie.»

Oui, une épidémie, comme dans un «phénomène pernicieux, nuisible qui atteint un grand nombre d’individus», dit mon Larousse.

Les chiffres sont frappants. Les experts recommandent sept à neuf heures de sommeil. Mais près de trois quarts (74 %) des Canadiens dorment moins de sept heures par nuit, 28 % de cinq à six heures et 8 % moins de cinq heures, selon un récent sondage Angus Reid.

Malgré tout, le sommeil est «tout à fait ignoré par nos gouvernements», le «parent pauvre» de la santé publique, déplore M. Morin, qui est directeur du Centre d’étude des troubles du sommeil de l’UL et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les troubles du sommeil.

Ce n’est pourtant pas si compliqué. Pour être santé, il y a trois piliers : l’alimentation, l’activité physique et le sommeil. «Mais historiquement, on a toujours juste entendu parler des deux premiers et le sommeil a toujours été un peu négligé», dit le professeur.  

Nous, les humains

Méditation en cours

CHRONIQUE / Pendant les cinq premières minutes du cours de littérature de Luc Roland-Brunard, au Cégep Limoilou, les retardataires sont priés de poireauter dans le couloir.
C'est indiqué sur une feuille de papier blanc collée à la porte: «Merci d'attendre avant d'entrer! Une brève séance de méditation a lieu en ce moment. Je vous ouvre dès que c'est terminé!»

Nous, les humains

La compassion de salon

CHRONIQUE / C'est la saison des catastrophes. Harvey, Irma, Maria et la terre qui tremble à Mexico.
Sur nos écrans, on voit les visages du trauma : des gens qui ont perdu leur toit, leurs proches, la vie qu'ils avaient bâtie.

Nous, les humains

Pourquoi pas?

En 1940, une fillette de trois ans était impatiente de voir le cliché que son père venait de croquer. Le père a tenté de lui expliquer qu'il fallait d'abord que le film soit développé. Mais l'enfant n'avait que faire de ses explications techniques.
«Pourquoi il faut attendre avant de voir la photo?» lui a-t-elle demandé.

Nous, les humains

Je suis Voltaire

CHRONIQUE / Lundi soir, je me suis trompé de porte. J'allais assister à la prière de 21h à la mosquée de Limoilou, et je suis tombé sur l'entrée des femmes.
«Les hommes, c'est l'autre porte juste là», m'a pointé une gentille dame qui avait compris mon erreur de novice.