Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Depuis son retour en politique, François Legault clame qu’il faut «écouter les Québécois».
Depuis son retour en politique, François Legault clame qu’il faut «écouter les Québécois».

L’«opinion publique», l’ADN de la CAQ

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Le bureau du premier ministre Legault a commandé pour plusieurs centaines de milliers de dollars de sondages depuis son arrivée au pouvoir. C’est beaucoup plus que sous le précédent gouvernement. Et la pandémie n’explique pas tout.

François Legault a juré jeudi que la plupart de ces enquêtes d’opinion ont concerné la lutte contre la pandémie. Qu’en est-il?

Des données fournies par ses collaborateurs font état de dépenses de près de 712 000 $ depuis le 10 mars 2020 pour sonder les Québécois sur la COVID-19. Il n’est pas illégitime de sonder régulièrement la population dans le but d’établir la meilleure façon de susciter l’adhésion aux mesures mises en place durant un épisode inédit comme celui-là.

Mais si ce n’est que cela, il n’existe aucun motif pour refuser de dévoiler publiquement les questions posées lors de ces enquêtes. Elles ne constituent en rien une information stratégique. Pourquoi le gouvernement refuse-t-il cette demande? Des angles plus politiques se sont-ils faufilés dans certains questionnaires?

D’autres sondages portant sur d’autres dossiers ont aussi été commandés par le bureau du premier ministre. L’un d’eux a servi à mesurer «le degré de fierté et les motifs de fierté de vivre au Québec».

Un autre a porté sur les négociations dans les secteurs public et parapublic.

Tout aussi étonnant est celui commandé sur le projet de réforme de la Charte de la langue française. Il dénote un désir d’élaborer des propositions taillées au moins autant pour plaire que par conviction — ou pour éviter que certaines hérissent un trop grand nombre de citoyens.

Jusqu’ici, les sondages concernant autre chose que la COVID menés pour le compte du ministère du premier ministre ont coûté près de 62 000 $. Ce qui suscite un questionnement n’est pas la somme, mais les objectifs poursuivis.

Mais, au fond, zéro surprise sur le fond! Ce gouvernement carbure depuis le début à l’opinion publique — sondage ou pas. C’est dans son ADN. C’est un parti pris affiché.

Depuis son retour en politique, François Legault clame qu’il faut «écouter les Québécois».

Et la Coalition avenir Québec (CAQ), lorsqu’elle était dans l’opposition, n’avait pas besoin de sondages internes pour savoir que l’opinion publique québécoise souhaitait une réduction des niveaux d’immigration et un encadrement du port de symboles de foi. Elle «écoutait» l’«opinion publique».

Bien que ce concept soit flou, celle-ci est composée d’un mélange de base électorale, de la proverbiale «majorité silencieuse» (une expression tombée en désuétude) et de l’écho médiatique dominant.

Problème : il n’y a qu’un pas entre le désir de plaire et l’électoralisme.

M. Legault l’a démontré cette semaine en fournissant une réponse consternante à la solidaire Manon Massé, qui l’interrogeait sur le projet de tunnel de 10 milliards entre Québec et Lévis : «Je comprends qu’elle a deux députés à Québec. Mais on verra, l’année prochaine, combien il en reste... Puis, à ce que je sache, elle n’en a aucun dans Chaudière-Appalaches. Puis ça va rester comme ça.»

C’était un aveu arrogant d’électoralisme. Au gouvernement, on a en tête un sondage publié en février dans les médias de Québecor, qui indiquait que 66 % des résidents de la ville de Québec étaient favorables au projet de tunnel. À ce moment-là, le coût en était encore inconnu.

Pas sûr que ce qui a pu ou peut être populaire dans les régions de Québec et de Chaudière-­Appalaches le soit ou le sera nécessairement ailleurs au Québec.

Il existe des contre-exemples en presque tout, y compris dans ce que l’on peut percevoir de l’opinion... de l’«opinion publique».

Secousses?

L’idée de reconnaître le français comme langue officielle du Québec dans la Constitution canadienne a été... sondée par le gouvernement Legault. Elle reçoit sans surprise un très fort appui chez les Québécois francophones.

Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale du Québec et à la Chambre des communes, à Ottawa, sont d’accord avec le projet d’inscrire dans la partie québécoise de la Constitution le fait que le Québec forme une nation et que le français est sa langue officielle et commune. Mais tous ne s’entendent pas sur la portée de tels mots. C’est là que le bât pourrait finir par blesser.

Le premier ministre Justin Trudeau affirme que de tels mots n’ont pas de portée juridique et sont sans valeur interprétative. Ce que pensent d’ailleurs aussi des souverainistes.

Le gouvernement Legault estime au contraire qu’ils ont une portée, une valeur interprétative; qu’ils ne sont pas que symboliques.

Les opposants à cette mention dans la Constitution au Canada anglais ont peut-être trouvé leur championne mercredi en la personne de la députée indépendante et ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould. À l’instar du premier ministre du Québec et de son ministre Simon Jolin-Barrette, elle croit que cette inscription aurait une portée juridique. Elle pense comme eux là-dessus, mais pour dire qu’elle est contre.

Secousses politiques en vue? Jusqu’ici, cette question n’intéresse pas tant que cela au Canada anglais (outre certains commentateurs). Mais elle pourrait très bien faire boule de neige. Tout dépendra de l’ampleur de l’opposition à cette inscription qui dit l’évidence.