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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Le protocole sanitaire qui a été établi par l’Église catholique de Québec commande que «le ministre garde autant que possible une distance de deux mètres avec la personne qui reçoit le sacrement.»
Le protocole sanitaire qui a été établi par l’Église catholique de Québec commande que «le ministre garde autant que possible une distance de deux mètres avec la personne qui reçoit le sacrement.»

L’onction des malades, version COVID

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CHRONIQUE / Maria* m’a écrit, son frère venait de mourir, il était très croyant et lui avait demandé de s’assurer qu’il reçoive l’extrême-onction avant de partir. C’est le dernier sacrement, celui qui ouvre les portes du paradis.

Son petit frère habitait dans une résidence pour personnes âgées en Ontario, elle a entrepris des démarches dès qu’elle a su qu’il n’en avait plus pour longtemps. «Comme des pasteurs de chaque dénomination religieuse visitent la résidence à tour de rôle, j’ai commencé par m’enquérir à savoir si la résidence pouvait me donner une référence. J’ai d’abord été un peu ébahie de voir que c’était le directeur des services récréatifs qui s’occupait de ces questions», m’a écrit Maria par courriel.

Au bout du fil, elle m’explique l’importance qu’avait ce sacrement pour son frère. «L’extrême onction, c’est la permission de mourir en paix, c’est la confession ultime. Mon frère était très croyant.»

Maria a aussi appelé des amis de son frère pour savoir s’ils connaissaient un prêtre qui pourrait aller célébrer ce dernier sacrement, elle a fait chou blanc. «À la résidence, il n’était pas possible d’avoir un célébrant sur place. Ils m’ont proposé de faire ça à distance. La célébration virtuelle a eu lieu quelques heures plus tard, à 16h.»

Il était temps. «Mon frère est décédé une demi-heure après.»

Le monsieur des loisirs était à côté de lui quand il a reçu le dernier sacrement, c’est lui qui tenait la tablette quand le prêtre a prononcé ces mots : «Par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l’Esprit saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève.»

Sauf qu’il n’y a pas eu d’onction. 

Juste un écran.

Maria était sous le choc. «Qu’advient-il des rituels? Qu’advient-il du sacré à l’âge de l’intelligence artificielle? J’ai essayé de trouver du positif dans tout ça, je me dis que c’est quand même mieux que rien. Je me réjouis que la résidence ait trouvé ce moyen, mais quand même, ça vient toucher les convictions des gens.»

Souhaitons que les portes du paradis se soient ouvertes quand même.

À Québec, on n’en est pas là. Valérie-Roberge Dion, directrice des communications de l’archevêque de Québec, m’a expliqué que la COVID n’a jusqu’ici pas empêché de célébrer les sacrements en chair et en os, malgré le fait que plusieurs prêtres font partie de la population à risque à cause de leur âge. «Lorsque nous recevons des demandes, au diocèse, nous trouvons toujours des personnes-ressources pour aller auprès des malades. Nous avons des prêtres volontaires en paroisse, notamment des plus jeunes, qui peuvent aller chez les personnes qui demandent le sacrement.»

Le diocèse ne fait aucun compromis là-dessus. «Il est prioritaire dans nos réseaux d’être au rendez-vous pour les personnes en fin de vie, même en période de pandémie.» 

Sinon, et ce n’est pas rien, ça ne compte pas. «Comme tous les sacrements, celui-ci doit se faire en présence de la personne. Techniquement, à distance, ce ne serait pas valide. Toutefois, ce que nous faisons régulièrement à distance, par téléphone, c’est de prier avec les personnes, de les bénir, de les accompagner dans cette étape de vie.»

Après Allo-prof, voici Allo-prêtre.

Quand même, la COVID a tout de même mis son grain de sel dans le rituel à Québec, l’onction sur le front et les mains n’est plus faite avec les doigts, mais avec un coton-tige. «L’onction se fait en utilisant une boule de ouate pour éviter le contact direct avec la personne qui reçoit le sacrement. On utilisera une nouvelle boule de ouate pour chaque usage.»

Le protocole sanitaire qui a été établi par l’Église catholique de Québec commande également que «le ministre garde autant que possible une distance de deux mètres avec la personne qui reçoit le sacrement. […] Il devra porter un masque pour l’imposition des mains et pour l’onction.»

Le prêtre doit «éviter tout contact physique».

Mais au moins, le dernier sacrement se célèbre en personne, dans une relation d’intimité nécessaire à une ultime confession, à un ultime pardon. Les portes du paradis doivent s’ouvrir avec un Q-tip, soit, et qu’il en soit ainsi pour tous ceux qui veulent partir en paix, qu’ils soient à la maison, en résidence ou en CHSLD.

Amen.

* Prénom fictif