Il faut, ici comme partout, un ennemi commun pour se rassembler politiquement, comme ont résolu de le faire les responsables politiques québécois.

L’indispensable État

CHRONIQUE / Ce sera encore pendant un certain temps l’union sacrée en politique québécoise — pour ne prendre que l’exemple du Québec, qui est tout de même singulier à maints égards. Il n’empêche qu’il faut, ici comme partout, un ennemi commun pour se rassembler politiquement, comme ont résolu de le faire les responsables politiques québécois.

Preuve que ce qui nous rassemble est au fond bien plus grand que ce qui nous sépare. Et qu’une structure comme celle de l’État québécois constitue un parapluie.

Cette crise née de la COVID-19 révèle à quel point les organisations et les structures d’un État sont précieuses. Elles permettent de s’organiser, de mieux faire face à la situation.

Parler d’État, c’est nécessairement parler de finances publiques. Or, plus que d’autres en Occident, le Québec bénéficie de finances publiques saines.

De telles marges de manœuvre constituent un atout dans une situation comme celle que nous vivons. Les mesures d’aide annoncées jusqu’ici par le gouvernement Legault en témoignent.

Celui-ci ne s’est par ailleurs pas trompé en mettant en place des mesures fortes dès la semaine dernière pour tenter de contenir l’épidémie.

Quand les choses démarrent, elles vont très très vite. Les cas de l’Italie, de la France et de l’Espagne le démontrent. Tout juste avant le 1er mars, le ministère de la Santé espagnol recensait trois cas; les trois sur des îles, aux Baléares et aux Canaries. Aucun cas dans la péninsule espagnole comme telle.

Deux semaines plus tard, l’Espagne compte plus de 11 000 infections à la COVID-19.

Le gouvernement du Québec et d’autres ont été instruits de l’expérience que vivait l’Europe. Ils ont vu ce qui s’y est passé. Ils ont vu la vitesse de propagation. Ils ont pu comprendre.

Mais plus que d’autres, le Québec a des moyens. Comme le dit le ministre des Finances, Eric Girard, le Québec est en position de force pour faire face à l’adversité.

Les paramètres des finances publiques du gouvernement fédéral sont loin d’être aussi reluisants. Les budgets y sont déficitaires. Mais l’État canadien a de grandes capacités d’action lui aussi. 

Cette crise nous rappellera que l’État est un outil indispensable. Et que l’on peut gravement perdre individuellement et collectivement en l’abandonnant, en le laissant s’effilocher.

Il faut l’aiguiser et le réaiguiser, certes, mais dans le but qu’il parvienne toujours à mieux répondre à ce pour quoi il doit exister. Pas pour s’en débarrasser en douce.

Heureusement, ces dernières années, l’État revient en quelque sorte en grâce au Québec. Il n’est plus aussi attaqué qu’il l’était.

Cette pandémie pourrait consacrer son retour pendant un certain temps dans nos sociétés.