Il s’agit d’un autre revers pour le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, qui avait dû mercredi accorder une clause de droits acquis aux étudiants et travailleurs déjà établis ici, dont le cri du cœur avait ému l’opinion publique

L’humiliation de Simon Jolin-Barrette

CHRONIQUE / La raison d’État a prévalu. En suspendant la réforme du Programme de l’expérience québécoise, François Legault a rendu l’une de ses plus difficiles décisions depuis qu’il occupe le poste de premier ministre du Québec. L’une de ses plus difficiles, car elle heurte de plein fouet le ministre Simon Jolin-Barrette, pour qui il a beaucoup d’admiration depuis longtemps.

La raison d’État, ici, en l’occurrence, c’est celle de son gouvernement. On ne voyait plus au bureau du premier ministre comment sortir de ce panier de crabes. On craignait une descente aux enfers.

Le projet était si bancal et faisait tant l’unanimité contre lui que le gouvernement aurait eu à faire face à de forts vents contraires pendant des semaines et des semaines.

Les partis d’opposition, mais aussi les chambres de commerce et les réseaux universitaire et collégial avaient encore des munitions pour monter aux barricades en raison de la liste bâclée des formations et des métiers donnant droit au Programme de l’expérience québécoise — lequel peut permettre de décrocher assez rapidement un certificat de sélection du Québec, qui lui-même mène à l’obtention de la résidence permanente et, éventuellement, à la citoyenneté canadienne.

La pilule sera nécessairement difficile à avaler pour le ministre Simon Jolin-Barrette, même si, officiellement, il est partie prenante de la décision prise de suspendre sa réforme.

Le seul? 

On a toujours estimé au bureau de François Legault qu’un geste difficile de ce genre montre non seulement qui est le patron, mais aussi que le premier ministre place les intérêts du Québec au-dessus de tout.

Comparaison n’est pas raison, mais son gouvernement avait gagné des points dans l’électorat lorsqu’il avait démis MarieChantal Chassé de ses fonctions de ministre de l’Environnement. 

Simon Jolin-Barrette ne sera pas écarté de ses fonctions, mais il sortira nécessairement écorché de cet épisode. Le premier ministre ne se fiera plus à lui aveuglément. Le ministre n’en mènera plus aussi large.

Mais Simon Jolin-Barrette est-il le seul à devoir porter le chapeau? Chose certaine, il y a eu un manque de collaboration et de consultations en amont dans ce dossier.

Au fond, c’est l’engagement pris par la Coalition avenir Québec lorsqu’elle était dans l’opposition de réduire les niveaux d’immigration qui est à l’origine de ce dernier cafouillage.

Semaine calamiteuse

Plus tôt cette semaine, le gouvernement avait déjà effectué un premier recul important en greffant une clause de droit acquis pour les étudiants étrangers actuellement aux études chez nous et les travailleurs temporaires ayant cumulé une année de travail au Québec. Le problème qui subsistait encore était celui de la fameuse liste des domaines de formation en demande et des emplois en déficit. 

Malgré la présentation jeudi de la mise à jour économique du ministre des Finances, Eric Girard, cette semaine demeurera l’une des plus calamiteuses vécues par le gouvernement Legault depuis son arrivée au pouvoir.