François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Les règles auxquelles on finit par s’astreindre ne sont peut-être pas toujours aussi nécessaires qu’on veut nous le faire croire. Le cas de la plage Jacques-Cartier est en cela assez particulier avec ses interdits hérités de l’époque de la mairesse Boucher.
Les règles auxquelles on finit par s’astreindre ne sont peut-être pas toujours aussi nécessaires qu’on veut nous le faire croire. Le cas de la plage Jacques-Cartier est en cela assez particulier avec ses interdits hérités de l’époque de la mairesse Boucher.

L’été indien et autres saisons

CHRONIQUE / La Ville n’avait pas vu venir l’été indien. Comme elle peine à s’ajuster aux hivers hâtifs, aux canicules tardives ou aux hivers qui s’étirent dans le printemps.

La machine est lourde. Les obligations contractuelles rigides et les routines difficiles à remuer.

L’été indien de cette semaine par exemple.

J’espère que vous ne voyez pas d’appropriation culturelle ou de racisme systémique à ce que j’utilise le mot «été indien». On ne sait plus trop ce qu’il est encore possible de dire sans froisser les sensibilités.

L’été indien donc. Un après-midi, je suis descendu à la plage Jacques-Cartier. 20 degrés sous un soleil de novembre.

Une lumière douce, une brume diffuse à fleur d’eau, une famille de canards, les dernières feuilles de chêne poussées par un vent chaud. Un jour hors du temps. Je n’avais pas été le seul à penser à la plage.

En près de 30 ans, je n’y avais jamais vu autant de monde. Retraités, télétravailleurs en pause (ou pas), étudiants, couples avec poussette, maîtres de tout âge, avec ou sans leur chien. Pas une seule table ou banc public inoccupé.

Quelques jours plus tôt, je m’étais buté à la barrière en haut de la côte qui descend au fleuve. Fermée pour l’hiver.

Beau temps mauvais temps, la Ville met la clé dans la porte de la plage Jacques-Cartier le 30 octobre de chaque année, pour la rouvrir à la mi-mai.

Je n’ai pas réussi à savoir si c’est la pression de citoyens ou simplement le gros bon sens, mais la Ville s’est finalement ravisée. Elle a relevé sa barrière au début de la semaine devant l’évidence qu’il faisait beau. On la remercie.

Officiellement, la politique est de garder la plage accessible tant que la température le permet et que la côte demeure praticable. Dans les faits, ce n’est pas toujours le cas.

La plage fut donc rouverte cette semaine, mais c’était trop tard pour le pavillon de service, l’abreuvoir et les toilettes, barricadés pour l’hiver, comme l’a déploré une citoyenne dans une lettre publiée cette semaine dans Le Soleil. (Seule la toilette du parc nautique de Cap-Rouge demeure fonctionnelle en hiver).

Fermées aussi les toilettes du parc des Écores qui donne accès aux sentiers de la rivière Cap-Rouge, rapportait la citoyenne.

Il en est ainsi ailleurs dans les parcs et espaces publics. Les toilettes et abreuvoirs de la Promenade-De Champlain, par exemple, fermés aussi depuis un long moment déjà, malgré le beau temps et la forte affluence.

Ainsi en va-t-il des filets de tennis, repliés depuis des semaines. Des piscines et jeux d’eau à la fin de l’été.

Toujours cette urgence à fermer boutique pour suivre le calendrier administratif sans égard aux réalités de la météo.

On comprend qu’une Ville doit se préparer à l’hiver et n’y arriverait pas si elle attendait à la toute dernière minute pour devoir tout faire.

Mais la rigidité des opérations donne l’impression que la Ville est parfois déconnectée des besoins et plaisirs des citoyens.

Ce sera la même chose dans quelques semaines avec les patinoires extérieures.

Bon an mal an, la Ville prévoit les ouvrir dans le temps des Fêtes, même lorsque la venue hâtive de l’hiver permettrait de le faire plus tôt. Officiellement, on dit s’ajuster aux conditions météo, mais les quartiers n’y mettent pas tous le même zèle.

Ce pourrait être un mot d’ordre plus ferme. Patinoires, tennis, piscines, et autres équipements de loisir extérieurs. On ouvre dès que la température le permet et on reste ouvert aussi temps que cela fait du sens.

À commencer par les abreuvoirs et toilettes publiques. Particulièrement en cet automne de lutte à la déprime et à l’isolement de la pandémie.

Les habitués de la plage Jacques-Cartier sauront de quoi je parle. Lors de cette réouverture impromptue pour cause d’été indien, il n’y avait pas la horde habituelle de préposés à la sécurité et au stationnement.

Personne à la barrière en haut de la côte, walkie-talkie à la main à attendre les signaux d’en bas pour distribuer au compte-gouttes les permissions de descendre. Et personne en bas pour policer la circulation dans le stationnement.

La conséquence fut sans doute quelques allers-retours inutiles en bas de la côte pour ceux qui n’ont pas trouvé à se garer.

Mais vous savez quoi? Ça a marché quand même. Je dirais même, mieux que d’habitude, vu sous l’angle du nombre de voitures (et de citoyens) qui ont pu se garer au pied de la côte.

Les citoyens ont occupé des espaces de stationnement en parallèle que les préposés ont l’habitude d’interdire. Plus d’une vingtaine, si j’ai bien compté.

Les conséquences? Aucune. Je n’ai été témoin d’aucun incident, accident, ou chaos. Laissés à eux-mêmes, les citoyens se sont servis de leur jugement.

«L’anarchie» de cet été indien suggère que les règles et rigidités auxquelles on finit par s’astreindre ne sont peut-être pas toujours aussi nécessaires qu’on veut nous le faire croire.

Le cas de la plage Jacques-Cartier est en cela assez particulier avec ses interdits de toutes sortes et encadrements hérités de l’époque de la mairesse Boucher et qui tiennent toujours, près de 20 ans après les fusions.