Dans une lettre transmise au Soleil, la mère endeuillée exprime sa gratitude et son admiration pour Nicole Gladu et Jean Truchon (avec Me Jean-Pierre Ménard sur la photo) qui ont mené leur cause devant les tribunaux

L’espoir d’une mère

CHRONIQUE / Margo Ménard a accompagné son fils Sébastien pour que celui-ci, atteint de sclérose en plaques, puisse mourir en Suisse comme il le désirait. Cela fait deux ans et demi. «Il ne peut rien m’arriver de pire dans la vie», dit-elle. La décision que vient de rendre la juge Christine Beaudoin sur l’aide médicale à mourir la soulage toutefois, l’aide à faire son deuil et à atteindre plus de sérénité.

«S’il vous plaît, n’allez pas en appel de ce jugement», demande la femme de Québec aux élus provinciaux et fédéraux. «S’il vous plaît, ne mêlez pas les dossiers des malades aptes à prendre une décision éclairée et ceux des malades inaptes, des mineurs ou des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ne mêlez pas les enjeux pour noyer le poisson».

Mme Ménard a été des années auprès de son fils malade pour répondre à ses besoins primaires, mais aussi, pour l’accompagner dans ses démarches auprès de Dignitas, en Suisse. Son fils avait 43 ans et ne voulait pas finir sa vie et attendre la mort dans un CHSLD. Ne pouvant recevoir l’aide médicale à mourir au Québec puisqu’il n’était pas en fin de vie et que sa mort n’était pas «raisonnablement prévisible», il a opté pour le suicide assisté et un aller simple pour la Suisse.

«Ce fut un long cheminement. J’étais bien au fait de la détresse de Sébastien. Je la voyais dans ses yeux. J’ai respecté sa souffrance au lieu d’être égoïste et de vouloir le garder à tout prix».

Un cheminement qui ne se réalise pas sans peine.

La maladie d’un enfant, qu’importe son âge, est difficile à vivre et à accepter pour un parent. La mort d’un enfant, même si elle est souhaitée par celui-ci, car il estime que c’est la meilleure issue pour lui, est cruelle.

Recevoir l’urne de son fils comme un simple colis commandé chez Amazon cinq semaines après son décès en Suisse a été un choc et a incité Mme Ménard à s’engager, comme elle l’avait promis à Sébastien, pour qu’aucune autre famille québécoise n’ait à refaire ce parcours douloureux.

La récente décision de la cour supérieure est pour Mme Ménard un immense soulagement. «C’est plein d’espoir. Enfin une lumière au bout du tunnel».

La juge a déclaré invalides et inopérantes les dispositions du Code criminel et de la Loi sur les soins de fin de vie qui liaient l’accès à l’aide médicale à mourir à des critères de mort raisonnablement prévisible et de fin de vie. Selon la cour, de tels critères contreviennent à la Charte canadienne des droits et libertés.

Sébastien Gagné-Ménard est mort le 10 mars 2017. La juge Beaudoin donne six mois aux législateurs du gouvernement du Québec et du gouvernement fédéral pour apporter les correctifs au Code criminel et à la Loi sur les soins de fin de vie.

«Cela nous mène au 10 mars 2020, au troisième anniversaire du décès de mon fils». Elle y voit un signe, une preuve que le fait d’unir sa voix à celles d’autres malades et d’autres proches de grands souffrants a porté ses fruits, a contribué à faire avancer le délicat dossier.

Mme Ménard rappelle que lorsque les élus tardent à prendre des décisions et à légiférer, ils font porter un poids très lourd aux personnes gravement malades et souffrantes, notamment celles atteintes de maladies dégénératives incurables.

Dans une lettre transmise au Soleil, la mère endeuillée exprime sa gratitude et son admiration pour Nicole Gladu et Jean Truchon qui ont mené leur cause devant les tribunaux.

Elle aussi mérite notre admiration pour le soutien apporté à son fils et son implication pour remplir la promesse d’éviter que d’autres malades doivent se rendre à l’étranger, sans leur famille, leurs proches et leurs soignants, pour mourir dans la dignité.