François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le chiffre de 3,3 milliards $ évoqué dans le rapport du vérificateur général Michel Samson n’est pas vraiment nouveau. C’est celui qui a été utilisé depuis le début du projet de tramway.
Le chiffre de 3,3 milliards $ évoqué dans le rapport du vérificateur général Michel Samson n’est pas vraiment nouveau. C’est celui qui a été utilisé depuis le début du projet de tramway.

Les «subtilités» budgétaires du tramway

CHRONIQUE / Le budget du tramway est passé en douce de 3 à 3,3 milliards $ et c’est la Ville de Québec qui devra assumer la différence.

Cette contribution municipale de 300 millions $ représente 9 % du budget total.

La «subtilité budgétaire» nous avait d’abord échappé, mais le maire avait commencé à l’évoquer depuis quelques semaines. 

Le vérificateur général de la Ville, Michel Samson, en donne la confirmation dans son rapport de «vigie» sur le réseau de transport structurant déposé en début de semaine. 

On pourrait trouver une certaine justification à cette contribution de 300 millions $ de la Ville. Après tout, ce sont les citoyens de Québec qui vont profiter du tramway et du réseau structurant. 

Cela rompt cependant avec une tradition voulant que les gouvernements dits «supérieurs» assument la totalité des coûts des grands projet d’infrastructures de transport public. 

Pour ceux qui pouvaient en encore douter, on vient d’avoir une autre preuve que l’époque où l’administration Labeaume avait le gouvernement à ses pieds et pouvait tout obtenir de lui ou presque est bel et bien révolue.

J’ai compris que la Ville n’avait pas vraiment eu le choix. Lorsque le budget du tramway a dû être revu à la hausse, le gouvernement Legault a refusé d’aller au-delà du 1,8 milliard $ auquel il s’était engagé.

La Ville a accepté de fournir les 300 millions $ qui manquaient. Sans doute était-ce le prix à payer pour ne pas mettre en péril le montage financier du projet ou risquer des débats et des retards.

La même chose risque de se produire avec le «pôle d’échange de l’ouest» sous le projet du Phare. Ce pôle était déjà compliqué à concevoir et l’obligation d’y ajouter un terminus pour les autobus de Lévis risque de faire augmenter les coûts. 

La Ville de Québec avait toujours compris que c’est le gouvernement qui assumerait la facture du lien interrives. 

À quelques jours de son départ en congé de maternité, la ministre Geneviève Guilbault a prévenu qu’il n’était pas question pour le gouvernement de hausser sa contribution. 

Le maire Labeaume a paru décontenancé par la déclaration de la ministre. Reste à voir si l’ex-bras droit du maire et nouveau ministre de la Capitale en l’absence de Mme Guilbault, Jonatan Julien, sera du même avis. 

Le cas échéant, la Ville devra absorber l’excédent de coûts, essayer de refiler l’extra au promoteur du Phare, ou trouver un autre moyen pour réduire la facture du pôle d’échange. 

Une des hypothèses pourrait être de relocaliser ce pôle quelques centaines de mètres plus à l’est pour le rapprocher de la route de l’Église où il y a plus d’espace. Il faudrait voir quelles économies pourraient en résulter. 

La Ville a refusé jusqu’à maintenant d’envisager ce scénario, mais la perspective de devoir payer un excédent pour accueillir les autobus de Lévis l’incitera peut-être à y réfléchir. 

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Le chiffre de 3,3 milliards $ évoqué dans le rapport du vérificateur général n’est pas vraiment nouveau. C’est celui qui a été utilisé depuis le début du projet.

La différence est qu’on incluait alors les 300 millions $ que la Ville projetait investir pour des améliorations urbaines dans le corridor du tramway et des trambus. 

Ces factures devront maintenant être ajoutées aux 3,3 milliards $ déjà connus. 

On pense à l’élargissement du boulevard Hochelaga (62 millions $) et à un viaduc dans l’axe de la rue Mendel dans Sainte-Foy. La Ville a bien tenté de faire inclure ces travaux dans le budget de base du tramway, mais le gouvernement a fermé la porte. 

Outre ces infrastructures nécessaires au projet, Québec avait prévu payer pour des rénovations et améliorations de «façade à façade» dans le corridor du tramway, etc. 

On ignore pour l’instant quelle sera l’ampleur de ces travaux ni le rythme auquel ils seront menés. La nouvelle donne budgétaire et politique incitera peut-être la ville à revoir ses plans.

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L’augmentation de 300 millions $ du budget entre mars 2018 et mars 2019 s’explique de deux façons, analyse le vérificateur général : 

Une «réévaluation de certains postes de dépenses. M. Samson n’a pas voulu dire lesquels pour ne pas nuire aux appels d’offres.

Décidément, les processus d’appels d’offres ont le dos large pour justifier le refus de donner des détails sur le projet de tramway. L’administration municipale et le bureau de projet recourent au même argument. 

Il a fallu augmenter les provisions pour «imprévus» afin de respecter les ratios d’usage pour les grands projets. Cette hausse était justifiée et nécessaire, estime le vérificateur général.

Le problème est que ces provisions ont depuis été réduites et sont aujourd’hui à un seuil minimal, note M. Samson. Rien de tragique encore, mais il faudra être vigilant pour éviter les dépassements de coûts.

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Les besoins de communications ont été sous-estimés en 2018, dit avoir constaté le vérificateur. 

M. Samson a vu la même chose que nous. Ce projet a souffert de lacunes de communication. 

«On n’a pas été bons», a aussi convenu le maire Labeaume. L’acceptabilité sociale est pourtant cruciale pour la réussite du projet, rappelle le vérificateur général. Il presse la Ville de s’assurer de l’efficacité de ses messages pour pouvoir les ajuster.

Les quelques dizaines de milliers de signatures obtenues ces derniers jours par des pétitions contre le tramway témoignent d’un fort niveau de résistance au projet. La Ville ne peut pas faire semblant que ça n’existe pas. Elle doit s’ajuster.