Tara Hills a finalement décidé de faire vacciner ses enfants. Mais elle n’a pas toujours été chaude à cette idée.

Les sceptiques de la vaccination

CHRONIQUE / Beaucoup de parents sceptiques face à la vaccination se reconnaîtront dans l’histoire de Tara Hills, une mère d’Ottawa qui refusait d’immuniser ses enfants de crainte de les rendre malades.

Il en fut ainsi pendant 7 ans jusqu’à ce que quelqu’un accepte de répondre patiemment, et sans condescendance, à toutes les questions de la jeune mère sur la vaccination.

L’ironie de l’histoire ? Le jour où Tara Hills se décide à faire vacciner sa progéniture, c’est pour réaliser que tous ses enfants - elle en avait déjà 7 à l’époque – ont attrapé la coqueluche. Une maladie pratiquement disparue de nos jours… justement en raison des campagnes de vaccination massives.

L’histoire, qui a fait les manchettes en 2015, s’est bien terminée. Après un traitement aux antibiotiques et 5 jours de quarantaine à la maison, les enfants s’en sont remis. Mais les parents ont craint le pire. La coqueluche, au stade le plus critique de la maladie, donne des toux épouvantables. Quand ton fils de 10 mois s’arrache la gorge à force de tousser, ton cœur de parent se tord de tous les bords, m’a raconté Tara Hills.

Tara a maintenant 9 enfants - oui, c’est un boulot à temps plein, confirme-t-elle. Tous vaccinés. Elle a tiré des leçons de cet épisode. Leçons qu’elle a partagées avec des spécialistes canadiens de la santé publique, mardi, lors d’un vaste congrès sur l’immunisation à Ottawa.

Son message ?

Pour contrer la désinformation et les fake news qui circulent sur le web, il faut cesser de faire la morale aux parents qui hésitent à faire vacciner leur progéniture.

« La toute première chose à leur dire, c’est qu’ils sont de bons parents, insiste Tara Hills. Faire vacciner ses enfants, c’est une grosse décision. Les parents hésitants ont raison de vouloir être sûrs de leur coup. Il faut les encourager à poser des questions à vérifier la crédibilité de leurs sources d’informations. »

Tara Hills parle d’expérience.

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Car au départ, Tara Hills n’avait pas de problème avec la vaccination. C’est après l’arrivée de son 4e que les doutes ont surgi, alimentés par les rumeurs colportées sur les médias sociaux. Les vaccins rendraient malades, ils donneraient l’autisme, les autorités de santé publique seraient à la solde d’un complot fomenté par les compagnies pharmaceutiques pour empocher des milliards…

Les experts de la santé publique auront beau s’époumoner, à répéter que les vaccins médicaux sont sécuritaires, qu’ils ont fait disparaître des maladies graves comme la polio, la diphtérie, la variole… rien n’y fait. Le doute s’était immiscé dans l’esprit de Tara Hills. « Je me disais : il n’y a pas de fumée sans feu. Ces histoires doivent avoir un fond de vérité… »

Pendant sept ans, elle cessera de faire vacciner ses enfants. Jusqu’à ce qu’en 2015, elle fasse la connaissance par le biais d’une amie de Leslie Waghorn, une experte en santé publique qui tient un blogue sur la vaccination. Mme Waghorn s’intéresse justement… à la manière dont les parents décident de faire vacciner leurs enfants ou non.

Toute de suite Tara constate que l’approche de Leslie est différente. Elle ne cherche pas à lui faire la morale, ni même à la convaincre. « La première chose que Leslie m’a dite, raconte Tara, c’est que j’étais une bonne mère. Que mes questions étaient légitimes. Quel soulagement ! Avec les autres provaccins, j’avais constamment l’impression de devoir défendre mon intégrité et mon intelligence… »

Encouragée par Leslie, Tara fait ses propres recherches. Et constate vite, par elle-même, que la preuve scientifique est largement en faveur de la vaccination. Rassurée, elle entame des démarches auprès de son médecin pour faire vacciner au plus vite ses enfants. Trop tard, ils avaient attrapé la coqueluche.

Devenues amies, Tara et Leslie souhaitent que leur histoire fasse réfléchir les experts en santé publique. Tara se rappelle du jour où elle a annoncé à son médecin de famille sa décision de ne pas vacciner ses enfants. Il s’était contenté de hocher la tête. « Sur le coup, j’étais contente qu’il respecte ma décision. Avec le recul, j’aurais préféré qu’il ouvre un dialogue avec moi. Qu’il me demande de lui parler de mes craintes… »