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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Gloria Lallouz
Gloria Lallouz

Les leçons de Gloria

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CHRONIQUE / J’étais en voiture lundi, j’écoutais la radio et on parlait encore de la COVID, des premiers vaccins, les premiers à Québec, une heure plus tard à Montréal.

À Montréal, c’est Gloria Lallouz.

Cette dame de 78 ans habite le Centre gériatrique Maimonides, elle a dit qu’elle était heureuse d’avoir reçu le vaccin, évidemment, mais qu’elle était toujours heureuse de toute façon. La dame a ajouté ceci : «Je ne suis jamais sortie de chez moi, même pas dans le corridor».

Neuf mois.

Depuis que François Legault a mis le Québec sur pause à la mi-mars, sa vie l’est restée tout ce temps-là, elle n’a pas eu la petite bouffée de l’été, les terrasses, les parcs, les soupers à dix sur la galerie tant qu’on ne dépassait pas trois adresses. Madame Lallouz était dans son logement en se disant que ça va bien aller, à regarder le premier ministre à la télé lui dire de ne pas lâcher.

Et elle n’a pas lâché.

Elle n’avait pas besoin de regarder les nouvelles pour prendre la mesure de la menace, le nouveau coronavirus qui n’est plus si nouveau que ça est entré de plein fouet dans ce CHSLD à la mi-novembre, une cinquantaine de résidents l’ont attrapé, une dizaine en sont morts.

Des amis de Gloria. «J’ai perdu huit personnes» a-t-elle dit aussi lundi après avoir reçu le vaccin tant attendu.

Ironie du sort, l’autre CHSLD où la vaccination a commencé, St-Antoine à Québec, a également été confronté à une éclosion quelques jours avant la livraison des précieuses fioles, une quinzaine de personnes en tout, alors que l’établissement avait résisté à la première vague.

Les deux CHSLD ont flanché à la deuxième. 

Il est plus que temps que le vaccin arrive. Lundi, selon les chiffres compilés par le ministère, huit CHSLD du Québec faisaient face à une situation critique, le pire étant le CHSLD Paul-Gilbert dans Chaudière-Appalaches avec 61 % des résidents atteints, suivi par le St Brigids à Québec avec 54 %, et 22 morts.

Lundi toujours, six CHSLD de la province étaient sous haute surveillance, avec environ 20 % de leurs résidents infectés. À ceux-là viennent s’ajouter une soixantaine d’autres établissements qu’on considère «sous surveillance», où le taux d’infection est sous la barre des 15 %. 

Ce sont au total presque 300 décès dus aux éclosions en cours.

Gloria Lallouz est donc sortie pour la première fois depuis le début de la pandémie pour recevoir le vaccin, la symbolique est forte, à l’image du Québec et du reste de la planète qui retient son souffle, encore un peu, en espérant que cette fois c’est vrai, que ça va finir par bien aller. 

La dame était tirée à quatre épingles. 

Après son vaccin, elle a dit : «je me suis protégée parce que je voulais rester en santé, je voulais mettre les chances de mon côté pour voir mes amis à ma famille. […] C’est important pour continuer de vivre. Vivre comme ça [en confinement], ce n’est pas bon!»

Ça use.

Et voilà qu’on y retourne, à peu de choses près comme au printemps, jusqu’au 11 janvier, jusqu’à ce qu’on arrive à aplatir la courbe comme on l’a fait au printemps, question d’enlever de la pression sur le réseau de la santé. Le vaccin est là, peut-être, mais le virus n’a pas encore dit son dernier mot.

Si Gloria Lallouz a pu rester dans sa chambre pendant neuf mois sans même mettre le nez dans le corridor, on peut passer au travers.

Difficile de dire où nous en sommes dans toute cette tempête planétaire. C’est un peu comme Winston Churchill, le 10 novembre 1942, après avoir repoussé les Allemands dans la guerre du désert : «Ceci n’est pas la fin, ni même le commencement de la fin, mais c’est peut-être la fin du commencement.»

Ce serait déjà ça.