Robert Lepage a présenté son projet de Diamant à la communauté d’affaires de Québec, lundi.

Les diamants sont éternels...

CHRONIQUE / Le Manège militaire avait brûlé la veille. En mission à Paris, le maire Labeaume avait eu deux urgences.

Joindre le premier ministre Harper pour le presser de reconstruire. 

Et joindre Robert Lepage avec l’espoir de créer un événement artistique sur les ruines du Manège pour l’été du 400e. On était au début avril. C’était un peu serré.

Lepage avait promis d’y réfléchir, conscient, avait-il dit, que le manège incendié risquait d’être «une pierre tombale dans le décor du 400e». 

Il s’est passé beaucoup de choses à Québec cet été-là, mais il n’y a pas eu d’événement Lepage au Manège. En fait, ça aura pris 10 ans. 

L’événement Lepage au manège, ce fut lundi midi au lunch de la Chambre de commerce. Un gros succès de foule avec près de 450 convives. Lepage attire et fascine.

C’est la première fois que j’entrais au manège depuis la reconstruction. C’est très réussi. Un décor industriel chic et feutré fait de brique rouge, de métal, de bois et de velours. 

Ça a pris une éternité à aboutir, mais c’est bien fait. Reste la place George-V devant le Manège. Une désolation. Souhaitons que ça ne prenne pas 10 ans encore.

Robert Lepage venait présenter son projet de Diamant à la communauté d’affaires de Québec.

Il a repris les mêmes arguments que lors d’un passage précédent à cette même Chambre en décembre 2008.

Il est revenu par exemple sur Bilbao (Espagne) et son musée Guggenheim pour illustrer l’impact de la culture sur la trajectoire d’une ville. 

Petite ville aux industries vieillissantes, Bilbao est devenue sous l’impulsion de ce musée une ville «internationale» pour des événements sportifs et artistiques, rappelle-t-il.

Robert Lepage avait alors parlé de deux projets pouvant avoir un impact similaire pour Québec : le nouveau pavillon du Musée des beaux-arts et le Diamant. On y est presque. 

Attendu pour l’été prochain, le Diamant va ajouter à l’identité, à l’animation et à l’attractivité de la ville. 

Il se démarque par son architecture et par une programmation audacieuse unique. Un peu déroutante même avec son menu de lutte, de cirque, d’opéra, de théâtre, de cinéma, etc.

Mais il se démarque surtout par l’aura de Robert Lepage et de sa compagnie Ex Machina, qui a déjà tourné dans 150 villes d’une quarantaine de pays.

C’est à la fois la plus grande force du projet et sa plus grande fragilité. Que se passe-t-il le jour où la locomotive Lepage n’y est plus? 

Les diamants sont éternels, mais celui de Québec aura-t-il alors le même attrait pour des troupes internationales ou des partenariats avec le Metropolitan Opera de New York?C’est un des défis qui attendent le Diamant. 

Le quart de la programmation ira à des œuvres de Lepage et Ex Machina. La souplesse de la nouvelle salle (625 places) permettra peut-être de garder des œuvres du maître à l’affiche plus longtemps. On s’en réjouit.  

***

Robert Lepage est monté sur la scène du Manège sans papier ni souffleur, comme s’il jouait 887 ou un autre de ses spectacles solos.

Il affichait l’aisance du maître devant des élèves conquis, maniant les chiffres avec la même aisance que les mots. 

Il a raconté le Diamant, le ­YMCA, le Capitole, place d’Youville. A parlé de la ville, du sport, des arts, de l’économie locale. Un cours magistral. 

Avant de découvrir le théâtre à l’adolescence, Robert Lepage pensait devenir professeur de géographie. Il se sera finalement contenté de mettre sa ville sur la carte du monde.