Le Parti marxiste-léniniste du Québec présente des candidats depuis les élections générales de 1973, la plus petite cohorte était de 13 en 1994, la plus grande de 40 en 1981.

Les convictions

Je sortais de l’épicerie, une dame dans la cinquantaine, cheveux gris en natte, m’aborde. Elle a une planchette à pince avec quelques feuilles dessus. Je soupçonne une pétition.

– Avez-vous deux minutes?

Je ne les ai pas vraiment, mais je les prends quand même, je suis toujours curieuse de ces gens qui font le pied de grue pour une cause. Elle me parle d’un homme – Claude Moreau – qui veut se présenter dans la circonscription, et qui n’a pas encore les 100 signatures requises par le DGE pour son inscription.

Elle demande aux gens de signer.

Par un radieux samedi avant-midi, alors qu’elle pourrait être en train de se prélasser au soleil, elle milite pour qu’un candidat puisse apporter sa voix au débat démocratique en vue du scrutin du 1er octobre.

Même si le gars n’a aucune chance d’être élu, aucune, il veut représenter le Parti marxiste-léniniste du Québec.

Le parti présente des candidats depuis les élections générales de 1973, la plus petite cohorte était de 13 en 1994, la plus grande de 40 en 1981. Ils étaient 24 sur les rangs au scrutin d’avril 2014. Ensemble, ils ont recueilli à peine plus de 2000 votes, tout juste la moitié d’un dixième de 1 % du suffrage.

Ils sont 25 en lice pour le 1er octobre.

Qu’importe, par un beau samedi matin, la dame était là, avec son grand sourire, à interpeller les passants.

Je n’ai pas signé, mais j’ai trouvé ça beau.

Pas que j’aie l’intention de voter communiste, mais parce que ça nous ramène à la substantifique moelle de la démocratie, celle de défendre des idées, quelles qu’elles soient, au-delà des candidats-vedettes qui magasinent les partis comme s’ils étaient interchangeables.

Comme si les idées, élimées par l’odeur du pouvoir, n’avaient pas d’importance.

Les candidats de ces partis ne peuvent pas compter sur une grosse organisation, ils ne feront jamais les manchettes, au mieux un entrefilet. Ils prêcheront la plupart du temps à des convertis, alors que les grands partis se partageront le temps d’antenne des grandes chaînes, à qui fera le plus de promesses à la classe moyenne et aux familles.

À ceux qui votent.

Si bien qu’on ne s’étonne plus de voir les gens butiner d’un parti à l’autre, au gré de leur humeur et à l’échelle de leur égo.

Quand le pouvoir n’est pas à portée de main, il ne reste dans le tamis que des convictions, même si elles ont parfois des allures d’utopie. La plateforme électorale des marxistes-léninistes ne promet pas un chèque aux parents pour acheter le matériel scolaire, il martèle la lutte pour les droits des travailleurs, la justice sociale.

Aux idées, ils opposent les idéaux.

Et ça veut pour tous ces autres partis, je vous parle des marxistes à cause de cette dame croisée devant l’épicerie. Elle aurait pu tout aussi bien être du parti du Droit des sans droits, ou de l’Équipe autonomiste.

Pour l’élection qui s’en vient, le Directeur général des élections a autorisé 21 partis politiques à courtiser les Québécois, un record en 45 ans. Des partis qui, souvent, découlent d’une idée unique, entre autres le Parti Nul pour mettre en exergue le désengagement démocratique, ou le Parti culinaire fondé en 2017 pour sensibiliser les gens à l’importance de l’agriculture et de la nourriture.

Le Bloc pot, fondé il y a 20 ans pour promouvoir la légalisation du cannabis, se sabordera-t-il après le 17 octobre?

S’ils n’ont pas de chance d’être élus, les candidats des autres partis – je préfère autres à petits – tentent tout de même celle d’être entendus. Ils font campagne uniquement par conviction – il y en a aussi qui le font dans les principaux partis–, mais ils sont loin de la valse des valeurs et des tractations pour accéder au pouvoir.

Ils sont, au fond, un pied-de-nez au cynisme.