Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan

L’éléphant dans la pièce

CHRONIQUE / Dans cette petite école de village, tout le monde sait qu’une des éducatrices n’est pas à sa place, que les enfants la craignent.

Et pourtant, elle reste en poste.

Une employée de l’école a d’abord contacté son syndicat pour lui faire part de ses inquiétudes et pour savoir si quelque chose pouvait être fait pour régler le problème. «On m’a dit de m’adresser à la commission scolaire [le centre de services]. J’ai appelé, j’ai voulu parler au secrétariat du directeur général et on m’a dit «vous devez parler à votre syndicat…»»

Elle a finalement réussi à parler à quelqu’un du centre de services. «Ils m’ont écoutée, ils ont dit qu’ils prenaient des notes.»

Puis rien.

«Ses comportements ne sont pas adéquats et ce sont des comportements répétitifs. Il y a beaucoup de criage, des activités qui ne sont vraiment pas adaptées. Des fois, elle oublie un enfant quand elle sort avec son groupe.[…] Il y a des parents qui ont porté plainte, mais il n’y a rien qui se passe.»

Une autre employée a même contacté les policiers et la direction de la protection de la jeunesse (DPJ), sans plus de succès. «On ne sait plus vraiment quoi faire. On a l’impression que les décisions qui sont prises ne tiennent pas compte des enfants. On a l’impression qu’on la protège, que le système protège ses arrières.»

On devrait protéger les enfants.

La seule oreille qu’elles ont trouvée, c’est la direction de l’école. «La direction, elle est vraiment là pour nous, on nous écoute, on a vraiment du support et on sent que le problème est pris au sérieux. Mais elle aussi est bloquée, c’est bloqué [au centre de services], c’est eux qui peuvent agir.»

Pendant ce temps, tout le monde à l’école endure. «L’atmosphère, c’est très lourd. La plupart des éducatrices prennent des notes sur ce qu’elles voient et elles transmettent ça à la direction», qui étoffe le dossier. Depuis un bon bout déjà. «Ça fait au moins deux ans qu’elle est là, la situation est connue.»

Je ne nomme pas la commission scolaire ni l’école, tous ceux à qui le chapeau fait pourront agir en conséquence. 

Ce n’est certainement pas un cas isolé.

Ce que cette histoire démontre, c’est toute la complexité d’une situation où un problème crève les yeux et où tout le monde se renvoie la balle, comme si on espérait secrètement que le problème finisse par se régler de lui-même, qu’il disparaisse par magie. Plus encore quand on manque de personnel.

Puis, il y a cette mince ligne entre ce qui exige une action immédiate et ce qu’on pense pouvoir se permettre d’ignorer. On n’imaginerait pas un centre des services scolaire fermer les yeux sur un employé qui frappe un enfant, mais une éducatrice qui crie et qui fait pleurer des élèves? 

Avec laquelle «les enfants ne se sentent pas en sécurité»?

Pourtant, les effets de la violence verbale et psychologique sont bien documentés, on sait tout le mal que ça peut faire.

Et que ça fait.

On parle beaucoup de tolérance zéro à l’école pour l’intimidation, mais les choses se compliquent quand l’intimidateur est un prof ou un éducateur, celui de qui on s’attend qu’il condamne ce genre de comportements. On répète aux enfants qui se font achaler d’aller voir un adulte, encore faut-il qu’ils aient confiance. 

À l’école, ce lien est essentiel, les adultes y sont en position d’autorité. Et ils peuvent faire la différence dans la vie d’un enfant.

Pour le meilleur et pour le pire.