La politique québécoise n’intéresse probablement pas Donald Trump. Il serait donc illusoire pour Philippe Couillard de penser convaincre ou amadouer le président américain.

L’effet Trump chez nous

CHRONIQUE / Donald Trump n’a qu’à bien se tenir! Philippe Couillard est en route pour Washington et New York où il se portera à la défense des intérêts du Québec.

Dans le cynisme ambiant de la campagne électorale, il serait tentant de ne voir qu’une manœuvre partisane dans la démarche du premier ministre. C’est d’autant plus tentant que M. Couillard fait valoir, depuis quelques jours, qu’en raison du contexte économique incertain créé par la guerre commerciale avec Washington, le Québec a besoin d’un gouvernement fort et expérimenté… donc libéral!

Faute de pouvoir dénoncer les souverainistes en campagne électorale, les libéraux seront bien heureux d’exploiter la menace américaine pour semer le doute sur la compétence d’un éventuel gouvernement de la CAQ. C’est de bonne guerre dans les circonstances, d’autant plus que cette menace est bel et bien réelle.

Mais campagne électorale ou pas, le gouvernement Couillard serait malvenu de se croiser les bras et de compter uniquement sur le gouvernement Trudeau pour défendre nos intérêts contre le protectionnisme de Donald Trump. Dans un tel contexte, ce n’est pas seulement le gouvernement canadien qui doit aller au front. Tous les niveaux de gouvernement et les organismes ou institutions qui transigent de près ou de loin avec les États-Unis doivent se faire entendre au sud de la frontière. 

Il est illusoire de penser convaincre ou amadouer Trump. C’est donc sur les autres niveaux politiques et sur la communauté des affaires de nos voisins du sud qu’il faut concentrer nos efforts. La dégelée que le Comité des finances du Sénat américain a servi mercredi au secrétaire au Commerce de Trump, Wilbur Ross, illustre bien l’influence que le Canada peut jouer auprès de la classe politique à Washington.

Le Québec est particulièrement bien placé à ce chapitre en raison de ses relations commerciales étroites avec les États du nord, et de son rôle au sein de la Conférence annuelle de gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre et des premiers ministres de l’Est du Canada. 

Qui plus est, Philippe Couillard ne court pas le risque de Justin Trudeau en dénonçant les politiques de Donald Trump. Le président américain a un trop grand égo pour perdre son temps à répondre aux premiers ministres des provinces, dont il ne connait même pas les noms. Mais M. Couillard a tout intérêt à se porter à la défense du Québec et même de l’Ontario dans la guerre tarifaire qu’a déclenchée Washington sur l’acier et l’aluminium. Un guerre que la Maison blanche menace de faire porter sur l’industrie de l’auto. En campagne électorale, le premier ministre est le seul chef politique du Québec qui dispose de l’autorité nécessaire pour se porter immédiatement à la rescousse de nos industries menacées par les tarifs, et d’aller porter le message à Washington et à New-York. François Legault et Jean-François Lisée peuvent déplorer et dénoncer le protectionnisme de Trump, mais ils ne sont pas en position pour lancer des initiatives en sol américain. Après le 1er octobre ce sera peut-être différent, mais d’ici là, c’est le premier ministre qui parle au nom des Québécois. On peut l’accuser d’électoralisme, mais c’est quand même son devoir.

M. Couillard a fait d’une pierre deux coups dans sa démarche, en téléphonant au premier ministre élu de l’Ontario, Doug Ford. Il a trouvé là une oreille sympathique à cause des dangers que font peser les menaces de Trump sur l’industrie ontarienne de l’auto. Même si Doug Ford n’est pas sur la même longueur d’onde que le Québec dans la lutte contre les changements climatiques, le maintien de bonnes relations avec l’Ontario demeure essentiel, peu importe qui sera au pouvoir après les élections du 1er octobre.