Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud, soutient que la survie du béluga pourrait être mise en péril par tous les projets de transport maritime, notamment celui de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié au Saguenay.

L’écho des bélugas

CHRONIQUE / Les lumières sont au rouge clignotant pour les bélugas, mais aussi pour Québec et Ottawa. En voulant concrétiser trop vite des projets comme celui de Gazoduq pour créer des emplois, les gouvernements risquent de compromettre leur acceptabilité sociale, de leur nuire et d’en payer un prix politique. Les ratés de TransCanada à Cacouna et du projet Trans Mountain dans l’Ouest devraient servir de leçon.

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, soutient que la survie du béluga pourrait être mise en péril par tous les projets de transport maritime, notamment celui de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié au Saguenay visant le marché européen.

Dans une récente entrevue à La Presse canadienne, M. Michaud fait appel à la patience et à la prudence. Il invite les autorités à ne pas accorder d’autorisations aux grands chantiers avant que les projets de recherche financés par Québec et Ottawa soient complétés.

Malheureusement patience et prudence vont difficilement de pair avec l’agenda des gouvernements qui disposent de quatre ans pour dresser le bilan de leurs réalisations. 

Pourtant, les élus ont parfois plus à perdre qu’à gagner en agissant à la hâte et en ignorant les signaux d’alarme lancés par les scientifiques, de surcroît lorsqu’il s’agit de l’habitat d’espèces menacées. 

La précipitation peut s’avérer coûteuse et contre-productive.

Vous vous souvenez du projet de port pétrolier de TransCanada, à Cacouna? Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a été écorché dans ce dossier. Québec et son ministre de l’Environnement, David Heurtel, ont été rabroués par la cour supérieure parce que le processus d’autorisation n’avait pas été réalisé dans les règles de l’art.

Des travaux de forage avaient été autorisés en plein cœur de la pouponnière de bélugas dans le Saint-Laurent. L’analyse ne tenait pas compte du statut précaire du mammifère.

On connaît la suite. TransCanada a abandonné son projet à Cacouna. Pour redorer son image, le ministre Heurtel a finalement posé des conditions au projet Énergie Est et il a versé 5000 $ au GREMM pour financer de la recherche et adopté symboliquement un béluga prénommé «Écho». 

«En nommant notre béluga Écho, nous disons que nous avons entendu l’écho de son cri et qu’ensemble, nous voulons lui assurer un bel avenir», avait expliqué le ministre libéral.

Même si le GREMM et Pêches et Océans Canada invitent à la prudence pour ne pas nuire au plan de rétablissement du béluga dans le Saint-Laurent, l’écho se rend péniblement à Ottawa et à Québec.

Épaulards 

Le sort des épaulards, une autre espèce menacée, n’avait pas non plus été étudié correctement dans le projet d’expansion de TransMountain. 

En août 2018, la Cour d’appel fédérale a jugé que l’Office national de l’Énergie avait omis d’évaluer les répercussions que le transport maritime du pétrole des sables bitumineux pouvait avoir sur les épaulards au large de la Colombie-Britannique. Ce n’était pas la seule carence relevée. 

La Cour a annulé le décret pour l’expansion de l’oléoduc. L’Office et le gouvernement Trudeau ont dû reprendre le travail. Les résultats de ce réexamen ont été dévoilés à la fin de février.

L’Office admet que les épaulards risquent d’être heurtés par les navires pétroliers plus nombreux, d’être désorientés par le bruit sous-marin du trafic maritime. Ce bruit pourrait les affecter doublement du fait qu’il risque aussi de nuire à la population de saumons chinook dont les épaulards se nourrissent.

Malgré les effets négatifs appréhendés, l’Office conseille à Ottawa d’aller de l’avant avec le projet, car il est d’intérêt canadien. 

La crédibilité des processus d’évaluation est mise à mal et la méfiance s’accroît. 

Vendredi, Ottawa a annoncé qu’il investissait 3 millions $ pour mieux documenter les menaces qui pèsent sur l’épaulard de la côte ouest, le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent et la baleine noire de l’Atlantique. 

Le cynisme n’est pas en voie de disparition.