Les virages à gauche ne seront plus possibles partout dans les axes empruntés par le tramway et il ne sera plus possible de traverser à toutes les intersections.

Le tramway pour sortir du trafic

CHRONIQUE / Le projet de tramway ne va pas éliminer la congestion à Québec. Il va aider à freiner l’augmentation du trafic, mais il serait naïf de penser faire disparaître la lourdeur des heures de pointe.

Même les grandes villes qui disposent des meilleurs réseaux de transport public n’y arrivent pas. 

Les championnes en Amérique du Nord pour les déplacements en transport en commun, New York (32,9 %), Toronto (24,3 %) et Montréal (23,5 %), sont prises comme les autres dans la circulation. 

Ce serait cependant bien pire si elles n’avaient pas de transport en commun efficace. Sans tramway, métro et trains de banlieue, ces villes seraient paralysées.

Toutes proportions gardées, c’est ce qui attend Québec avec l’ajout probable de 20 000 nouvelles autos dans l’heure de pointe d’ici 20 ans. 

S’il ne se passe rien, Québec deviendra de plus en plus congestionnée et tout le monde sera perdant. Y compris les citoyens et automobilistes qui doutent encore de l’utilité d’un tramway. 

Ajouter des voies d’autoroutes ou sur les boulevards n’est pas une option. Il faudrait l’équivalent de 11 nouvelles voies, l’équivalent d’un boulevard Charest et d’un boulevard Laurier réunis pour absorber le flot supplémentaire de ces voitures, estime la Ville. 

Ce n’est pas possible, dit-elle. Et pas souhaitable ajouterais-je, la recherche scientifique ayant démontré que ces voies supplémentaires seraient vite encombrées à leur tour. 

L’administration Labeaume, à qui on a souvent reproché de mal «vendre» son projet de transport collectif, tient cette fois un argument solide. 

Un tramway permettra de se «sortir» des routes près de la moitié des 20 000 nouvelles voitures (8700), croit le Réseau de transport de la Capitale (RTC). 

La projection s’appuie sur l’étude de déplacements Origine-Destination de 2017 et sur le profil sociodémographique des utilisateurs de transport en commun. 

Dans les faits, les résultats dépendront de l’efficacité et de la fiabilité du futur réseau. 

Je continue de penser qu’on pourrait espérer de meilleurs résultats si le tramway traversait sur la rive sud, mais la politique en a décidé autrement. Dommage.

Avec 8,5 % de déplacements en transport en commun aux heures de pointe, la grande région de Québec est à la traîne, loin derrière les meilleures. 

La proportion est cependant plus élevée dans les quartiers centraux, ce qui rappelle que l’utilisation du transport en commun dépend pour beaucoup de la qualité de l’offre.

L’autobus a montré ses limites. Si on espère convertir davantage d’automobilistes, il faut pouvoir leur offrir un service plus fiable, plus fréquent, plus rapide et plus pratique. C’est le pari du tramway.

Québec espère ainsi hausser la part modale du transport en commun de 8,5 % à 11 %.

C’est à la fois peu et beaucoup. 

Peu si on s’arrête au pourcentage. Quand on investit 3,3 milliards $ d’argent public dans un projet, le premier réflexe serait de s’attendra à plus que quelques points de pourcentage. On pourrait même se demander si ça en vaut vraiment la peine. 

Ces quelques points de pourcentage représentent cependant près de 11 millions de déplacements à la première année d’exploitation et 2 millions supplémentaires au bout de 15 ans. 

C’est autant de déplacements qui ne se feront pas en auto. 

La progression peut sembler lente, mais ce n’est pas inhabituel quand on regarde Montréal où la part modale du transport en commun est passée de 22,1 % à 23,5 % entre 2001 et 2016. 

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Québec songe à réduire la fréquence du tramway aux heures de pointe. La «promesse politique» était d’offrir un service aux trois minutes. On parle maintenant de quatre minutes.

Cette minute en dit long sur les compromis et arbitrages qui seront nécessaires pour réussir ce projet de tramway.

D’un côté, on voudrait une fréquence la plus rapide possible pour accroître l’efficacité du tramway et convaincre le plus grand nombre possible de voyageurs. 

On peut penser que chaque minute perdue enlève à l’efficacité et à l’attractivité du tramway. 

De l’autre côté, il ne faut pas rendre la ville impraticable pour ceux qui ne prendront pas le tramway.

Les tramway et trambus auront pleine priorité à tous les feux de circulation (sauf pour les véhicules d’urgence). Les automobilistes qui voudront traverser sur des voies perpendiculaires devront donc attendre leur tour.

Plus la fréquence du tram sera rapide, moins il restera de temps disponible pour traverser. Les files d’attente vont donc s’allonger aux intersections. Dans certains cas, le temps moyen des déplacements sur les axes perpendiculaires au tramway pourrait doubler.

On peut comprendre que la Ville souhaite limiter ce dommage collatéral. Déjà que l’opposition (et d’autres) voient dans ce projet de tramway une déclaration de «guerre à l’auto».

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Les études d’achalandage et de circulation rendues publiques cette semaine aident à prendre la mesure des changements qui nous attendent. 

Les virages à gauche ne seront plus possibles partout dans les axes empruntés par le tramway et il ne sera plus possible de traverser à toutes les intersections. En fait, ce sont toutes les habitudes de circulation autour des axes de tramway et de trambus qui seront bouleversées. 

Il y aura des gagnants et des perdants. Des automobilistes devront se trouver de nouvelles routes vers le travail, parfois s’astreindre à des détours ou subir une circulation de transit supplémentaire devant leur domicile. 

Inversement, d’autres profiteront d’une réduction de la circulation de transit si leur rue ne permet plus de traverser René-Lévesque ou une des voies qu’empruntera le tramway. 

Les piétons compteront parmi les gagnants. Ils ne sont pas visés par les interdits de virage à gauche et autres contraintes de circulation. Partout où passera le tramway, la traversée devrait leur être facilitée.

Sauf exception, la valeur des propriétés à proximité des voies de tramway et des stations devrait augmenter, ce qui voudra peut-être dire plus de taxes à payer. 

Il y aura des perdants le long des chantiers du tramway. Et des gagnants ailleurs, si les clients délaissent un commerce pour un autre. La Ville a déjà prévu dédommager les commerçants qui pourront prouver un dommage. 

Au-delà des impacts particuliers pour les uns ou les autres, c’est l’ensemble de la ville qui devrait y gagner si le tramway devient le moyen de transport efficace qu’on espère et remplit ses promesses de limiter l’aggravation de la congestion.