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François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le tramway réglé ou presque, deux questions vont se poser : le maire Labeaume se sentira-t-il la même «obligation» de rester?
Le tramway réglé ou presque, deux questions vont se poser : le maire Labeaume se sentira-t-il la même «obligation» de rester?

Le tramway et l’avenir du maire Labeaume

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CHRONIQUE / Le tramway réglé ou presque, deux questions vont se poser : le maire Labeaume se sentira-t-il la même «obligation» de rester?

Et de quoi va-t-on parler l’automne prochain si ce n’est plus une élection «référendaire» sur le tramway?

Je n’ai pas toutes les réponses, mais on peut rappeler quelques faits.

Je fais commencer l’histoire en mai 2017. Avant la dernière élection. Avant le cancer du maire. Avant la barbe. Avant la CAQ au pouvoir et longtemps avant la pandémie.

M. Labeaume cherchait à se remettre de l’échec du projet de transport avec Lévis et voyait venir la prochaine campagne.

Nous lui avions posé la question sur ce qu’il voulait laisser.

À 61 ans, il s’estimait «trop jeune» encore pour parler du legs de son administration. «Je ne suis pas rendu là», avait-il insisté, pour ajouter ensuite :

«Je suis comme tout le monde, quand je vais quitter, je veux avoir marqué la ville pour longtemps.»

Il pensait à des parcs le long des rivières et du fleuve, mais n’écartons pas trop vite un legs de transport en commun, avait-il prévenu.

Il n’y avait alors rien de concret sur la table, mais le premier ministre Couillard, on l’apprendra plus tard, l’encourageait en coulisse à voir grand pour Québec en lui promettant que l’argent serait là.

L’idée de legs a fini par s’incarner dans le tramway. Je ne peux pas m’en aller sans bâtir ce projet-là, a-t-il répété cet hiver.

C’est maintenant chose faite ou presque.

Si j’étais Labeaume, une fois le projet définitivement adopté, j’irais voir ailleurs, m’écrit un observateur très attentif de la vie municipale. Je sais que beaucoup d’autres pensent la même chose.

Les prochaines années ne seront pas de tout repos à la mairie de Québec. Il faudra gérer les conséquences humaines et financières de l’après-COVID et la grogne des travaux du tramway avec des rues éventrées par les pépines devant des commerces et résidences.

Il n’y aura même pas le plaisir de couper le ruban du tramway, une mise en service n’étant pas possible avant 2026. Le plaisir d’une première pelletée de terre peut-être.

M. Labeaume évaluera, j’imagine, ce qu’il a à gagner d’un autre mandat. Et se demandera si autre chose lui ferait davantage envie que le métier de maire.

Le sondage Léger du mois dernier donnait au maire une majorité d’appuis (52 %).

Le sondage Léger du mois dernier donnait au maire une majorité d’appuis (52 %). Pas autant que dans les années glorieuses, mais beaucoup pour un maire de grande ville en poste depuis 14 ans.

Son mandat actuel ne fut pas, comme on l’entend parfois, le «mandat de trop».

Il aura fait passer un audacieux projet de transport en commun.

Je pense aussi à son empathie pendant la pandémie, à sa sensibilité aux démunis et laissés-pour-compte, aux politiques d’habitation et d’aménagement, etc. Une moyenne honorable, malgré des ratés, contradictions et sautes d’humeur.

On lui reproche encore, avec raison, de ne pas avoir eu l’honnêteté ou le courage de parler de tramway pendant la campagne 2017.

Il pourrait corriger ce «déficit démocratique» en revenant faire campagne l’automne prochain. Mais cela n’effacera pas l’histoire.

Et puis il vient un moment où il ne suffit plus de se demander si Labeaume a bien agi en 2017, mais si on croit que le tramway est un bon projet pour Québec. Ici, les avis divergent.


Bruno Marchand, directeur général de Centraide à Québec, n’a pas attendu la décision de M. Labeaume pour laisser couler qu’il sera candidat à la mairie avec un nouveau parti.

Que le maire y soit ou pas. Cela témoigne d’un certain courage. Ou d’une belle insouciance.

En novembre dernier, le maire avait confié que s’il choisissait de partir, il allait «appuyer quelqu’un». Il avait son idée déjà.

Lorsque le nom de M. Marchand, peu connu du grand public, a surgi quelques semaines plus tard dans un sondage Léger-Journal de Québec sur la mairie, j’ai pensé que c’était peut-être lui, le dauphin.

Je sais que d’autres y ont pensé aussi.

Une certaine similitude des profils de MM. Labeaume et Marchand. Un fil conducteur.

Deux hommes de «gauche», formés en sociologie, sensibles aux enjeux de pauvreté, d’entraide, de santé mentale et d’égalité sociale et ayant leurs entrées dans les milieux d’affaires et institutionnels.

M. Marchand décline pour l’instant les demandes d’entretien, mais son entourage assure que «Bruno Marchand n’est pas le dauphin de Labeaume».

Ils se connaissent, ont collaboré à Centraide, mais entre les deux, pas d’atomes crochus.

On verra bien.

Le nom du nouveau parti, «Québec forte et fière», fait davantage penser à un slogan touristique qu’à une formation politique. C’était d’ailleurs un des slogans proposés avant que la Ville lui préfère «L’accent d’Amérique».

Je ne connais pas M. Marchand. On le dit charismatique et excellent tribun, capable de parler sans texte. Et de convaincre, si on en croit les résultats des campagnes de Centraide. Il a ce qu’il faut pour devenir une «bête politique», me dit-on.

Peut-être, mais l’expertise sociale risque de ne pas suffire pour mettre sur la table un projet de ville crédible et qui se démarque.

La réussite dépendra de la qualité de son équipe et de la place qui sera faite aux idées de tout le monde, ce qui ne va pas toujours de soi pour les gens très talentueux.


Le tramway «réglé», de quoi sera faite la prochaine campagne?

Le parti Québec 21 de Jean-François Gosselin a déjà annoncé ses couleurs. Il voudra faire le plein des opposants au tramway qui auraient encore espoir de renverser la vapeur.

On peut le voir comme un combat d’arrière-garde, mais dans une lutte à plusieurs partis, toutes sortes d’accidents statistiques sont possibles.

Si le tramway reste l’enjeu, il y aura congestion dans le camp du «oui» : Équipe Labeaume (ou celle qui lui succédera), Démocratie Québec (chef Jean Rousseau), Transition Québec (cheffe Jackie Smith) et Québec forte et fière (chef pressenti Bruno Marchand).

Et si ce n’est pas le tramway, il y aura congestion sur les enjeux sociaux, d’habitation, de qualité de vie, d’environnement et de démocratie dont tous se réclament, incluant Québec 21.

Outre le tramway et la personnalité des chefs, la polarisation pourrait se faire ailleurs. Sur le projet Laurentia par exemple, avec équipe Labeaume (ou celle qui lui succédera) d’un côté, et tous les groupes d’opposition de l’autre.

Je nous mets déjà au défi de tirer des conclusions si le prochain conseil devait être minoritaire.

Un maire pro-tramway ou pro-Laurentia par exemple, avec un conseil municipal qui serait contre. Ou le contraire. Comment interpréter alors ce que les citoyens ont voulu dire?

C’est un des risques des élections à caractère référendaire. On sait encore moins que dans les autres élections si les citoyens ont choisi un chef, un projet ou une vision d’ensemble.