Les enfants gagnent à vivre des situations de la vie quotidienne, comme aller à l’épicerie.

Le temps de quantité

CHRONIQUE / Ménage, popotte, épicerie, magasinage divers. J’essaie de faire le plus de tâches possible quand mes filles ne sont pas là. C’est plus efficace, et j’achète un peu la paix, puisqu’elles n’aiment pas vraiment faire les courses.

Même si ça veut dire parfois de les laisser plus longtemps à la garderie ou au service de garde. Elles s’amusent là-bas, non?

En même temps, je garde souvent en tête l’extrait d’une entrevue que Gregory Charles avait accordé à Franco Nuovo, en 2016, à Radio-Canada. Il y parlait du temps de quantité. Ça tranchait avec ce que l’on entend habituellement, soit le temps de qualité. Je suis retombée dessus en faisant des recherches.

L’artiste expliquait que sa mère ne croyait pas à ça, le temps de qualité. Que c’était «une affaire qu’on a inventée, notre génération. […] Elle était convaincue que le seul temps qu’il y a, c’est du temps de quantité. Parce que, des enfants, c’est rare qu’ils sont prêts à te parler au moment où toi tu es prêt.»

Qu’il fallait donc être présent. Il disait lui-même essayer d’être là le plus possible, même si ce n’est pas évident pour tout le monde.

J’avais trouvé ça sensé. Effectivement, il se peut que ton enfant se mette à te parler de quelque chose d’important pour lui, même si tu es en train d’éplucher des patates ou de plier du linge. Et pas nécessairement pendant que tu fais du vélo ou de l’escalade avec lui.

Mais évidemment, avec les horaires chargés de la plupart des parents, même si on voulait augmenter la quantité de temps, c’est loin d’être toujours facile. Allô la culpabilité.

Une étude publiée en 2015 (Does the Amount of Time Mothers Spend With Children or Adolescents Matter? ), qui s’attardait à la quantité de temps que les mères passent avec leurs enfants, avait dressé un constat étonnant : non, la quantité de temps passé avec votre enfant n’influe pas sur ses résultats, qu’ils soient comportementaux, émotifs ou scolaires.

En fait, même si les parents de jeunes enfants se mettent beaucoup de pression pour être présents, ce sont surtout les adolescents qui tirent profit de plus de temps avec leurs parents. Ils seraient moins enclins à des comportements délinquants.

On ne s’était toutefois pas attardé à la qualité des activités.

Une autre étude (When Does Time Matter?) avait toutefois permis de constater que les activités de qualité comme la lecture (en comparaison avec écouter la télé ensemble), avaient bien un effet positif.

Le pédiatre Jean-François Chicoine du CHU Sainte-Justine indique d’entrée de jeu que le temps de qualité et de quantité ne sont pas des notions opposées, mais bien liées.

L’enfant va développer un lien avec son parent quand on répond à ses besoins, répète-t-il. Alors même si vous faites le souper, si vous êtes disponible pour lui, ce temps compte, même si vous ne brassez pas la sauce à spag ensemble!

Plus que des loisirs
On a souvent tendance à associer temps de qualité avec loisir ou stimulation. «Il a été stimulé de 8h à 17h. Des fois, il veut avoir la paix. Et avoir la paix, ça peut être de faire une activité dans laquelle il va découvrir le monde.»

Les enfants gagnent donc à vivre les situations de la vie quotidienne. C’est d’autant plus important que la vie de nos jeunes est de plus en plus virtuelle. Une bonne dose de concret, ça ne peut que leur faire du bien.

«Ce sont des tâches de vie auxquelles l’enfant doit être invité à participer. Dans nos sociétés, on le prive beaucoup de ça.» Surtout en banlieue, remarque Dr Chicoine. «On essaie de se dépêcher pour tout faire avant de rentrer à la maison pour ne pas ressortir.»

Alors, on trimballe les enfants à l’épicerie? Oui. L’enfant va y découvrir des sons, des odeurs, des gens différents. Il va peut-être vous perdre quelques minutes. «Se perdre, c’est extraordinaire comme aventure formatrice!» rigole le docteur Chicoine.

Mais il faut aussi avoir l’énergie cette journée-là et savoir s’écouter. Si vous savez que vous allez pogner les nerfs après votre enfant parce que ça ne va pas assez vite, vaut mieux y aller seul!

Même chose si vous êtes content d’aller chercher votre enfant plus tôt, mais que vous devez répondre à une tonne de courriels. Rien de plus humiliant pour un enfant que de sentir qu’il intéresse moins son parent qu’une machine, précise le pédiatre.

Laissez-le alors à la garderie ou à l’école. Surtout si vous savez qu’il est entre bonnes mains, avec un éducateur ou un entraîneur attentionné.

Donc, pour avoir du temps de qualité, il faut avoir du temps... en quantité. Ne pas être trop pressé. Être disponible. Mais il faut aussi cesser de culpabiliser quand vous ne pouvez pas être là. Il semble que votre enfant ne s’en portera pas moins bien.

Et pour votre ado, ne reste plus qu’à le convaincre de passer plus de temps avec vous!