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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Thomas Breton, élève de secondaire V, se voit obligé de repousser d’un an son rêve de devenir pompier en raison des délais causés par la pandémie pour avoir son permis de conduire.
Thomas Breton, élève de secondaire V, se voit obligé de repousser d’un an son rêve de devenir pompier en raison des délais causés par la pandémie pour avoir son permis de conduire.

Le rêve (repoussé) de Thomas

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CHRONIQUE / Thomas Breton n’avait rien de bien différent des p’tits gars qui rêvent de conduire le gros camion rouge des pompiers qui fait pimpon pimpon.

Sauf qu’il y rêve encore.

Il se rappelle très bien, en cinquième année. «À partir de ce moment-là, je sais que c’est ça que je voulais faire dans la vie. Et il n’y avait pas seulement le côté éteindre des feux, il y avait aussi le fait d’aider les autres. Depuis ce temps-là, ça n’a jamais changé, c’est toujours ce que j’ai voulu faire.»

Son rêve est devenu une passion. «Plus ça allait et plus ça augmentait. J’ai commencé à écouter les ondes radio et je me suis dit : “je vais aller voir ce que ça a l’air”. Le premier feu où je suis allé, c’était à L’Ancienne-Lorette, je suis allé avec ma mère, avec son appareil photo. Le but, c’était de montrer c’est quoi le métier de pompier, ça reste un métier qui est méconnu. Pour tout le monde, c’est éteindre des feux, mais c’est beaucoup plus, il y a le contact avec la communauté, il y a les sauvetages aussi.»

Et le côté humain. «Les pompiers sont toujours là et ils repartent sans dire un mot. Derrière le masque, il y a un humain.» 

Alors, quand est venu le temps de faire son choix de carrière au secondaire, il n’a pas hésité une seconde. «J’étais chanceux, je savais ce que voulais faire. Je me suis informé sur les programmes de formation, j’ai choisi le Collège Notre-Dame-de-Foy, j’ai envoyé mon dossier le plus tôt possible.»

Parmi les préalables, il y a l’obtention du permis de conduire. 

Quand j’ai eu mon permis au siècle dernier, on avait un permis d’apprenti qui nous permettait de conduire avec quelqu’un à côté, on suivait des cours théoriques et pratiques obligatoires et quand on était prêt, on allait passer l’examen à la SAAQ pour avoir notre «vrai» permis de classe 5.

Maintenant, c’est pas mal plus compliqué. Ça se ressemble jusqu’à l’obtention du permis d’apprenti, mais après, il faut attendre 12 mois avant de passer à l’étape suivante, un permis probatoire de deux ans, après quoi on peut avoir son vrai permis. 

En temps normal, Thomas y serait arrivé.

Mais nous ne sommes pas en temps normal. «J’ai eu 16 ans le 27 avril, mais avec la pandémie, tout était arrêté. Il a donc fallu que j’attende et, quand ça a recommencé, il y avait beaucoup d’attente. Il y en a encore. Avec tous les délais, j’ai réussi à avoir mon permis d’apprenti en février…»

Pour entrer à l’école, il lui faut au moins son probatoire. Et pour l’obtenir, il doit avoir eu son permis d’apprenti depuis minimum 12 mois. Calculez ça comme vous voulez, il pourrait avoir le probatoire au mieux en février 2022. Impossible, donc, de commencer sa formation à l’automne. «J’en ai tellement rêvé. C’est de la faute à personne, mais je ne peux pas croire qu’il n’y a rien à faire.»

Thomas a contacté le Collège Notre-Dame-de-Foy, la SAAQ, l’école de conduite, en vain. L’exigence vient de la SAAQ, qui n’est prête à aucun assouplissement. Il a aussi demandé l’aide de sa députée, Joëlle Boutin. 

«Ce que j’ai suggéré, c’est que l’école puisse m’enseigner en attendant mon permis probatoire. Mon but, c’est de pouvoir être admis au programme cette année, ça fait 16 ans que j’attends ça!» 

Surtout que, «lorsque je m’étais informé à l’école au début, quand je leur ai dit que je n’aurais pas mon permis probatoire à temps, ils m’ont dit de ne pas m’en faire avec ça, qu’ils ne me refuseraient pas pour ça.»

Ce n’est pas eux qui ont le dernier mot, c’est la SAAQ.

Tout indique que Thomas devra attendre une année encore, ses espoirs sont tombés un à un. Il a perdu le dernier il y a quelques jours quand il a reçu la réponse d’un conseiller politique de Joëlle Boutin. «J’ai effectué plusieurs démarches auprès du cabinet du ministre des Transports, M. Bonnardel, dont la SAAQ est un organisme sous la juridiction de ce ministère. Malheureusement, j’ai reçu une réponse négative à ma demande. Il n’y a pas de dérogation qui soit possible.»

Thomas a tenu à me dire que ce conseiller avait fait «un travail incroyable».

Il se retrouve quand même le bec à l’eau. 

«C’est fini, m’a-t-il écrit par courriel après avoir reçu ce verdict final. Je vais être forcé d’attendre une année de plus. J’ai perdu la bataille. Au moins, je sais que j’ai fait tout ce que je pouvais. Je ne sais pas vraiment encore ce que je vais faire, je suis perdu et encore sous le choc de la nouvelle. J’ai l’impression qu’on vient de m’arracher une grande partie de moi. Je sais que mon rêve n’est pas mort, mais le choc de la nouvelle après tout mon travail est comme une bombe qui a explosé en dedans.» 

Il ne lui reste qu’à continuer à conduire avec son permis d’apprenti — et avec quelqu’un à côté de lui —, et attendre que son école de conduite l’appelle pour faire ses cours pratiques. «Je suis sur une liste d’attente depuis février. Il y a deux ou trois jours, ils m’ont offert une première place, mon premier cours sera le 1er avril. Je n’ai pas eu de nouvelles pour les autres cours, ils sont débordés.»

Et que fera-t-il cet automne? «Je risque d’aller faire un tremplin DEC pour avancer mes cours de base. Le défi sera de trouver la motivation, alors que je sais très bien qu’en temps normal, j’aurais été accepté.» 

Et dans trois ans, il aurait été pompier.