Le retour de l'enfant prodigue

CHRONIQUE / Patrick Roy revient aux Remparts, où il incarne ce qui a si cruellement manqué au hockey à Montréal depuis quelques années : la passion et le plaisir.

On pourrait y ajouter cet autre mot, «attitude», qui a beaucoup servi à expliquer les récents déboires du Canadien et qu’on ne risque pas d’entendre à Québec.

Roy ne revient pas en sauveur ou en héros, mais pour l’excitation de «renouer avec les amateurs de hockey». Avec ces partisans des arénas de province qui arrivent longtemps avant l’heure des matchs pour avoir les meilleures places possible. 

Il revient pour le plaisir de prendre le bus pour Val-d’Or ou le Cap-Breton et d’avoir «la chance de parler avec les gens et d’avoir du plaisir». «J’adore être avec les gars, l’esprit de groupe, la camaraderie.»

Il revient pour «l’amitié» et parce qu’il a senti que «les gens voulaient le ravoir», analyse le président des Remparts, Jacques Tanguay. «Ça joue dans une décision.»

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Mais qu’on ne se trompe pas. Patrick Roy revient aussi pour gagner. C’est dans son ADN. «Le côté compétiteur ne changera jamais», dit-il. «Que ce soit à jouer au Monopoly ou au golf avec des chums

Ce qui a changé, c’est «l’approche». «On ne réagit pas de la même façon avec un vécu», explique-t-il.

Patrick Roy estime être «très différent» de l’homme qui a quitté les Remparts il y a cinq ans, puis le Colorado il y a deux ans. À 52 ans, on n’est pas «pareil qu’à 40 ou à 42. Les points de vue sont différents. On finit tous par progresser et s’améliorer», croit-il.

Est-il aujourd’hui plus sage et moins émotif?

«On verra après les défaites», jette-t-il avec humour, semant l’hilarité dans le parterre ravi de journalistes, employés, commanditaires et amis des Remparts. 

«J’ai appris beaucoup et j’ai beaucoup à partager», croit-il aujourd’hui. 

Le succès et la renommée pourraient lui avoir monté à la tête, mais c’est tout le contraire. Il regarde son parcours avec lucidité et humilité. «Avec les Remparts, j’ai fait des bons coups, des moins bons; avec l’Avalanche aussi». 

Même lorsqu’il a été nommé entraîneur de l’année dans la LNH (2013-2014), il a gardé son regard critique : «Le pire dans tout ça, c’est que je deviendrai probablement un meilleur entraîneur, mais je ne gagnerai plus jamais le Jack-Adams», avait-il prédit.

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Ses deux derniers hivers de retraité en Floride lui ont laissé du temps «pour faire une réflexion». «J’ai adoré mes deux saisons», dit-il, «mais à 52 ans, c’est peut-être un peu jeune pour s’adonner juste au golf. J’ai trouvé ça un peu long.»

Pourtant, il ne cherchait pas d’emploi et sans doute serait-il retourné au golf l’automne prochain si Philippe Boucher n’avait pas choisi de quitter les Remparts. Lorsqu’il a reçu l’appel du président Jacques Tanguay, il ne s’est pas fait tirer l’oreille. 

Il a cependant voulu retourner d’abord dans les arénas de la LHJMQ vérifier si sa passion y était toujours. «Ça n’a pas été long», dit-il. 

En regardant les matchs, il remettait en question des décisions des entraîneurs. Se demandait ce qu’il aurait fait à leur place. Il a vu que sa «passion pour la position d’entraîneur» y était toujours.

Il a fait alors ce qui était pour lui la seule chose à faire : «J’ai écouté mon cœur».

Jacques Tanguay a toujours gardé le lien avec son ancien co-propriétaire, dg et entraîneur. Il constate que sa recrue «a pris de la maturité, comme tout nous autres». Il voit revenir un Patrick Roy «beaucoup plus réfléchi», qui «prend son temps avant de prendre une décision importante», comme celle de revenir.

Ce que M. Tanguay espère, c’est que Roy «n’a pas changé derrière le banc et qu’il n’a pas changé d’attitude». Pour le reste, il sait que son nouvel entraîneur «n’a rien perdu de son goût de travailler, de voir aux détails. C’est un perfectionniste. C’est dans sa personnalité». 

Patrick Roy voit comme un «privilège» de pouvoir «revenir à la maison». Une maison qu’il n’a jamais vraiment quittée, revenant passer ses étés à sa résidence de Lac-Beauport.

Il revient avec le recul de celui qui a séjourné à l’extérieur. «Québec, c’est une ville qui est bien faite», analyse-t-il. «Une ville facile d’accès peu importe où tu veux aller.»

Tous ne seront pas de cet avis, mais il insiste. «Va pas à Montréal, va pas au Colorado, pis va pas en Floride, tu vas voir que Québec c’est pas si pire que ça.»

Quand il a quitté les Remparts, il mettait 18 minutes à se rendre au Colisée; 26 minutes dans le trafic de l’heure de pointe. «Fait qu’on n’en parle pas. On garde ça pour nous autres.»

Il retrouve à Québec une «qualité de vie» qu’il a toujours vantée et qui pour lui tient d’abord à ce que «les gens sont accessibles, te saluent, sont généreux, ont des bonnes valeurs et sont joyeux». 

«On s’amuse à dire qu’on est un village, mais c’est un beau village.»

Plusieurs verraient comme un pas en arrière de retourner dans des fonctions qu’ils ont déjà occupées par le passé. Ou auraient l’impression d’avoir déjà fait le tour du jardin. 

Pas lui. 

«Je l’aime bien mon jardin» et «je ne me sens pas diminué; ça me fait rire un peu tout ça», s’étonne-t-il. «Il me semble que dans la vie, on fait ce qu’on aime» et lui avait juste le «goût d’être là, de travailler chez moi, dans ma ville».

Avec le retour de Roy chez les Remparts, Québec ne retrouve pas juste son enfant prodigue. Elle retrouve un ambassadeur qui transcende le monde du hockey.

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