Le puissant et fougueux ministre Jolin-Barrette n’a pas démérité de la confiance placée en lui par François Legault.

Le puissant Simon Jolin-Barrette

CHRONIQUE / C’est «un jeune homme brillant qui gagne à être connu», avait confié le chef de la Coalition avenir Québec en 2015 en parlant de son député Simon Jolin-Barrette. Quatre ans plus tard, et huit mois après avoir été nommé ministre, Simon Jolin-Barrette est la figure la plus connue du gouvernement à travers le Québec.

Puissant, le jeune homme? C’est le moins que l’on puisse dire.

La situation est unique : c’est lui qui fera atterrir, à titre de leader parlementaire du gouvernement, les deux gros projets de loi qu’il parraine lui-même à titre de membre du conseil des ministres, celui sur l’immigration et celui sur la laïcité. Il les fera atterrir sous bâillons législatifs, qui plus est. La situation est bel et bien unique.

Simon Jolin-Barrette porte plusieurs chapeaux à la fois. C’est ce qui explique que l’étude détaillée du projet de loi sur la laïcité n’a commencé que récemment.

Le puissant et fougueux ministre n’a pas démérité de la confiance placée en lui par François Legault. Mais mener deux projets de loi comme ceux-là de front dans les délais requis était presque une mission impossible.

Il aurait fallu une opposition officielle docile pour qu’il y parvienne. Or, ce n’est pas ce qu’a été le groupe parlementaire libéral.

Bouclier

La cote du gouvernement de François Legault ne souffrira pas de l’imposition de deux bâillons législatifs. Sa popularité agit comme un bouclier. Elle le protège.

Pour qu’un gouvernement pâtisse du recours à une telle mesure d’exception, même si ce n’est que sur le moment, il faut qu’il soit déjà impopulaire. L’imposition d’un bâillon renforce alors un sentiment négatif déjà existant.

Rien de tout ça pour un gouvernement populaire comme celui de M. Legault.

Question : dans quelques mois, une fois passé le moment de grâce dont il bénéficiera encore dans l’opinion publique en raison de l’adoption des projets de loi sur l’immigration et la laïcité, le gouvernement deviendra-t-il plus vulnérable aux critiques? Ces deux projets comptent pour beaucoup dans le bouclier qu’il a actuellement en main, en tout cas.

Restons sur la laïcité. S’agissant d’un projet de loi recourant à des dispositions dérogatoires pour le soustraire à certains volets des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, et qui modifie la charte québécoise, il aurait été préférable à mes yeux de poursuivre le débat au moins jusqu’au vendredi 21 juin. Pourquoi jusque-là? Parce qu’il n’aurait pas été saugrenu que les parlementaires soient à l’Assemblée nationale jusqu’à cette date.

Sur le fond, il demeure regrettable à mes yeux que la nécessaire clause de droit acquis ne suive pas les personnes visées dans leur cheminement professionnel. Je pense à l’enseignante qui obtiendrait une promotion ou changerait d’employeur. Elle perdrait cette protection. La clause est bien restrictive.

Mais il en existe au moins une, c’est vrai. Ce n’était pas acquis d’avance. Simon Jolin-Barrette y tenait, même si beaucoup de ses collègues caquistes y étaient opposés. Sur cet élément clé, François Legault s’en est remis au «jeune homme brillant qui gagne à être connu». C’était politiquement bien vu. Cette clause a limité l’opposition.

Un dernier mot : si le gouvernement de Jean Charest ou celui de Philippe Couillard avaient donné suite au rapport Bouchard-Taylor, les enseignants ne seraient pas concernés par les restrictions à venir.