À l’Université Laval, Guildor Michaud a fait partie de l’Association des poètes québécois.

Le p’tit gars de Drummond

CHRONIQUE / Il n’y avait aucun livre dans la maison où a grandi Guildor Michaud, pas plus qu’à l’école du rang d’ailleurs.

Il fallait aller à l’école du village.

«Il y avait à peu près 50 livres dans une petite étagère, je la revois encore. Cinquante livres, dont 47 biographies de saints... et je les ai toutes lues! Il y avait aussi Le Dernier des Mohicans, Premier de Cordée. J’ai toujours aimé lire, je lisais tout ce qui me tombait sous la main!»

À 14 ans, première peine d’amour, premier poème.

Ses parents parlaient français, la paroisse aussi. L’anglais était tout autour, dans un Nouveau-Brunswick pas encore bilingue. Déjà, Guildor savait sa langue fragile. Il consignait dans des cahiers lignés des passages de ces lectures, il en avait apporté un à notre rencontre, il y avait dedans du Rilke, du Verlaine. «Je copiais et je mémorisais les choses que j’aimais.»

L’école qu’il fréquentait n’était française que de nom. «À part la grammaire et le catéchisme, tout était enseigné en anglais. Les examens qu’on nous faisait passer étaient en anglais.»

Guildor est devenu un anglophone contrarié, un peu comme les gauchers à l’époque, qu’on forçait à écrire de la main droite. «À la fin de ma 12e année, j’étais plus incompétent en français qu’en anglais. Je n’aimais pas ça. Je détestais ça. Je trouvais ça injuste qu’un petit francophone doive maîtriser la langue de l’autre.»

Il avait son inaccessible étoile, l’Université Laval. 

Il a rencontré sa Marthe à l’école normale, il est devenu, comme elle, enseignant. En français. «En 1956, on a eu chacun un poste. Elle, on la payait 1100 $ pour l’année, avec 38 élèves. Moi, 1600 $ pour 31.»

Déjà, l’iniquité.

Puis, ils se sont mariés. «On s’est mariés en 1958 et on ne voulait plus d’elle. À l’époque au Québec, on n’engageait pas de femmes mariées. Et c’était impossible de vivre avec un unique revenu... On est partis en Ontario, puis dans le nord de l’Alberta, à Rivière-la-paix, ils nous payaient 3000 $ chaque! C’était des Québécois qui avaient immigré là pendant la Grande crise...»

Ils ont fait une année là-bas, sont revenus au Québec, à Arvida. «J’enseignais l’anglais à des francophones et le français à des anglophones!»

Il s’approchait de Québec.

Lui et Marthe sont arrivés dans la capitale, enfin pas tout à fait, dans ce qui était la ville d’à côté, Sainte-Foy. Guildor a tout de suite trouvé un emploi. Et il a touché à son étoile, qui n’était pas inaccessible, finalement. «J’enseignais l’anglais à temps plein en huitième année et j’étudiais à temps plein.»

En littérature, évidemment. Il a fait son bac et sa maîtrise.

Il a alors repensé à ce professeur de Drummond à qui il avait confié qu’il aimerait écrire un jour. «Il m’a dit que je n’avais pas les moyens de mes ambitions.» Guildor a continué à écrire, de moins en moins en anglais. Des histoires et des poèmes qu’il composait, entre autres, pour sa Marthe. 

À l’Université Laval, il a fait partie de l’Association des poètes québécois. «On publiait la revue Poésie, j’en ai été responsable pendant trois ans.»

Guildor voulait publier pour vrai. «Ça faisait longtemps que je pensais à ça. Il y a 30 ans, lorsque j’ai eu peu plus de liberté, plus de temps, je me suis mis à écrire. Et je me suis rendu compte que ce n’était vraiment pas évident, que ce n’était pas très facile de trouver un éditeur.»

Il a publié Abilène, le monde au féminin. «C’est une fable, une histoire qui se passe dans une ruche.» Les quelques centaines d’exemplaires ont été vendus. 

Il a remis ça en 2001 avec Le Morveux, qui se passe dans le coin de pays où il a grandi. Pas une autobiographie, mais un décor familier, dont il connait les accents et le terreau. Il ne s’est pas arrêté là, a poursuivi avec Nooooon! et Kathie et Jérémie, où on retrouve les mêmes personnages, à différentes époques. «Ce ne sont pas des suites, c’est plutôt une série parallèle.»

Tout de même un témoignage du Nouveau-Brunswick où il est né, où, francophone, il a dû se battre pour préserver sa langue. 

Avec Verlaine, un crayon et des feuilles lignées.