Philippe Couillard et son cabinet en avril 2014

Le «premier mandat» de Philippe Couillard…

CHRONIQUE / Petite confidence… je me suis fait réprimander par un lecteur pour avoir parlé des 15 ans du régime libéral dans ma chronique de jeudi. Il avait raison : les libéraux ont été au pouvoir d’avril 2003 à septembre 2012, et ils ont été réélus en avril 2014. Ce qui leur fera donc 13 ans et 9 mois à la tête du gouvernement en octobre.

Tant qu’à faire amende honorable, je pourrais même concéder que c’est un premier mandat du gouvernement Couillard qui prendra fin aux élections. Quatorze des 29 ministres en sont à leur premier mandat. Il s’agit de Carlos Leitão, Gaétan Barrette, Martin Coiteux, Sébastien Proulx, Dominique Anglade, François Blais, Hélène David, André Fortin, David Heurtel, Véronyque Tremblay, Isabelle Melançon, Marie Montpetit, Luc Fortin et Luc Blanchette. Ils ont tous été élus pour une première fois en 2014, sauf pour Proulx et Tremblay en 2015. Robert Poëti a été élu en 2012.

Bref, la moitié des membres du conseil des ministres et ceux qui occupent les postes les plus importants terminent actuellement leur premier mandat. Ce ne serait donc pas faux de prétendre que le gouvernement de Philippe Couillard termine son premier mandat, mais ce n’est pas l’image qui domine dans le discours public. 

Il arrive même aux libéraux de dire que leur plus gros handicap est le fait d’avoir été au pouvoir depuis 2003. Le règne de Pauline Marois a été tellement court qu’on a fini par l’évacuer du débat public. Pour bien des gens, les libéraux sont au gouvernement depuis 15 ans, et le moment du grand changement est arrivé. 

Les libéraux ont beau dire que François Legault est en politique depuis le gouvernement de Lucien Bouchard en 1998, c’est vers lui et la Coalition avenir Québec que les gens interrogés par les maisons de sondage se tournent lorsqu’on parle de changement. En réalité, Jean-François Lisée est plus récent chez nos élus puisqu’il représente Rosemont depuis 2012. Mais il est dans les cabinets politiques depuis Jacques Parizeau…

Peu importe le nombre d’années au pouvoir, les libéraux devront rendre des comptes en octobre. Comme il s’agit d’élections à date fixe, ils ne peuvent pas repousser l’échéance jusqu’à une cinquième année, comme c’était le cas auparavant. 

Or pour l’opposition, ces élections à date fixe favorisent le recrutement des candidats, m’a raconté cette semaine un stratège de l’opposition. Selon lui, il était plus difficile de recruter des grosses pointures quand on ne connaissait pas la date des élections. Les gens sollicités craignaient de voir le gouvernement repousser l’échéance électorale. Vincent Marissal, par exemple, ne dirait pas oui à Québec solidaire dès mardi prochain si le gouvernement pouvait reporter les élections jusqu’en 2019. Parce qu’à partir du moment où on annonce sa candidature, il faut souvent quitter son emploi, et ce n’est pas tout le monde qui en a les moyens.

Il y aurait donc des avantages aux élections à date fixe, mais il y a aussi des inconvénients. Les partis politiques sont en mode électoral depuis l’automne dernier. Cela permet au gouvernement de nous inonder de messages publicitaires partisans aux frais de l’État, sous prétexte qu’ils sont d’intérêt public. Du genre : «Ensemble on fait avancer le Québec…»

Et plus encore, voyez ce qui se passe en Ontario : coincée par l’échéance électorale du 7 juin prochain, la première ministre Kathleen Wynne plonge sa province dans un déficit de 6 milliards $. Ferait-elle la même chose si elle pouvait reporter les élections à 2019? Probablement pas.

Carlos Leitão a fait de même dans son budget de mardi. Les dégâts sont moins importants qu’en Ontario, mais les motifs sont les mêmes.