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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Nancy Boisvert et Karine Vanasse
Nancy Boisvert et Karine Vanasse

Le pouvoir d’un cercle

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CHRONIQUE / À l’écran, Florence, 16 ans, prend la parole : «Ce que la vie m’a montré, c’est qu’il faut laisser des choses aller, on ne contrôle pas tout.»

Elle, c’est le cancer.

Elle est en rémission, sa deuxième depuis le diagnostic qui est tombé il y a trois ans, elle était aux Jeux du Québec. «J’ai demandé au médecin si je pouvais faire ma dernière compé» avant d’être opérée, le cancer était quelque part dans son cou. «J’aurais pu perdre ma voix, alors je l’utilise haut et fort!»

Et avec le sourire. «Ça fait drôle de parler du cancer en souriant, mais je suis comme ça!»

Elles étaient 112 femmes à l’écouter samedi matin, chacune devant son écran, mais ensemble. Elles avaient répondu à l’invitation de Karine Vanasse et de Nancy Boisvert, psychologue depuis 17 ans, qui ont eu l’idée de créer un Cercle de femmes dans l’urgence du début de la pandémie, il y a un an. «On sentait qu’il y avait un besoin et qu’il fallait faire quelque chose, m’a expliqué Nancy quelques jours avant la rencontre de samedi. On s’est dit, allons-y, lançons-nous, même si ce n’est pas parfait, on s’ajustera.»

Elles pensaient que ça durerait deux mois.

Elles sont toujours là.

La formule est simple, un rendez-vous est donné environ un samedi sur quatre sur les réseaux sociaux par Karine et Nancy, et toutes les femmes qui ont le goût de participer n’ont qu’à cliquer sur le lien Zoom le moment venu. On ouvre la caméra au début, on peut la fermer pour la suite, même pas besoin de parler.

On vient y chercher ce dont on a besoin. 

Karine souhaite la bienvenue aux femmes, Nancy se présente rapidement pour celles qui y sont pour la première fois. Pendant qu’elle parle, une habituée écrit un commentaire dans la conversation en direct : «Pour moi, le Cercle, c’est un lieu où je peux me déposer, sentir que je ne suis pas seule.»

Une autre parle de «service essentiel».

Après une petite méditation guidée par Nancy, Karine donne tout simplement la parole à celles qui lèvent la petite main jaune. 

Les femmes partagent ce qu’elles ont le goût de partager, des bouts «rough», des leçons qu’elles ont tirées, des souvenirs qui remontent, parfois avec des larmes. «Ça permet d’ouvrir le canal de l’empathie par le vécu des autres», m’avait résumé Karine quelques jours plus tôt. 

Samedi, naturellement, un thème s’est imposé, on venait d’apprendre qu’une huitième femme a été tuée en huit semaines. Certaines des femmes qui ont pris la parole ont raconté un père abuseur, un ex violent, certaines ont réussi à trouver la paix, d’autres la cherchent encore.

Celles qui l’ont trouvée donnent espoir à celles qui la cherchent.

Nancy n’est jamais bien loin, elle se sert de son expérience pour guider les femmes qui se livrent devant les autres. À celle qui confie qu’elle est parvenue, après des années, «à retrouver mon cœur pour ma mère», Nancy lui dira : «parce que vous avez trouvé votre cœur pour vous».

Karine prend parfois la parole, elle intervient aussi dans la conversation écrite où d’autres femmes échangent. «Merci, ce Cercle est arrivé à un moment parfait dans ma vie», y a déposé une femme avec son clavier, on devine le bien que ça lui a fait. Une autre, «merci au village.»

C’est un peu ça, un village.

Nancy et Karine ont été les premières surprises de constater à quel point leur cercle improvisé il y a un an a fait boule de neige. «J’ai été étonnée de l’impact, m’avait dit Nancy en entrevue. Ce que je cherchais au départ, c’était une façon d’aider parce qu’on sait qu’il manque de services.»

Il y a eu jusqu’à 190 femmes connectées en même temps, autant de femmes qui avaient besoin de ne pas se sentir seules. Les messages qu’elles reçoivent sont sans équivoque. «Il y a des femmes qui nous écrivent pour nous dire : «vous m’avez aidée à passer ma semaine». On entend et on reçoit tellement de commentaires», s’étonne encore Karine.

C’est pour ça qu’elles continuent.

Samedi, presque à la fin de la rencontre, une femme a pris la parole. Elle a eu un cancer il y a quelques années, n’a plus jamais été la même après. Depuis, «j’essayais de retrouver la lumière que j’ai perdue, j’avais même arrêté d’essayer. Je l’ai vue dans les yeux de Florence, cette lumière. Je vais continuer à la chercher…»