Donner la vie aujourd’hui dans nos sociétés occidentales est une incroyable chance parce que c’est, dans la plupart des cas, un choix.

Le plus beau des cadeaux

CHRONIQUE / « Tu seras mère ma fille. Tu enfanteras dans la douleur, et tu donneras de nombreux enfants à ton mari et à la patrie. Longtemps, être femme, c’était être mère. Et longtemps, le ventre des femmes fut une affaire d’hommes. »

Ces trois petites phrases percutantes servent d’introduction au documentaire Tu seras mère ma fille, écrit et réalisé par Camille Ménager et Bruno Joucla, et présenté sur les ondes de TV5 lundi dernier. Un long métrage de 90 minutes qui ratisse un siècle d’Histoire, de 1918 à 2018, du point de vue de la maternité.

L’avez-vous vu ? Moi oui. Bien que le long métrage soit essentiellement français, il est possible d’y faire des parallèles avec notre histoire québécoise. J’ai donc été tour à tour étonnée, insurgée, dérangée et, surtout, reconnaissante. Reconnaissante d’être aujourd’hui une des héritières de ces pionnières.

Avoir le choix, une chance 

Donner la vie aujourd’hui dans nos sociétés occidentales est une incroyable chance parce que c’est, dans la plupart des cas, un choix. Mais pour des millions de femmes, cela n’a pas été le cas pendant longtemps.

Si l’acte qui mène à une grossesse est une affaire des plus intimes et privées, les naissances ont longtemps été et sont encore, s’il en faut, une affaire publique, « qui pose la question récurrente de la place des femmes et des mères dans la société », y expose-t-on.

« L’histoire des mères est celle d’un combat qui revêt plusieurs formes, qui croise une histoire politique, médicale, sociétale et qui s’imbrique nécessairement dans l’histoire des femmes et de leur émancipation. »

De l’interdiction de l’usage de la contraception à l’avortement passible de la peine de mort, en passant par « le mal salutaire » qu’est la douleur de l’accouchement qu’on refuse de soulager, les pressions pour peupler et, surtout, les mentalités qui réduisaient le rôle des femmes dans la société à des mères pondeuses responsables du foyer, les combats menés pour plus de reconnaissance et de dignité ont été nombreux pour nos mères, grands-mères et arrières-grands-mères.

Mais s’il y a une chose qui m’a surprise plus que tout durant ce rendez-vous d’une heure et demie, c’est d’y apprendre que la fête des Mères tiendrait son origine dans un effort politique pour repeupler la France, affaiblie par deux guerres mondiales. Lancée sans grand succès en 1920, elle est devenue obligatoire en 1941. L’idée était de vouer un culte à la mère pour qu’elle se sente valorisée à l’idée d’avoir de nombreux enfants. Disons que ces supposées racines viennent un peu jouer les trouble-fêtes…

J’ignore si notre fête des Mères québécoise possède les mêmes raisons d’être. Quelques recherches sur Internet m’ont aussi appris que le Mother’s Day américain, instauré en 1907, serait à l’origine de cette journée spéciale. Mais les informations à ce sujet sont partagées.

Quoi qu’il en soit, on sait que l’initiative du Maréchal Pétain n’a pas eu les effets escomptés, et que ce n’est qu’en 1950, grâce à une nouvelle politique familiale incluant allocations familiales, sécurité sociale et assurance maternité que les femmes auront de nouveau envie de faire des enfants. D’où le fameux baby-boom.

Mais c’est surtout dans les décennies qui ont suivi que les progrès se sont faits à la vitesse grand V sur l’échelle de l’Histoire de l’humanité. La contraception a été autorisée, l’avortement a été légalisé. On a trouvé des moyens pour soulager les souffrances de la naissance, et mené une lutte pour l’égalité à l’emploi.

Un héritage précieux, mais fragile

Comme pour les vaccins, qui sont si efficaces qu’il est facile d’oublier pourquoi exactement on nous les administre systématiquement, il est facile aujourd’hui de minimiser l’impact des nombreux combats menés dans les dernières décennies par la gent féminine au niveau de la maternité. Notre confortable réalité actuelle nous semble acquise. Et pourtant… On nous a légué un héritage précieux, mais aussi fragile.

Je ne me décris pas comme fondamentalement féministe. De toute façon, les extrêmes me puent au nez. Mais je trouve qu’il est bon de se rappeler, de temps en temps, et d’autant plus en ce temps de fête des Mères, tout le chemin parcouru par nos ancêtres.

Si aujourd’hui une femme peut être mère, épouse, professionnelle, cadre, citoyenne, et surtout, être humain à part entière, c’est grâce à toutes les mamans, grands-mamans et arrières-grands-mamans qui nous ont précédées.

Alors à vous toutes, du fond du cœur, un énorme MERCI ! Vous nous avez fait le plus beau des cadeaux.

**Il est possible de visionner le documentaire Tu seras mère ma fille au tv5.ca/tu-seras-mere-ma-fille jusqu’au mardi 14 mai.