Après avoir survécu à un crash d’avion, Tommy Grenier suit un stage de formation pour devenir spécialiste de l’information de vol.

Le plan de vol de Tommy Grenier

Dans la catégorie «Il faut toujours s’accrocher à son rêve», Tommy Grenier vient de prendre une sérieuse avance. Les deux pieds dans la tour de contrôle de l’aéroport Jean Lesage, à Québec, il y touche presque. La tête dans les nuages, le gars s’apprête à voler de ses propres ailes.

«Je ne veux pas avoir de regrets plus tard, me dire que je n’aurais pas dû abandonner.»

C’est ce qu’il m’avait confié lors de notre première rencontre, au printemps 2013. C’était sept mois après le crash.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de son histoire, Tommy Grenier a agi en héros le 15 octobre 2012. Connaissant son côté réservé, il n’aimerait pas que je le présente ainsi, mais c’est ça pareil. Avec un sang-froid remarquable, le résident de Shawinigan a sauvé deux vies, dont la sienne, ce jour-là.

Le jeune homme de 27 ans (il en avait 22 au moment de l’accident) était à trois heures d’obtenir son permis de pilote professionnel lorsque le moteur de l’avion de type Piper Seneca dans lequel il prenait place a explosé. En plein vol.

Pendant que son instructeur se débattait contre les flammes à ses pieds, Tommy a réussi, même en n’y voyant pratiquement rien en raison de la fumée dans le cockpit, à maîtriser l’appareil qui a atterri brutalement en bordure de la route 116, à Princeville.

L’élève n’a jamais perdu conscience, mais il était incapable de bouger, les jambes coincées. L’apprenti est néanmoins parvenu à pousser le pilote hors de l’avion avant qu’on le délivre à son tour de sa très mauvaise posture.

Un héros donc.

Sa moelle épinière n’a pas été atteinte, mais une vertèbre lombaire s’est fracturée lors de l’écrasement. «La L2», lui ont annoncé les médecins sans pouvoir lui promettre qu’il marcherait de nouveau un jour.

Les docteurs tomberaient des nues en le croisant aujourd’hui, debout et solide comme le roc.

C’est en avançant sur ses deux jambes qu’il est venu m’ouvrir la porte de sa nouvelle demeure, plus tôt cette semaine. Lorsque j’ai échappé un stylo au sol en déposant mon calepin sur la table, c’est lui qui s’est empressé de se pencher pour me le remettre comme si de rien n’était, c’est-à-dire sans avoir recours à sa canne pour rester en équilibre.

Paralysé des genoux aux orteils, Tommy Grenier doit porter des orthèses tibiales pour marcher, mais il marche. Le gaillard a perdu l’usage partiel de ses jambes, mais il est capable de saisir les difficultés à bras-le-corps.

Du salon, la vue sur la rivière Saint-Maurice est splendide, mais impossible de ne pas être d’abord impressionné par l’immense pale de l’hélice en bois accrochée à la verticale, au-dessus du foyer.

Tommy Grenier arrivait tout juste de Québec où il fait l’aller-retour en semaine depuis le début du mois de décembre.

Le jeune homme vient d’amorcer un stage pour devenir spécialiste de l’information de vol. Ses apprentissages se font à la tour de contrôle de Nav Canada, l’organisme chargé du trafic dans l’espace aérien canadien.

Tommy n’est pas un contrôleur aérien même s’il travaille à l’intérieur de la tour. «Je ne suis pas au sommet et je ne donne pas les autorisations.»

Son boulot n’est pas moins banal puisqu’il consiste à aider à la planification de vols. Grosso modo, c’est lui que les pilotes consultent avant de décoller ou durant leur trajet du point A au point B.

«Je pars de Québec pour Saint-Jérôme, ça a l’air de quoi côté météo? Je suis en direction de Gatineau où je pensais atterrir, mais on m’informe que la piste est fermée. Où se trouve l’aéroport le plus près.»

C’est ce genre de questions qu’on lui pose et il a intérêt à donner les bonnes réponses. Les pilotes comptent sur ses connaissances pour les guider.

Installé devant des écrans qui lui renvoient des images radars et satellites, le spécialiste de l’information de vol s’assure que rien n’est laissé au hasard. Une partie importante de son futur travail consiste à analyser et à traduire pour eux les conditions météorologiques destinées à l’aviation: vent, visibilité, pression atmosphérique, température, état du ciel...

Tommy est à déchiffrer tous ces codes en ce moment, un exercice complexe. «Je n’ai jamais vu autant d’acronymes! C’est beaucoup de par cœur.»

Ce n’est pas lui qui va s’en plaindre. Il a tellement espéré cet appel lui confirmant que sa candidature était retenue.

Contraint de faire le deuil d’une carrière aux commandes d’un avion, le jeune homme n’a jamais renoncé à son rêve d’évoluer dans le secteur aérien. Pourtant, il aurait eu toutes les raisons de lui tourner définitivement le dos. Ses jambes le lui rappellent chaque jour.

«J’aime ça, l’aviation. Je ne peux pas l’expliquer autrement... Et je veux être fier de ce que je fais dans la vie.»

Tommy Grenier est confiant de franchir avec succès chacune des étapes le rapprochant de ses ambitions. Il a fait des pas de géant depuis son accident et n’entend pas stopper son envol. Le pilote dans l’âme sait où il s’en va.

«Je vais étudier et je vais réussir. Pas parce que je suis meilleur qu’un autre, mais parce que je vais mettre les heures qu’il faut pour y arriver. Le dépassement de soi et la persévérance, je suis là-dedans depuis cinq ans.»