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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade
La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

Le Parti libéral fait sa révolution

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CHRONIQUE / Le Parti libéral du Québec fait sa révolution en matière de langue française. Il prend ses distances des gouvernements Couillard et Charest pour renouer avec un certain esprit à la Robert Bourassa.

La cheffe Dominique Anglade et la députée Hélène David ont présenté, vendredi, 27 propositions pour renforcer la place et le statut de la langue française au Québec et la promouvoir. L’ensemble constitue un tout porteur.

Que ce soit insuffisant aux yeux du Parti québécois et de bien d’autres, soit. Mais il faut voir et mesurer le chemin parcouru par les libéraux. Pour eux, il n’était à peu près pas question d’avancer sur ce terrain sous Philippe Couillard.

Avec leurs 27 propositions, Mme Anglade et Mme David ont élevé la barre du consensus prévalant au Québec. 

C’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant : cette élévation du socle commun. C’est important.

Dominique Anglade a d’ailleurs raison de dire que la langue française est le «socle» de notre «vivre-ensemble». Elle doit l’être en tout cas.

Parmi les mesures à la fois intéressantes et porteuses présentées par son parti, citons:

• L’inclusion dans le giron de la loi 101 des entreprises comptant entre 25 et 49 employés, bien qu’avec une approche décrite comme allégée et adaptée afin de tenir compte de leur taille et des ressources dont elles disposent;

• La révision de l’article 46 de la Charte de la langue française afin de mieux baliser les exigences d’une autre langue que le français à l’embauche, une révision qui passerait par la précision du principe de «nécessité» figurant dans la loi. Là-dessus, «l’élastique a été pas mal étiré», note Hélène David en entrevue avec Le Soleil;

• L’application aux entreprises de compétence fédérale des dispositions de la Charte de la langue française;

• Le gel du nombre de places dans les cégeps anglophones à la situation de 2019;

• L’élargissement du nombre de cours en français dans les cégeps anglophones;

• La création d’une «équipe dédiée à la promotion, au soutien et à la francisation des commerces du centre-ville de Montréal»; 

• La mise en vigueur de l’article 1 de la loi 104, une législation adoptée en 2002 et dont la première disposition est toujours restée lettre morte. Elle stipule que les communications écrites de l’administration publique québécoise avec les personnes morales établies au Québec doivent être «uniquement» rédigées en français;

• La création d’un poste de Commissaire à la langue française indépendant, dont le titulaire serait nommé par l’Assemblée nationale.

Que les solutions libérales soient incomplètes ou insuffisantes, c’est vrai. Toutes le seront toujours dans la dynamique actuelle du monde. Même en montant la barre le plus haut possible, comme le propose le Parti québécois.

La volonté du PQ de Paul St-Pierre Plamondon d’étendre l’application de la loi 101 au cégep est par exemple légitime, mais ne répond pas à tout. Elle ne répond pas aux raisons motivant de nombreux étudiants à poursuivre leurs études dans un établissement anglophone lorsqu’ils quittent le réseau des écoles secondaires francophones. Celle de mieux maîtriser la langue anglaise, entre autres.

Je rappelle à ce sujet que c’est pour répondre à ce désir que l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée avait proposé en 2017 de rendre les cégeps francophones plus attractifs en permettant aux cégépiens «qui le désirent, et qui démontrent une maîtrise du français suffisante, de suivre un parcours en anglais enrichi qui pourra comporter une session dans un cégep anglophone». Ainsi, disait-il, les étudiants allophones et francophones qui choisissent un cégep anglophone afin d’y acquérir une meilleure connaissance de l’anglais pourront atteindre «le même objectif, mais en choisissant pour y arriver le cégep francophone».

Au gouvernement, certains ont été surpris que les libéraux poussent plusieurs curseurs vers le haut. Les propositions gouvernementales à venir en matière de langue française s’inscriront néanmoins et presque tout naturellement entre celles du PQ et du PLQ.