Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon

Le «nouveau cycle» du PQ, version PSPP

CHRONIQUE / Voilà le Parti québécois engagé dans un «nouveau cycle», foi de Paul St-Pierre Plamondon!

S’il y a une chose que l’on ne peut reprocher au Parti québécois, c’est de ne pas se retrousser les manches. Cette organisation est comme un chat. Elle a plein de vies.

Plein de nouveaux cycles. En voilà un énième.

Puisque je n’ai jamais joué dans le commentaire annonçant la mort de ce parti, ni il y a 20 ans, ni il y a 10 ans, ni après les dernières élections générales, je me contenterai d'abord encore une fois de constater à quel point il a tout essayé. Cent fois sur le métier...

Car pour ce qui est de l’avenir de ce parti, ce sera toujours aux électeurs de décider. Pas aux devins de prédire.

C’est peut-être triste à dire d’un certain point de vue, mais les hauts et les bas des partis sont d’ailleurs plus une affaire de conjoncture que de programme. Leur élan et leur allant sont également liés à la personnalité du chef qui les représente; à la crédibilité que celui-ci se forge ou pas, etc.

Même si un parti peut en partie contribuer à favoriser une conjoncture, son succès dépend surtout d’une conjoncture politique, économique et sociale qui le dépasse largement.

Voilà pourquoi bien malin qui peut prédire quoi que ce soit, que ce soit pour le PQ ou pour quiconque.

Pour la base…

Samedi, le Conseil national du Parti québécois a donné son aval à un nouveau «projet national». Il sera débattu au sein des différentes instances de la formation au cours des prochains mois.

À la Coalition avenir Québec, on ne peut voir que d’un très bon œil la réaffirmation voulant qu’un éventuel gouvernement péquiste élu en 2022 tiendra un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat. Ce sera un repoussoir pour une très grande majorité d’électeurs, pense-t-on.

Mais le «projet national» péquiste, couché dans un document de 28 pages, va au-delà de l’idée de la souveraineté.

Comme dans tout document du genre, on cherche d’abord à séduire sa base. Ainsi en est-il de la «décanadianisation» du Québec. En passant, ce mot a-t-il été construit pour évoquer une «décarbonisation» politique?

Au chapitre de la «décanadianisation», la «défense de la laïcité québécoise» ne sera cependant pas propre au PQ. La CAQ est déjà sur ce terrain. Elle l’est à la satisfaction d’une majorité de citoyens, qui plus est.

Selon ce document du Parti québécois, un éventuel gouvernement dirigé par Paul St-Pierre Plamondon instituerait «une commission sur la fédération canadienne et l’indépendance du Québec» qui répondrait à des «questions relatives à la souveraineté». Faut-il enfin penser que le projet phare du PQ serait de nouveau défini, que l’on saurait s’il est favorable, par exemple, à une armée commune, à une monnaie commune, à des institutions en partage, etc.?

Mais peut-être la question de l’armée est-elle réglée par une autre proposition que l’on retrouve plus loin dans le même document. On y parle de doter le Québec d’une «garde nationale». Elle aurait «pour mandats principaux le maintien de la paix et l’aide aux populations civiles en détresse, en plus de soutenir la société et nos alliés lors d’événements extraordinaires».

Poursuivons ce tour des propositions. Un gouvernement péquiste lancerait une analyse «rigoureuse» des «dépenses et des revenus de notre futur pays en déposant et en actualisant le budget de l’an 1 d’un Québec indépendant». C’est ce qui est promis dans le document.

C’est très bien. Mais cette analyse aurait beau être menée par le ministère des Finances, le rapport qui en résulterait serait contesté comme l’ont par exemple été au fil des ans les études établissant la hauteur des déficits laissés par les gouvernements précédents.

Dans l’espoir d’élargir…

Dans ce «nouveau cycle», et comme pour tous les précédents, le PQ cherche aussi à aller au-delà de sa base, à élargir le nombre de ses sympathisants. À être dans l’air du temps. Ainsi le Parti québécois propose-t-il une démondialisation... «saine».

Démondialisation saine… Le gouvernement caquiste et Québec solidaire sont sans doute d’accord avec des mots comme ceux-là.

Très peu de gens de nos jours seront par ailleurs opposés aux énoncés suivants : développer une indépendance alimentaire; favoriser les marchés de l’économie circulaire; taxer le chiffre d’affaires brut des GAFAM.

Le PQ se dit aussi en faveur de l’élimination des «avantages fiscaux indus ou inéquitables».

Comme d’autres, il préconise aussi de «décentraliser la fonction publique à travers le Québec» tout en dotant, dans son cas, «la ville de Québec de toutes les institutions dont doit jouir la capitale d’un pays».

Il veut «soutenir la régionalisation» de l’immigration. Il entend «faire de l’enseignement une profession de choix et de prestige». Il est pour la «pêche durable» et propose de «réduire les émissions de GES de 50 % d’ici 2030» et d’atteindre la «carboneutralité» en 2050.

Bref, il y a énormément d’énoncés avec lesquels tout le monde ou presque est déjà à peu près d’accord et pour lesquels la question repose depuis longtemps surtout sur le «comment».

Programme politique

Ce document ratisse très large. On n’y a pas oublié des thèmes devenus incontournables dans l’actualité comme «la préservation de la liberté académique et de la liberté d’expression de manière générale».

Ce pilier de nos sociétés ne doit pas être confondu avec la diffamation dont Paul St-Pierre Plamondon vient d’être victime de la part d’un soi-disant expert de l’Université Concordia, qui l’a stupidement et ignominieusement comparé à Pol Pot. Le salissage s’est gravement installé partout.

Ce document du Parti québécois n’est pas encore son prochain programme électoral, mais c’est sa première mouture.

Les vrais débats, les vraies oppositions, les matières où le PQ se distinguera davantage de ses adversaires, viendront encore et toujours de la question de la souveraineté et de ce qui a toujours constitué son pain et son beurre. Pensons à la langue française.

Le parti dit vouloir appliquer la Charte de la langue française non seulement «aux entreprises du Québec de toutes les juridictions», mais aussi aux «petites entreprises». 

Un énième «nouveau cycle» porteur? À voir. Chose certaine, le PQ est un parti résilient. Tous devraient même s’en féliciter.

Car nos sociétés n’ont rien trouvé de mieux que les partis politiques pour faire la promotion d’idées et de projets. Et les partis politiques représentés encore aujourd’hui à l’Assemblée nationale demeurent des pacificateurs dans nos sociétés où des tas de colères montent.

Ce qui ne veut pas dire que chacun d’eux ou certains d’entre eux ne jettent pas d’huile sur le feu plus ou moins régulièrement, selon les sujets qui occupent l’actualité.

Mais nos partis permettent de débattre et d’évoluer dans un cadre démocratique. Ils canalisent des visions opposées existant dans la société.

C’est en cela qu’ils sont précieux. Il vaut la peine de se le rappeler de temps en temps.